Articles Tagués ‘philosophie’


« La corrida, ni un art, ni une culture ; mais la torture d’une victime désignée » disait Émile Zola.
Pourtant cet été encore, la corrida a attiré de nombreux aficionados,
Mais que viennent donc chercher ces passionnés dans les arènes du sud de la France ?

Déjà Hemingway, les peintres Goya et Manet s’étaient passionnés de ce spectacle Tauromachique qu’on appelle «  Corrida »

« La corrida » Manet

Gravure de Goya

Ce spectacle suscite en effet  une certaine controverse selon les personnes, certains y voit l’expression d’une tradition, d’autres y voit un spectacle cruel ou une pratique inhumaine

Il est pourtant intéressant de voir la corrida au contraire comme une pratique profondément à l’image de l’homme, et c’est d’ailleurs en ce sens qu’elle est bouleversante, la corrida peut être vue sous certains aspects comme une métaphore de la vie. Elle est faite de sacre et de chute, de combat et de renoncements par le travail.

La corrida est cruelle, sans doute, mais l’Homme ne l’est il pas?   La corrida est une figure extrapolée de la vie, faite de douleurs et de joie, de triomphes et d’échec.

Mais si la corrida est intellectuellement passionnante c’est bien parce qu’elle reprend  de nombreuses oppositions traditionnelles de la philosophie. Un rapprochement entre le monde des idées et la tauromachie évident qui pousse certains aficionados  à se rendre aux Arènes un livre à la main.

La corrida est tout d’abord le règne du paradoxe,  ce paradoxe réside dans le fait qu’elle consiste  à donner la mort en acceptant de s’y exposer soi-même, ce qui est au fond une attitude purement déroutante:comment un homme peut il désirer approcher la mort de cette façon ?

Une autre idée réside dans l’opposition nature – culture qu’évoque la corrida, la culture étant vu comme la tâche de l’homme dans son insoumission à une nature brute, la mise en avant de son  libre arbitre à dresser et dominer son environnement  se ressent aisément sur le sable des arènes.

La corrida exprime donc clairement la liberté de l’homme à dominer la nature, une nature prédatrice, un rapport entre l’homme et la nature fait de rapports complexes entre un désir de domination et un certain respect de cette nature.

La corrida s’articule clairement sur cette ambivalence, puisqu’ elle  est dominée par deux notions importantes, l’éthique et  l’esthétique.

L’esthétique pour la beauté du geste, le taureau et le torero représentant les objets de cet « art » mais aussi l’éthique, puisque la corrida est évidement le théâtre d’un nombre incalculable de règles, de modes de fonctionnement comportementaux et de consignes à respecter, notamment dans les coups portés au taureau qui doivent être ritualisés, sous peine de subir la bronca.

Mais une chose frappe directement quand on observe la corrida,  elle représente un certain triomphe du génie humain, de la raison sur l’animalité. La corrida est ainsi le royaume de l’intelligence, de la technique  face à la  puissance.

Qu’observe-t-on dans une arène ? Au fond,  Un petit homme habillé en  clown affrontant une bête hostile de  500 Kg au seul moyen d’une épée.

La corrida est donc le royaume du combat, combat durant lequel la ruse et la technique, dominent intégralement la force.
Si la corrida est le triomphe de la raison humaine sur l’animalité, il semble que la nature reprenne parfois ses droits :

C’est le cas du 7 octobre 2011 lorsque Juan José Padilla, rate sa 4 éme pose de banderille « al violin » ( sa spécialité) et subit une terrible « cornada » au visage,

La cornada de Padilla en vidéo  ci dessous, ( attention  vidéo violente , âmes sensible s’abstenir )

Le torero y laissera un œil mais pas sa fierté,  il décidera alors de ne pas renoncer à sa passion, il déclarera après son accident :

« Je ne veux pas que les fans me plaignent. Je ne veux pas inspirer de la pitié aux gens. Je me battrai à nouveau habillé en torero, parce que c’est mon rêve. »
Comme une victoire sur la vie, sur son handicap, Padilla affrontera d’autres taureaux dans son habit de lumière.

La encore la corrida évoque de nombreuses choses,  toute la mythologie de l’icône, dans l’arène comme Spartacus, le torero est  l’idole, le héros des aficionados.

Une autre question soulevée par la corrida est celle de savoir pourquoi des hommes éprouvent ce besoin, cet appétit du risque ? Que  pousse ces Toreros à toucher du doigt la mort ?  Que pousse donc Pablo Hermozo de Mendoza  a toucher  du bout du doigt le taureau lors de « ses corridas de rejon ». 

En effet, la corrida pose donc de nombreuses questions sur la vie. Comment articuler notre rapport entre l’émotion et la raison ? Si l’agora ou le forum doivent être le lieu privilégié du débat,  la corrida est une peinture incroyable de ces questions humaines.

L’émotion pousserait peut être à la voir  comme une tuerie, la philosophie voudrait pourtant que l’on se place plutôt à étudier  un fait du coté de la raison plutôt que de la passion.

Malgré tout, la prise en compte de la notion éthique pousse certaines associations à prendre en considération la souffrance de l’animal, c’est le cas de « sauvonsunteaureaudecorrida » dont l’icône « fadjen »,  le taureau miraculé tapisse les affiches des stands tel un canapé IKEA :

Un certain mérite néanmoins à ces associations qui luttent contre cet objet culturel et œuvrent à défendre leur vision du monde,  si tant est qu’ elles ne tombent pas dans le piège d’un utilitarisme primaire sur la souffrance animale.

Leur seule présence prouve bien à quel point la corrida questionne le rapport de l’homme à sa propre violence et  au règne animal.

Au fond,  la corrida choque de nombreux esprits peut être autant qu’elle en passionne,  L’impression intéressante qui peut en ressortir est cette ritualisation très intéressante de la violence,  la ou partout elle éclate dans le désordre et la laideur et dans une pure abstraction du sens. ( Amiens, Syrie, Grèce … )

Un courage des toreros qui force le respect, si la corrida est violente, Elle représente au fond certaines valeurs saines de sacrifice, d’engagement par le combat. De renoncement par le   travail.   Le travail ( La faena ici ) justement, car être torero est l’apprentissage d’une vie, un choix sacrificiel, celui d’affronter la mort.    (On dénombre dans l’histoire de la corrida 57 décès de matadors , de 184 novilleros, 73 picadors, 3 puntilleros et 8 rejoneadores.)

Au fond , La progressive non acceptation de la corrida est une histoire d’époque, Si la corrida est victime de critique virulente, c’est que nous vivons intégralement dans une société ou la chaine de consommation animale est cachée dans les abattoirs industriels, qui tend à faire oublier à la conscience collective, que pour manger de la viande, un animal doit mourir, et donc souffrir .   Si la corrida blesse et choque, ce n’est pas que nous n’aimons  pas la souffrance animale, mais simplement que ne nous voulions plus la voir et l’accepter. *

A l’heure où les debats ethiques passionnent les foules, et les colloques, y survivra-t-elle? C’est une question sur laquelle devra se prononcer le conseil constitutionnel à la mi septembre 2012, en  cas d’inconstitutionnalité de la pratique tauromachique, l’abolition totale pourrait intervenir dès l’année suivante.


*On ne ressort d’ailleurs jamais indemne de sa première corrida. Et jamais vraiment sobre,
Pour les aficionados adeptes de bières et de corridas.  Nous rappelons qu’il est vivement conseillé de rentrer en plaquage poubelle, moyen sur et écologique de retrouver son logis.

Publicités

PROPEDIA vous invite à la Conférence « La Franc-maçonnerie, courant de pensée en évolution » qui sera animée par Michel JORAS et qui se tiendra le Jeudi 15 Décembre, de 17h à 19h au siège du Groupe IGS.

Michel JORAS, se positionnera en qualité d’historien de la Franc-maçonnerie afin d’apporter un éclairage sur les différents rites, rituels et obédiences qui cohabitent en France et à l’étranger.

Confirmez votre présence à :

– Fadila Bakkar-Leturcq : fbakkar@groupe-igs.fr

– Simon Berlière: sberliere@groupe-igs.fr

– Par Téléphone: +33 1 56 79 69 62