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C’est le Jeudi 24 Novembre, sur les bancs de Sciences Po Paris, que les étudiants de l’EHED se sont retrouvés pour la Conférence Nucléaire : Comment répondre à l’Iran ?

A l’origine de cette conférence, Persépolitique, l’association franco-iranienne de Sciences Po. Plusieurs personnalités étaient présentes pour discuter et débattre autour de la question du nucléaire iranien :

– François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran (2001 – 2005)
-Thierry Coville, chercheur à l’Institut de recherche internationale et Stratégique
-Armin Arefi , journaliste franco-iranien auteur des ouvrages Dentelles et Tchador et Rubans et Turbans ainsi que du blog Le Monde Dentelles et Tchador.

Nos trois intervenants se sont dans un premier temps penchés sur le rapport de l’AIEA (l’agence internationale de l’énergie atomique) à propos de l’état d’avancement du programme nucléaire iranien. Il est ressorti des différents échanges que ce  rapport était assez modéré, dans le sens où il n’apportait rien de fondamentalement nouveau à ce que l’on savait. En effet, l’Iran a interrompu son programme d’enrichissement d’Uranium en 2003 et a entrepris un effort de dialogue avec la France, les Allemands, et les UK.

Selon les intervenants, si l’Iran a suspendu son programme et accepté un contrôle de AIEA, c’est une preuve de bonne foi et de transparence envers la communauté internationale qui n’a pas été sans conséquences en Iran : l’arrêt des programmes a provoqué des  tensions internes très fortes.

Les intervenants ont soulevé le ton alarmiste des médias occidentaux, souvent déconnecté de la réalité du programme nucléaire iranien. Le mois dernier, nous pouvions lire en Une du Figaro « l’Iran cherche l’arme atomique ». La cherche-t-elle vraiment ?

On constate une fermeture dans le camp occidental dans la négociation avec l’Iran. En effet, la Turquie et le Brésil ont passé un accord avec l’Iran que les pays occidentaux ont condamné et balayé d’un revers de main. Néanmoins, l’effort de médiation entrepris par des pays proches du régime iranien était colossal.

Une question se pose : pourquoi un tel deux poids deux mesures et un acharnement sur l’Iran ?

En effet, l’Iran est signataire du TNP (Traité sur la non prolifération des armes nucléaires), signataire également du protocole additionnel de l’AIEA qui permet l’intervention sans sommation auprès d’un pays soupçonné de. L’Inde, le Pakistan et Israël, pays ayant développé l’arme nucléaire,  pourtant « sensibles » sur le plan géopolitique ne le sont pas et ne bénéficient pas d’une telle attention de la communauté internationale. Par ailleurs, le président iranien s’est dit prêt à accepter d’enrichir l’Uranium dans d’autres pays (la France, la Turquie). Le deux poids deux mesures est donc « flagrant » pour les trois intervenants, et devient le point central de l’argumentaire du régime iranien pour justifier sa démarche.

Ainsi, l’une des interrogations du peuple iranien se porte sur cette différence de traitement entre pays de la part de la communauté internationale : pourquoi refuser à un pays signataire du TNP le nucléaire civil et fermer les yeux sur les détenteurs d’armes atomiques non signataires de ce traité ?

Pour le peuple iranien, l’accès au nucléaire est le symbole d’une conquête de la modernité. Contrairement aux idées reçues, le programme nucléaire iranien ne date pas d’hier. Dès les années 70 il avait été envisagé par le régime du Chah. La Révolution, a provisoirement mis entre parenthèse les projets nucléaires : Khomeiny avait choisi de se démarquer du Chah et de mettre en attente tous les projets qu’il avait entrepris.  Un événement vient remettre au goût du jour la question du nucléaire : l’attaque de l’Iran par l’Irak. L’Iran décide implicitement de créer une force de dissuasion : on parle de programme de missiles et de militarisation de l’uranium.

Néanmoins, les problèmes économiques et sociaux qui persistent en Iran sont la principale préoccupation des Iraniens, bien avant la question du nucléaire (Armin Arefi souligne qu’une partie des Iraniens n’ont même pas consciences des enjeux du nucléaire et ne savent pas ce que c’est).

Quelle attitude face à l’Iran ?

La politique de sanction  ne fonctionne pas vis-à-vis de l’Iran. En effet, même si elle est mise en avant, l’Iran reste un partenaire de taille. Par exemple l’Allemagne est 1er partenaire de l’Iran en termes de commerce. Par ailleurs, les sanctions favorisent la création de réseaux organisés de contournement.

La guerre est elle une solution ? S’il y a frappe militaire sur les installations nucléaires iraniennes, c’est un non sens car le pays est signataire de l’AIEA. L’Iran se retirera du traité et retrouvera sa liberté nucléaire, à la suite de quoi la communauté internationale n’aura plus de marge de manœuvre.

La négociation est la meilleure des solutions, du moins celle qui reste la plus efficace.

L’intérêt du nucléaire pour l’Iran.

Il est indéniable que l’Iran cherche la suprématie dans la région. Se doter du nucléaire civil lui permettra dans un  premier temps d’affirmer sa modernité au Moyen-Orient, pays déjà très modernisé (depuis la Révolution, le taux fécondité en Iran est passé de 7 à 2%). Dans le même temps, le nucléaire permettra à l’Iran de se doter d’un « avantage comparatif » face aux monarchies du Golfe, rivales historiques.

Par ailleurs, même si les ressources en pétrole sont considérables en Iran, le régime est conscient que cette ressource est épuisable : il est donc impératif et légitime de vouloir diversifier ses sources d’énergies en développant le nucléaire civil.

Quelques mots sur l’opposition émergente et la politique interne

Confondre la politique interne et externe de l’Iran n’est pas logique, bien que les deux soient liés. Plusieurs tentatives du gouvernement US ainsi que d’autres pays ont été mises en place pour déstabiliser le pouvoir Iranien : le soutien des milices Kurdes par exemple.

Mais une chose est sûre : personne ne peut renverser le pouvoir Iranien hormis les iraniens eux-mêmes. L’opposition émergente se bat principalement pour la transparence politique et pour des droits économiques et sociaux. La question du nucléaire rassemble, bien plus qu’elle ne divise et renforce l’opposition : soutenir cette dernière ne revient pas à faire reculer l’envie du nucléaire chez les Iraniens.

Un point à souligner : en Iran il est très difficile de savoir qui décide. L’Iran dispose d’un Conseil national de sécurité (copie exacte des US) où sont représentés tous les organes du pouvoir (ministres, chef de l’armée…). Un Conseil des Experts est élu pour 5 ans et élit lui-même le Guide, sur lequel il a un pouvoir de destitution.  Ainsi, il est impossible de dire que le pouvoir est concentré entre les mains du Président, du Guide ou autre. Le processus de décision en Iran complexe certes mais pas si différent d’autres pays.

Recommandations bibliographiques :

CONESA Pierre,  La Fabrication de l’ennemi.

Samy HD