Articles Tagués ‘islam’


51 ans. Voilà 51 ans jour pour jour, soit  le 17 octobre 1961, que le pouvoir français montrait sa réaction aux insurgés algériens par une violente et mortifère répression.

France  – Algérie. Ce pourrait être le titre d’un match de football. Mais c’est aussi l’histoire de deux nations, liées par l’histoire, déchirées par la guerre et l’histoire coloniale..

Deux pays vivant leur relation dans un mélange de rancœur et d’attirance. Ce « je t’aime moi non plus », incarné par la complexité diplomatique franco-algérienne, tant le sang versé hante les esprits.

A ces raideurs du passé, il est nécessaire de répondre par un travail historique. Ouvrir les archives, informer, donner les clés de compréhension…  Mais surtout sortir des héros de ces heures sombres de l’histoire de France à nos tètes blondes.

Mais comment évoquer cette histoire, par quel sens, comment parler de ces événements ?

Qui mettre en avant ?

Et pourquoi pas Abd el Kader ?  Connaissant les deux pays,  personnage complexe, militaire et  poète, résistant honnête pour les Algériens,  ami et indigène cultivé pour les Français.

Comment enseigner la colonisation ? L’enseignement par souci d’efficacité, arbore souvent une vision manichéenne de l’histoire, celle du bien et du mal, du dominant et du dominé. Or comme chacun sait, la réalité historique, toujours complexe, fait que tout n’est jamais ni tout blanc, ni tout noir, mais fait d’une infinité de Gris.

L’Histoire suscite parfois des réactions passionnelles: c’est la cas de la guerre d’Algérie, De part et d’autre de la Méditerranée, le divorce fera place à la douleur : le massacre de Harkis, les exactions de l’OAS,  l’expropriation de familles entières… Une douleur  qu’exprimera Albert Camus dans son  « j’ai mal à l’Algérie, en ce moment, comme d’autres ont mal aux poumons« 

Une période historique à questionner donc, un contexte de guerre à responsabiliser. Qui dénoncer ? le corps politique ? militaire ?  Comment juger les exécutants comme Papon ou Aussaresses ? Krim Belkacem et Jean-Marie Le Pen se considéraient, dit-on, comme adversaires de guerre mais comme respectueux ennemis sur le terrain civil.

Ces questionnements scinderont l’opinion publique, la question de la colonisation sera d’ailleurs dénoncée par l’intelligentsia parisienne comme par la communauté internationale ( Sartre – ONU )… Mais surtout, par le petit peuple algérien, une  oppression vue comme une entrave à la liberté, dont les Algériens ont souffert. Cette souffrance qu’a longtemps chanté la musique Chaabi.

Ainsi, les considérations humanistes grandissantes imposeront progressivement la décolonisation. Dès lors, la France perdra progressivement un pied stratégique en Afrique, et l’Algérie libre accèdera à sa réelle autodétermination.

Depuis, 50 ans sont passés, et tout Algérien honnête relèvera un constat amer de son pays,  L’Algérie semble en effet se relever difficilement de cette période,  si l’on en prend sa naissance post coloniale: l’économie Algérienne reste largement constituée de ses ressources d’hydrocarbures et peine à dynamiser une économie « complète ».

Ces échecs économiques se lient aux maladresses diplomatiques des deux pays. Notamment au niveau culturel une relation ambigüe est restée: la francophonie d’une partie de la population, les douleurs du passé, et du « régime boutéflikien ».D’autant que les deux pays évoluent dans des systèmes religieux différents, Islam pour l’un, laïcité pour l’autre .

Si les Catholiques Français avait cru pouvoir évangéliser l’Algérie en échange du rapprochement de l’Eglise et de la République par le fameux « toast d’Alger », c’est aujourd’hui la France qui accueille une présence musulmane non négligeable sur son territoire. Une politique migratoire  qui a amené des familles d’ouvriers en France, remplis de souvenirs de guerre.

Les générations nouvelles ne se gênant d’ailleurs pas pour poser la question de la reconnaissance et du pardon face à ces douleurs de guerre.

De ces faits, faudra-t-il que la France, 50 ans après, s’excuse ?

C’est à François Hollande d’en décider,  de faire ce travail,  lors d’un discours fort et puissant, en se posant en orateur qu’il n’est pas, et  de couper ainsi au pouvoir Algérien le soin d’exploiter le ressentiment anti-français pour cacher les échecs économiques et diplomatiques de l’Algérie .

A notre président donc, de prendre les choses sérieusement en main, au lieu d’envoyer la bogdanovienne Benguigui, quasi insulte à la beauté des femmes algériennes, parler à Alger de Francophonie.

Que se passe-t-il aujourd’hui ? Pourquoi l’Algérie ne s’est elle pas révoltée ? Pays où pourtant, la tradition révolutionnaire est forte, et ou tout une jeunesse pourrait ressentir un Désir de liberté et de conscience pour accéder à notre chère social démocratie de consommation.

Tout d’abord, les Algériens ont moins foulé le pavé, ils ont souffert, de guerres et de violences. Les mauvaises langues diront que de toutes façons le pouvoir ne laisse pas les manifestants se réunir sur la place d’Alger, ou que les revenus pétrolifères font taire les protestations.

Mais le poids du sang est sans doute la principale raison à ce mutisme révolutionnaire. L’opposition au pouvoir a laissé de nombreuses traces, le sang a coulé,  une guerre coloniale, presque  10 ans de guerre civile dans les années 90, entre politiciens de la foi et le pouvoir.

En 2001 aussi,  le soulèvement  des kabyles,  les Arrchs, sera  réprimé durement.  Un Printemps noir  durant lequel pas moins 130 militants  disparaitront ou décéderont du fait de leurs revendications.

Car si la France, en bonne fille, doit assumer ses responsabilités,   L’Algérie devrait peut être aujourd’hui cesser de regarder ses blessures, coloniales et autres, et assumer de nouveaux défis en créant une véritable alternative politique au vieillissant  Bouteflika qui ne se gênera pas pour préparer dignement sa succession.

La question identitaire aussi, omniprésente en Algérie, pays composite fait de  Kabyles, de  Chaouis, mais aussi de Juifs… autant de communautés encore peu enclines à entretenir de cordiales relations vers l’extérieur,  même avec les voisins Tunisiens et Marocains.

La France aussi, ou la diaspora algérienne se retrouve dans une situation complexe, fondée par l’ambigüité d’être déraciné,  prise entre deux pays,  mais aussi une certaine difficulté car prise dans le filet des nombreux clichés (Bollossage, femmes de ménage, marseillaises sifflées et survêtement Lacoste).

Une ouverture au monde nécessaire donc, vectrice de paix qui apporterait un souffle nouveau à l’Algérie dans ses relations diplomatiques.

Pour autant, un renversement de régime brutal serait il pertinent ?

Rien de moins sur,  une Algérie  affaiblie en proie à des révolutions, et la figure du conseil de transition, ferait l’aubaine des investisseurs de pays étrangers pour exploiter les ressources algériennes, et profiterait à un dangereux chaos social.  La Lybie en fait malheureusement les frais aujourd’hui.

Vue comme l’un des dernier pays indépendant face à la logique de blocs, de part  son indépendance pétrolifère, l’Algérie pourrait subir les foudres des manipulations d’autres états. Les Etats-Unis, experts en la matière, ont d’ailleurs récemment été désavoués par leur propre General Wesley Clark.

Face à la domination, et la manipulation des uns, choisissons la réconciliation des autres.  En Algérie et  en France.


Le Halal est au cœur des débats et semble, ces derniers jours, devenir un thème phare de la campagne présidentielle. Le Pen, Bayrou, Sarkozy, Guéant… tous se sont au moins une fois exprimés sur le « Halal » et sa place en France.

Il n’est pas tous les jours facile, pour un musulman, de pratiquer parfaitement sa religion et notamment de manger scrupuleusement halal – la nourriture dite halal est celle qui respecte les interdits alimentaires de l’Islam. Comme le disait avec humour Tomer Sisley, qui est d’origine juive et musulmane : « si je respectais les interdits de mes 2 religions, la seule chose que j’aurais le droit de faire c’est de boire un verre d’eau le vendredi soir après le coucher du soleil ».

Mais tout cela, c’est désormais révolu, adieu monde des restrictions car voici, Mesdames et Messieurs, la bien nommée : « Moussy » !

Mais qu’est-ce que la Moussy ? Nous allons tenter de répondre à cette question de  manière la plus exhaustive possible.

 « Moussy, la boisson qui vous veut du bien »

Pensée au Moyen-Orient et produite par Kronenbourg à Strasbourg, cette « bière » light fait fureur depuis maintenant 30 ans en Arabie Saoudite et dans les nombreux émirats du Golfe.

Sous l’impulsion du commerce ethnique, la Moussy débarque en 2008, en Europe – grâce à la société Bibars qui en assure la distribution – chez les géants du « gros » comme Métro en France. D’abord commercialisée dans les snacks, restaurants halal et bars à shisha, la Moussy investit progressivement les rayons des épiceries et supermarchés spécialisés comme le Hal’Shop à Nanterre. Elle est aujourd’hui présente dans les rayons des supermarchés comme Auchan.

L’engouement des jeunes musulmans envers cette boisson se fait très vite sentir, au point que les distributeurs de la marque décident de créer un site internet destiné aux commerçants et consommateurs français: http://moussy-france.com/.

Surnommé « Non-alcoholic beer » dans le Golfe et les pays anglo-saxons, la Moussy n’est pas réellement une bière. C’est en réalité une boisson composée de malt d’orge dont le taux d’alcool est infime. Elle se décline en cinq saveurs : classic – se rapprochant très fortement du goût de la bière classique et contenant un taux de 0.025% – et de saveurs fruitées s’apparentant d’avantage à des sodas rafraichissant avec un arrière goût de malt (au taux de 0.01%): pomme, grenade, fraise et pêche.

Une question nous interpelle et interpellerait tout musulman : même en quantité infime, l’alcool présent dans cette boisson, issu de la fermentation, est-il « halal » ou « haram » ?

 La Moussy, une boisson « halalisée »

Il convient tout d’abord de rappeler les interdits islamiques quant à la consommation d’alcool.

Très explicitement, Le Coran évoque à plusieurs reprises la question de l’alcool et de l’ivresse.

« Parmi les fruits, vous avez le palmier et la vigne, d’où vous retirez une boisson enivrante et une nourriture agréable. Il y a dans ceci des signes pour ceux qui entendent. » [Le Coran, 16:69]

« Ils t’interrogeront sur le vin et le jeu. Dis-leur : L’un et l’autre sont un mal. Les hommes y cherchent des avantages, mais le mal est plus grave que l’avantage n’est grand. » [2 :216]

« Ô croyants ! Ne priez point lorsque vous êtes ivres : attendez de pouvoir comprendre les paroles que vous prononcez. » [Le Coran, 4:46]

« Ô les croyants! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu’une abomination, œuvre du Diable. Écartez-vous en, afin que vous réussissiez. » [Le Coran, 5:90]

Il semble que l’ivresse soit pointée du doigt, bien plus que l’alcool en lui même. Or, le principe de l’abrogation en Islam, donne prééminence au dernier verset cité : la consommation d’alcool est prohibée. Dans cette logique, comment est-il possible que la Moussy ait pu avoir un tel succès dans l’Arabie Saoudite puritaine, ultraconservatrice et très à cheval sur le respect des interdits religieux ?

Rien de mieux qu’une fatwa (avis juridique donné par un expert religieux) pour « halaliser » la Moussy ! En effet, deux grands savants saoudiens (dont le Shaikh Al-`Uthaymin) ont émis une fatwa autorisant la consommation de cette boisson. Intitulée « L’avis concernant les bières [non alcoolisées], et le principe d’interdiction ou de permission d’une chose contenant de l’alcool », cet avis juridique rend licite la consommation des bières non alcoolisées dont la Moussy. S’appuyant sur le hadith du Prophète Mohammed  (les hadith-s sont des recueils de traditions relatives aux actes ou parole du prophète Mohammed): «Tout ce qui enivre en grandes ou petites quantités est interdit», ces savants expliquent par déduction que toute quantité d’alcool (altérée par un autre liquide ou solide) qui n’aurait pas d’effet sur l’individu (enivrement) est licite. En 2008, une nouvelle fatwa vient autoriser les boissons dont la teneur en alcool est inférieure à 0,05%, considérant que c’est le seuil pour ne pas subir les effets des boissons issues de la fermentation comme les boissons maltées.

Ainsi, la Moussy n’entre pas dans les interdits alimentaires et devient par là même complètement Halal.

A titre informatif, dans la religion juive, il existe un principe, dit « batel béchichime », signifiant littéralement : « s’annule dans soixante », qui détermine la proportion à partir de laquelle une quantité est considérée comme négligeable. En l’occurrence, il faut que la quantité soit inférieure à un soixantième (1.67%) du total. Par exemple, les juifs n’ont pas le droit de mélanger le lait et la viande, la plupart des pratiquants disposent d’ailleurs de deux éviers dans leur cuisine. Toutefois s’il s’avérait qu’un jour, 1cl de jus de viande soit malencontreusement tombé dans une bouteille de 75cl de lait, le dit lait serait toujours propre à la consommation (casher). En revanche, si 2cl de vin taref (impropre à la consommation) se mélangent avec un litre de vin casher, toute la bouteille devient taref.

Une fois l’aspect religieux explicité, on se rend compte que la Moussy traduit surtout une envie de se conformer aux sociétés modernes, influencées et transformées par la mondialisation.

La Moussy : Choc des cultures ou Culture des paradoxes ?

La Moussy est loin d’être représentative d’un « choc des cultures ». C’est davantage l’expression d’une superposition culturelle et cultuelle avec laquelle les musulmans – sous l’effet de la mondialisation et des migrations – tentent d’établir leurs pratiques consuméristes.

Le spot publicitaire diffusé en Arabie Saoudite pour la Moussy est le parfait exemple de cette superposition. Dans un style rappelant quelque peu Bollywood, cette réclame met en scène une bande d’amis qui cherchent à entrer en boîte, et qui parviennent à passer l’obstacle que constitue le videur… grâce au Moussy.

Le Kameez (habit traditionnel des saoudiens) côtoie les jeans et t-shirts moulants, les jeunes femmes et jeunes hommes font la fête ensemble… mais la boisson reste halal.  A l’opposé des clichés, cette pub est une représentation de la jeunesse saoudienne qui aspire à la modernité tout  en s’attachant à respecter les prescriptions et traditions islamiques.

Ceci peut paraître paradoxal. Or, avec la Moussy, les musulmans du Golfe se sont lancés un pari fou : démontrer que la modernité peut aussi s’exprimer à travers le prisme du religieux. Il semble que ce pari soit remporté, la boisson s’étant internationalisée, gagnant les réfrigérateurs de nos compatriotes musulmans.

Forte de son succès dans l’Hexagone, il faut surtout se demander à quel besoin répond la bière Halal. Au milieu de la pyramide de Maslow, se trouve le besoin d’appartenance. Aujourd’hui, les français de confession musulmane désirent s’intégrer à cette jeunesse française biérophile, et c’est donc dans une pratique mimétique, que boire du Moussy leur permet de satisfaire leur envie de s’intégrer tout en conservant leur identité.

C’est avec des produits comme la« Moussy » que les musulmans répondent aujourd’hui à la mondialisation ou à la question de l’intégration. La Moussy n’est ni l’expression d’un choc des cultures, ni celle d’une culture des paradoxes. C’est simplement une réponse aux envies et besoins créés par la culture « Mac World ». Il est important de noter ici, l’intelligence commerciale de la création du Moussy. Constatant l’ostracisation croissante des musulmans pratiquants, on leur offre un moyen de partager des moments avec leurs congénères tout en respectant leur religion.

Renvoyons donc notre cher Tomer Sisley, alias Largo Winch, à la tête du groupe W où il aura surement beaucoup plus à faire…

Dan Hayoun et Fadila Bakkar-Leturcq