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La guerre contre le terrorisme est gagnée. Il y aura certes encore quelques actions ponctuelles qui mettront de temps à autre l’Occident en émoi. Mais rien de vraiment grave. Rien qui puisse désormais déstabiliser durablement le monde. Que pourraient-ils faire d’ailleurs ces terroristes pour mettre la planète à feu et à sang ? Premiers surpris par les résultats spectaculaires du 11 septembre, ils se sont eux-mêmes mis une barre qui semble impossible à dépasser. En effet le terrorisme se nourrit de la terreur et de l’effroi qu’il génère. Après l’effondrement des Twins la surenchère ne pourrait être que nucléaire et on voit mal comment une poignée de fanatique pourraient, n’en déplaise aux romanciers, faire exploser une charge nucléaire au sein d’une grande  métropole.

Il reste bien sûr la guerre en Irak et en Afghanistan. Mais ce sont là des épiphénomènes qui ont peu d’influence sur la marche d’un monde dont l’économie ne s’est jamais aussi bien portée.

Ainsi les Islamistes ont perdu leur pari. L’Algérie elle-même en a fini avec la guerre civile qui la minait et dans la foulée les tentatives de déstabilisation des grands pays musulmans que sont l’Indonésie, l’Egypte et la Turquie ont échoué. Le panarabisme a vécu, l’Islam conquérante s’essouffle… Il est désormais temps que la Méditerranée et  l’Europe, se réinventent une histoire commune et referment à jamais cette cicatrice millénaire faite de peurs, de conflits et de rancoeurs.

Pourtant les sceptiques de tout bord n’en ont pas fini avec les épouvantails. Le monde musulman n’est-il pas en train de se doter de la bombe atomique ? En effet que restera-t-il à nos stratèges en herbe si après la chute du mur, l’échec du terrorisme on leur enlève le danger de la bombe iranienne ?

Il n’est pourtant pas si sûr qu’un Iran de retour sur la scène internationale ne soit pas une chance plus qu’un danger. En effet aussi paradoxal que cela puisse paraître un Iran fort, donc doté de la capacité nucléaire, pourrait bien être un gage de stabilité dansla région. Ainsiles Américains seraient peut-être heureux de lui céder la gestion du bourbier irakien.

Il est de toutes façons peu probable que Téhéran entreprenne d’atomiser Tel Aviv. A l’opposé une nouvelle puissance nucléaire dans la région, obligerait les Israéliens à enfin s’engager dans un véritable processus de résolution du conflit israélo-arabe. Il n’y a en effet que trois solutions pour venir à bout de ce furoncle qui empêche la constitution d’un véritable ensemble économique et politique autour de la Méditerranée.

La première passe par la destruction totale d’Israël. Evénement fort improbable que des décennies de guerres conventionnelles n’ont pas permis et qui dont la réussite serait d’autant plus aléatoire pour les agresseurs, qu’Israël c’est doté d’une capacité de frappe nucléaire depuis au moins 40 ans.

La seconde voudrait que l’on procède à l’extermination de tous les musulmans dela région. Celase passe de tout commentaire…

La troisième et unique solution, celle qui privilégie un accord acceptable par tous les partis, nécessite que les protagonistes puissent arriver à la table des négociations à égalité. C’est ici qu’entre en jeu un Iran devenu puissance nucléaire.

Osons en effet parier qu’une nation qui puise dans des racines millénaires son héritage historique, saura faire bon usage de cette puissance nouvellement acquise. Considérons, qu’au regard de l’Histoire, l’Islamisme des Gardiens de la Révolution, sera à l’Iran ce que le Bolchevisme fut à la Russie ; une adolescence agitée et rebelle.

L’arme atomique a su éviter à l’Europe une troisième guerre mondiale à une époque où les démocraties occidentales n’étaient pas des parangons de vertu. Pourquoi les mêmes causes ne produiraient pas les mêmes effets ? Les dirigeants arabes, turcs ou perses, seraient-ils moins intelligents que les chefs de gouvernements occidentaux des Trente Glorieuses. Qu’auraient-ils à gagner à nucléariser le monde. Il suffirait de toutes manières que d’un unique départ de missile, pour qu’Istanbul, Damas ou Téhéran soient rayés de la carte.

Par contre, et c’est là que le bas blesse, pour nous autres occidentaux, grands exportateurs et pourvoyeurs de préceptes démocratiques, il leur suffirait d’un seul missile pour qu’à l’image du général de Gaulle dans les années 60, ils puissent peser sur les décisions régionales et prendre en main la destinée du Moyen-Orient. Finalement n’est-ce pas cela dont nous aurions peur ? Qu’à l’instar de l’Europe au sortir dela Guerre Froide, naisse enfin une Union Méditerranéenne. Il est plus que temps que nous comprenions enfin que le monde n’est pas un puzzle à dessin unique façonné par quelques uns, mais une mosaïque à géométrie variable. Après tout nous avons bien survécu à l’effondrement de la « pax romana »…

Christophe LAMANDE

EHED-PROPEDIA


C’est le Jeudi 24 Novembre, sur les bancs de Sciences Po Paris, que les étudiants de l’EHED se sont retrouvés pour la Conférence Nucléaire : Comment répondre à l’Iran ?

A l’origine de cette conférence, Persépolitique, l’association franco-iranienne de Sciences Po. Plusieurs personnalités étaient présentes pour discuter et débattre autour de la question du nucléaire iranien :

– François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran (2001 – 2005)
-Thierry Coville, chercheur à l’Institut de recherche internationale et Stratégique
-Armin Arefi , journaliste franco-iranien auteur des ouvrages Dentelles et Tchador et Rubans et Turbans ainsi que du blog Le Monde Dentelles et Tchador.

Nos trois intervenants se sont dans un premier temps penchés sur le rapport de l’AIEA (l’agence internationale de l’énergie atomique) à propos de l’état d’avancement du programme nucléaire iranien. Il est ressorti des différents échanges que ce  rapport était assez modéré, dans le sens où il n’apportait rien de fondamentalement nouveau à ce que l’on savait. En effet, l’Iran a interrompu son programme d’enrichissement d’Uranium en 2003 et a entrepris un effort de dialogue avec la France, les Allemands, et les UK.

Selon les intervenants, si l’Iran a suspendu son programme et accepté un contrôle de AIEA, c’est une preuve de bonne foi et de transparence envers la communauté internationale qui n’a pas été sans conséquences en Iran : l’arrêt des programmes a provoqué des  tensions internes très fortes.

Les intervenants ont soulevé le ton alarmiste des médias occidentaux, souvent déconnecté de la réalité du programme nucléaire iranien. Le mois dernier, nous pouvions lire en Une du Figaro « l’Iran cherche l’arme atomique ». La cherche-t-elle vraiment ?

On constate une fermeture dans le camp occidental dans la négociation avec l’Iran. En effet, la Turquie et le Brésil ont passé un accord avec l’Iran que les pays occidentaux ont condamné et balayé d’un revers de main. Néanmoins, l’effort de médiation entrepris par des pays proches du régime iranien était colossal.

Une question se pose : pourquoi un tel deux poids deux mesures et un acharnement sur l’Iran ?

En effet, l’Iran est signataire du TNP (Traité sur la non prolifération des armes nucléaires), signataire également du protocole additionnel de l’AIEA qui permet l’intervention sans sommation auprès d’un pays soupçonné de. L’Inde, le Pakistan et Israël, pays ayant développé l’arme nucléaire,  pourtant « sensibles » sur le plan géopolitique ne le sont pas et ne bénéficient pas d’une telle attention de la communauté internationale. Par ailleurs, le président iranien s’est dit prêt à accepter d’enrichir l’Uranium dans d’autres pays (la France, la Turquie). Le deux poids deux mesures est donc « flagrant » pour les trois intervenants, et devient le point central de l’argumentaire du régime iranien pour justifier sa démarche.

Ainsi, l’une des interrogations du peuple iranien se porte sur cette différence de traitement entre pays de la part de la communauté internationale : pourquoi refuser à un pays signataire du TNP le nucléaire civil et fermer les yeux sur les détenteurs d’armes atomiques non signataires de ce traité ?

Pour le peuple iranien, l’accès au nucléaire est le symbole d’une conquête de la modernité. Contrairement aux idées reçues, le programme nucléaire iranien ne date pas d’hier. Dès les années 70 il avait été envisagé par le régime du Chah. La Révolution, a provisoirement mis entre parenthèse les projets nucléaires : Khomeiny avait choisi de se démarquer du Chah et de mettre en attente tous les projets qu’il avait entrepris.  Un événement vient remettre au goût du jour la question du nucléaire : l’attaque de l’Iran par l’Irak. L’Iran décide implicitement de créer une force de dissuasion : on parle de programme de missiles et de militarisation de l’uranium.

Néanmoins, les problèmes économiques et sociaux qui persistent en Iran sont la principale préoccupation des Iraniens, bien avant la question du nucléaire (Armin Arefi souligne qu’une partie des Iraniens n’ont même pas consciences des enjeux du nucléaire et ne savent pas ce que c’est).

Quelle attitude face à l’Iran ?

La politique de sanction  ne fonctionne pas vis-à-vis de l’Iran. En effet, même si elle est mise en avant, l’Iran reste un partenaire de taille. Par exemple l’Allemagne est 1er partenaire de l’Iran en termes de commerce. Par ailleurs, les sanctions favorisent la création de réseaux organisés de contournement.

La guerre est elle une solution ? S’il y a frappe militaire sur les installations nucléaires iraniennes, c’est un non sens car le pays est signataire de l’AIEA. L’Iran se retirera du traité et retrouvera sa liberté nucléaire, à la suite de quoi la communauté internationale n’aura plus de marge de manœuvre.

La négociation est la meilleure des solutions, du moins celle qui reste la plus efficace.

L’intérêt du nucléaire pour l’Iran.

Il est indéniable que l’Iran cherche la suprématie dans la région. Se doter du nucléaire civil lui permettra dans un  premier temps d’affirmer sa modernité au Moyen-Orient, pays déjà très modernisé (depuis la Révolution, le taux fécondité en Iran est passé de 7 à 2%). Dans le même temps, le nucléaire permettra à l’Iran de se doter d’un « avantage comparatif » face aux monarchies du Golfe, rivales historiques.

Par ailleurs, même si les ressources en pétrole sont considérables en Iran, le régime est conscient que cette ressource est épuisable : il est donc impératif et légitime de vouloir diversifier ses sources d’énergies en développant le nucléaire civil.

Quelques mots sur l’opposition émergente et la politique interne

Confondre la politique interne et externe de l’Iran n’est pas logique, bien que les deux soient liés. Plusieurs tentatives du gouvernement US ainsi que d’autres pays ont été mises en place pour déstabiliser le pouvoir Iranien : le soutien des milices Kurdes par exemple.

Mais une chose est sûre : personne ne peut renverser le pouvoir Iranien hormis les iraniens eux-mêmes. L’opposition émergente se bat principalement pour la transparence politique et pour des droits économiques et sociaux. La question du nucléaire rassemble, bien plus qu’elle ne divise et renforce l’opposition : soutenir cette dernière ne revient pas à faire reculer l’envie du nucléaire chez les Iraniens.

Un point à souligner : en Iran il est très difficile de savoir qui décide. L’Iran dispose d’un Conseil national de sécurité (copie exacte des US) où sont représentés tous les organes du pouvoir (ministres, chef de l’armée…). Un Conseil des Experts est élu pour 5 ans et élit lui-même le Guide, sur lequel il a un pouvoir de destitution.  Ainsi, il est impossible de dire que le pouvoir est concentré entre les mains du Président, du Guide ou autre. Le processus de décision en Iran complexe certes mais pas si différent d’autres pays.

Recommandations bibliographiques :

CONESA Pierre,  La Fabrication de l’ennemi.

Samy HD