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51 ans. Voilà 51 ans jour pour jour, soit  le 17 octobre 1961, que le pouvoir français montrait sa réaction aux insurgés algériens par une violente et mortifère répression.

France  – Algérie. Ce pourrait être le titre d’un match de football. Mais c’est aussi l’histoire de deux nations, liées par l’histoire, déchirées par la guerre et l’histoire coloniale..

Deux pays vivant leur relation dans un mélange de rancœur et d’attirance. Ce « je t’aime moi non plus », incarné par la complexité diplomatique franco-algérienne, tant le sang versé hante les esprits.

A ces raideurs du passé, il est nécessaire de répondre par un travail historique. Ouvrir les archives, informer, donner les clés de compréhension…  Mais surtout sortir des héros de ces heures sombres de l’histoire de France à nos tètes blondes.

Mais comment évoquer cette histoire, par quel sens, comment parler de ces événements ?

Qui mettre en avant ?

Et pourquoi pas Abd el Kader ?  Connaissant les deux pays,  personnage complexe, militaire et  poète, résistant honnête pour les Algériens,  ami et indigène cultivé pour les Français.

Comment enseigner la colonisation ? L’enseignement par souci d’efficacité, arbore souvent une vision manichéenne de l’histoire, celle du bien et du mal, du dominant et du dominé. Or comme chacun sait, la réalité historique, toujours complexe, fait que tout n’est jamais ni tout blanc, ni tout noir, mais fait d’une infinité de Gris.

L’Histoire suscite parfois des réactions passionnelles: c’est la cas de la guerre d’Algérie, De part et d’autre de la Méditerranée, le divorce fera place à la douleur : le massacre de Harkis, les exactions de l’OAS,  l’expropriation de familles entières… Une douleur  qu’exprimera Albert Camus dans son  « j’ai mal à l’Algérie, en ce moment, comme d’autres ont mal aux poumons« 

Une période historique à questionner donc, un contexte de guerre à responsabiliser. Qui dénoncer ? le corps politique ? militaire ?  Comment juger les exécutants comme Papon ou Aussaresses ? Krim Belkacem et Jean-Marie Le Pen se considéraient, dit-on, comme adversaires de guerre mais comme respectueux ennemis sur le terrain civil.

Ces questionnements scinderont l’opinion publique, la question de la colonisation sera d’ailleurs dénoncée par l’intelligentsia parisienne comme par la communauté internationale ( Sartre – ONU )… Mais surtout, par le petit peuple algérien, une  oppression vue comme une entrave à la liberté, dont les Algériens ont souffert. Cette souffrance qu’a longtemps chanté la musique Chaabi.

Ainsi, les considérations humanistes grandissantes imposeront progressivement la décolonisation. Dès lors, la France perdra progressivement un pied stratégique en Afrique, et l’Algérie libre accèdera à sa réelle autodétermination.

Depuis, 50 ans sont passés, et tout Algérien honnête relèvera un constat amer de son pays,  L’Algérie semble en effet se relever difficilement de cette période,  si l’on en prend sa naissance post coloniale: l’économie Algérienne reste largement constituée de ses ressources d’hydrocarbures et peine à dynamiser une économie « complète ».

Ces échecs économiques se lient aux maladresses diplomatiques des deux pays. Notamment au niveau culturel une relation ambigüe est restée: la francophonie d’une partie de la population, les douleurs du passé, et du « régime boutéflikien ».D’autant que les deux pays évoluent dans des systèmes religieux différents, Islam pour l’un, laïcité pour l’autre .

Si les Catholiques Français avait cru pouvoir évangéliser l’Algérie en échange du rapprochement de l’Eglise et de la République par le fameux « toast d’Alger », c’est aujourd’hui la France qui accueille une présence musulmane non négligeable sur son territoire. Une politique migratoire  qui a amené des familles d’ouvriers en France, remplis de souvenirs de guerre.

Les générations nouvelles ne se gênant d’ailleurs pas pour poser la question de la reconnaissance et du pardon face à ces douleurs de guerre.

De ces faits, faudra-t-il que la France, 50 ans après, s’excuse ?

C’est à François Hollande d’en décider,  de faire ce travail,  lors d’un discours fort et puissant, en se posant en orateur qu’il n’est pas, et  de couper ainsi au pouvoir Algérien le soin d’exploiter le ressentiment anti-français pour cacher les échecs économiques et diplomatiques de l’Algérie .

A notre président donc, de prendre les choses sérieusement en main, au lieu d’envoyer la bogdanovienne Benguigui, quasi insulte à la beauté des femmes algériennes, parler à Alger de Francophonie.

Que se passe-t-il aujourd’hui ? Pourquoi l’Algérie ne s’est elle pas révoltée ? Pays où pourtant, la tradition révolutionnaire est forte, et ou tout une jeunesse pourrait ressentir un Désir de liberté et de conscience pour accéder à notre chère social démocratie de consommation.

Tout d’abord, les Algériens ont moins foulé le pavé, ils ont souffert, de guerres et de violences. Les mauvaises langues diront que de toutes façons le pouvoir ne laisse pas les manifestants se réunir sur la place d’Alger, ou que les revenus pétrolifères font taire les protestations.

Mais le poids du sang est sans doute la principale raison à ce mutisme révolutionnaire. L’opposition au pouvoir a laissé de nombreuses traces, le sang a coulé,  une guerre coloniale, presque  10 ans de guerre civile dans les années 90, entre politiciens de la foi et le pouvoir.

En 2001 aussi,  le soulèvement  des kabyles,  les Arrchs, sera  réprimé durement.  Un Printemps noir  durant lequel pas moins 130 militants  disparaitront ou décéderont du fait de leurs revendications.

Car si la France, en bonne fille, doit assumer ses responsabilités,   L’Algérie devrait peut être aujourd’hui cesser de regarder ses blessures, coloniales et autres, et assumer de nouveaux défis en créant une véritable alternative politique au vieillissant  Bouteflika qui ne se gênera pas pour préparer dignement sa succession.

La question identitaire aussi, omniprésente en Algérie, pays composite fait de  Kabyles, de  Chaouis, mais aussi de Juifs… autant de communautés encore peu enclines à entretenir de cordiales relations vers l’extérieur,  même avec les voisins Tunisiens et Marocains.

La France aussi, ou la diaspora algérienne se retrouve dans une situation complexe, fondée par l’ambigüité d’être déraciné,  prise entre deux pays,  mais aussi une certaine difficulté car prise dans le filet des nombreux clichés (Bollossage, femmes de ménage, marseillaises sifflées et survêtement Lacoste).

Une ouverture au monde nécessaire donc, vectrice de paix qui apporterait un souffle nouveau à l’Algérie dans ses relations diplomatiques.

Pour autant, un renversement de régime brutal serait il pertinent ?

Rien de moins sur,  une Algérie  affaiblie en proie à des révolutions, et la figure du conseil de transition, ferait l’aubaine des investisseurs de pays étrangers pour exploiter les ressources algériennes, et profiterait à un dangereux chaos social.  La Lybie en fait malheureusement les frais aujourd’hui.

Vue comme l’un des dernier pays indépendant face à la logique de blocs, de part  son indépendance pétrolifère, l’Algérie pourrait subir les foudres des manipulations d’autres états. Les Etats-Unis, experts en la matière, ont d’ailleurs récemment été désavoués par leur propre General Wesley Clark.

Face à la domination, et la manipulation des uns, choisissons la réconciliation des autres.  En Algérie et  en France.


Nicolas

« Nicolas Le Pen », voici le titre d’un éditorial paru le 14 mars 2012 dans le Wall Street journal. Ce journal spécialisé dans la finance appartenant à l’ultra-conservateur Australien Rupert Murdoch le magnat des médias (donc résolument pas à gauche), s’inquiète de la tournure de la campagne présidentielle française, notamment des propositions du Président candidat Nicolas Sarkozy.

Ce qui inquiète le Wall Street Journal est la proposition du Président candidat de sortir de façon unilatérale des accords de Schengen, si les négociations (déjà entamées) sur cette convention ne vont pas dans l’intérêt de la France.

Certes, cette convention vieille de plus de 10 ans qui permet notamment la libre circulation des biens, personnes et services dans les pays membres de l’UE doit être renégociée, repensée. Nous en avons vu les limites lors du Printemps Arabe, quand le gouvernement de Silvio Berlusconi prit de vitesse par l’afflux de migrants tunisiens sur ses côtes, décida (sans se concerter avec ses voisins européens) de leur délivrer des titres de séjour provisoires afin qu’ils puissent rejoindre plus facilement des pays comme la France ou l’Angleterre et quitter, par la même occasion, le territoire Italien. Mais le fait qu’un Président en exercice, même candidat, évoque la possibilité que la deuxième puissance économique d’Europe puisse se désengager d’un des accords qui font l’Union européenne fait désordre à un moment où l’Union européenne n’a jamais eu autant besoin de solidarité. Donner la responsabilité à l’Union européenne des maux de la France est bien trop facile.

N’est-ce pas ce même candidat qui nous disait très récemment que la France a besoin de l’Union européenne, que sans l’Union européenne il n’y aurait pas de croissance, que seule l’Union européenne pouvait nous protéger de la concurrence économique des pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie et que l’Angleterre en faisant cavalier seul joué avec l’avenir de tous les Européens ?

Durant des mois Monsieur Sarkozy et Madame Merkel, n’ont eu cesse de rappeler leur désir d’une plus grande convergence des politiques économiques, fiscales et sociales des différents pays membres de l’UE justement.

Que pense Madame Merkel de la proposition de son « meilleur » allié européen ? Interrogée sur ce point par des députés de sa majoritée elle a répondu que cette proposition était « une thèse de campagne », en clair que cela ne sera jamais appliquée.

Le désir de Monsieur SARKOZY avec cette proposition est de reproduire la stratégie qui lui avait permis en 2007 d’accéder à la présidence de la République française en captant les voix des électeurs qui votent traditionnellement pour l’extrême droite. Puisque pour l’un des conseillers de Nicolas Sarkozy monsieur Buisson (ancien rédacteur en chef de Minute, un quotidien d’extrême droite), cela représente une excellente nouvelle, puisque ce titre du Wall Street journal envoie un message clair aux électeurs du Front National : « Pourquoi voter pour Marine LE PEN ? Vous avez déjà un candidat au pouvoir, qui a plus de chance d’être réélu président, et surtout qui défend vos idées ».

L’extrême « droitisation » de notre Président – Candidat inquiète également un autre célèbre quotidien financier, cette fois-ci d’outre-manche, le très libéral Financial times. Ce quotidien regrette que Nicolas Sarkozy reprenne les arguments de l’extrême droite stigmatisant les immigrés, leur reprochant de creuser le déficit de l’Etat et de tirer les salaires vers le bas. Déjà en 2007, Nicolas Sarkozy avait fait de l’immigration un axe de campagne durant l’élection présidentielle.

Les objectifs : « Lutter sans merci contre les clandestins, et limiter les regroupements familiaux pour privilégier le recrutement de migrants qualifiés ».

A côté de cette fermeté, le candidat prônait de mieux intégrer les populations immigrées.

Cinq ans plus tard, la répression et la stigmatisation l’ont emporté sur l’intégration, la multiplication des lois a permis d’expulser plus facilement et plus massivement les sans-papiers et de limiter l’immigration économique, de travail.

Le quotidien anglais rappelle que la France, tout comme les autres pays de l’OCDE, aura besoin dans les prochaines années d’un flux important d’immigration pour répondre à la demande sur le  marché du travail et de souligner que l’impact des migrants sur le taux de l’emploi est relativement faible en France. En 2010, Gregory Verdugov et Javier Ortega estimaient, que la hausse de 10 % de l’immigration en France de 1962 à 1999 avait augmenté les revenus des Français de 3 %, en permettant aux Français de grimper dans l’échelle des professions.

La « Droite Populaire », courant politique au sein de l’UMP qui a pour principale motivation de reprendre certaines idées du Front National, nous explique à travers la voix de son « VRP de luxe » monsieur Claude GUEANT (ministre de l’intérieur), que l’immigration pèse sur les comptes publics de l’Etat. Est-ce vrai ?

Une équipe de l’Université de Lille travaillant pour le chercheur Xavier Chonjicki, réalisé en 2009 une étude pour le compte du ministère des Affaires sociales sur les coûts et bénéfices de l’immigration pour l’économie nationale. En travaillant sur des chiffres officiels, attestés par l’Etat, les chercheurs ont décortiqué tous les grands postes de transfert des immigrés. Il en ressort que les immigrés sont des contributeurs nets : ils reçoivent annuellement de l’Etat 48 milliards d’euros de prestations, mais par ailleurs versent 60 milliards de cotisations et impôts. Car s’ils bénéficient de transferts importants pendant leurs jeunes années (aides sociales et familiales, chômage…), ils sont sous-représentés parmi les retraités, contrairement aux idées reçues ils se font moins soigner et ont une espérance de vie moindre : ils « profitent » donc moins des prestations santé et retraite, qui représentent 80% des dépenses sociales.

Certes, la France n’a pas la vocation « d’accueillir toute la misère du monde », mais les citoyens français méritent un débat présidentiel de qualité ainsi que de meilleures propositions électorales, ce ne sont pas une loi sur l’immigration, ni sur la viande Halal, ni une super-taxe sur les plus riches qui permettront à la France de renouer avec une croissance durable. La France a été pionnière dans la construction européenne, qu’elle le soit également dans l’élaboration d’un pacte de compétitivité Européen. Seule l’Europe permettra à la France, l’Espagne, la Grèce, l’Italie… de sortir de la crise économique et financière que nous traversons actuellement. La politique du repli sur soi a toujours eu de grandes conséquences sur le continent européen et a entraîné le monde dans deux guerres mondiales.

Le 21 avril 2012, allez voter et faites le bon choix !!

Mfumu KANZA


“C’est une réalité : les pays du Maghreb sont devenus de nouveaux pays d’immigration”. C’est ce que déclarait en mars 2009 le géographe Ali Bensaâd, lors d’une interview accordée au quotidien algérien Al Watan sur l’ouvrage qu’il a dirigé : « Le Maroc à l’épreuve des migrations subsahariennes ». En effet, devenu une région d’émigration depuis les Trente Glorieuses et, plus récemment, un espace de transit, intermédiaire pour les migrants africains souhaitant rejoindre l’Europe, le Maghreb doit faire face à des flux migratoires de plus en plus diversifiés et devenant ainsi une terre d’immigration.

Si dans la seconde partie du XXème siècle les migrations internationales se sont développées dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, les différentes régions de cette zone n’ont pas dû gérer le même type de migrations. Certaines ont pendant longtemps été des régions d’émigration, faisant face au départ de leurs nationaux vers d’autres pays (pour des raisons économiques, parfois politiques), tandis que d’autres étaient des régions d’immigration, enregistrant des soldes migratoires excédentaires (le solde migratoire est la différence entre les entrées de migrants et les sorties de migrants dans un pays). De plus, si certains pays sont devenus des pays d’immigration par volonté de se développer, d’autres le sont devenus de manière « accidentelle » du fait d’événements géopolitiques. Cependant, les situations deviennent de plus en plus complexes ces dernières années, compte tenu des nouvelles politiques restrictives et répressives en matière d’immigration (légale ou illégale), adoptées par les blocs régionaux limitrophes tels que l’Union Européenne. Cette complexité est accentuée par les multiples conflits qui touchent la région. Ainsi, l’ensemble de la zone du Maghreb et du Moyen-Orient doit faire face à une immigration de différents types et de plus en plus importante. Depuis deux décennies, l’opposition entre pays d’émigration et pays d’immigration s’efface peu à peu pour laisser place à des situations de plus en plus diversifiées. La région du Maghreb et du Moyen-Orient est-elle en passe de devenir une terre d’immigration ?

Si traditionnellement certaines régions ont été des pôles récepteurs de migrants de différents types, et qu’elles ont dû adopter des politiques migratoires et d’intégration diverses, d’autres sont se sont caractérisées par la présence d’une importante part de leurs nationaux hors des frontières, pour des raisons politiques, mais surtout économiques. Toutefois, le fossé tend à se resserrer entre ces pôles d’immigration et d’émigration dans la mesure où des régions de la zone Maghreb/Moyen-Orient doivent faire face à de nouveaux types de migrations, et jouer sur plusieurs fronts pour gérer les flux entrants et sortants de migrants.

Des pôles dans lesquels l’immigration est déjà bien établie

Dans la zone Maghreb/ Moyen-Orient, certains pays ont fait le choix d’accueillir des migrants pour répondre à des ambitions économiques mais également pour établir une force politique. D’autres n’ont pas eu le choix, et se sont retrouvés pays d’accueil de migrants forcés, suite aux conflits qui ont touché dans la région dans la seconde moitié du XXème siècle. Il convient donc de présenter les différents types d’immigration auxquels peuvent être sujets les pays du Maghreb et du Moyen-Orient.

Les immigrés pour le développement économique : le cas des pays du Golfe

La région du Golfe est considérée comme l’un des plus grands pôles d’immigration au monde. Son développement économique s’est reposé sur ses richesses pétrolières qui lui ont permit d’investir dans différents secteurs de l’économie. Ce développement a essentiellement été réalisé par une main d’œuvre étrangère arabe puis asiatique, qui est devenue de plus en plus importante dans les pays du Golfe ces dernières années. Cette immigration est gérée d’une manière particulière et les pays du Golfe n’ont pas mit en place de véritables politiques d’intégration de ces migrants économiques.

En 1973, en mesure de représailles au soutien occidental d’Israël lors de la guerre de Kippour, les pays arabes décident de suspendre la livraison de pétrole vers certains pays d’Occident, ce qui à pour conséquence la flambée des prix du pétrole. Ce choc pétrolier va enrichir les pays du Golfe. Ils vont profiter de la manne pétrolière pour investir dans des plans de développement. Cependant, ces pays sont légèrement peuplés, et leurs citoyens sont peu enclins à occuper des postes peu qualifiés (leur niveau de vie ayant considérablement changé), nécessaires au développement économique souhaité. De plus, les femmes ne travaillent pas dans ces sociétés conservatrices. La population active est donc très réduite. Pour cette raison, les pays du Golfe décident de faire appel à une main d’œuvre étrangère.

Parallèlement, les pays du Golfe prennent conscience que le pétrole est une ressource épuisable et décident de préparer l’ « après-pétrole » en se diversifiant économiquement. Certains vont miser sur l’industrie (comme c’est le cas pour l’Arabie Saoudite qui développe des industries pétrochimiques, des usines de production de plastique….), d’autres sur le tourisme, la culture et les loisirs, et enfin sur l’immobilier. Ce désir de diversification nécessite également une main d’œuvre qualifiée et non qualifiée, ce qui garantit un flux soutenu de migrants économiques dans les pays du Golfe.

Qui sont les immigrés ?

Dans un premier temps, les pays du Golfe ont recours à une main d’œuvre arabe : la proximité géographique, culturelle, mais aussi l’idéologie du panarabisme des années 70 font que les premiers migrants sont égyptiens (l’appel de main d’œuvre dans le Golfe coïncide avec la libéralisation et l’ouverture économique en Egypte appelée « Infitah », qui provoque un départ massif de migrants dans le Golfe), jordano-palestiniens, ou encore yéménites. Dès les années 90, avec la première guerre du Golfe, les divisions arabes et la montée de l’intégrisme…les pays du Golfe décident d’élargir les bassins de recrutement. Les Arabes sont remplacés par une main d’œuvre asiatique, musulmane puis non musulmane, réputée comme plus disciplinée, plus docile, et que l’on paye moins.

Les migrants sont souvent des hommes qui occupent des postes qualifiés comme non qualifiés, mais on trouve également des femmes (domestiques ou vendeuses). Ils proviennent en majorité du sous-continent indien, mais aussi des Philippines ou de Thaïlande. On trouve également de plus en plus de travailleurs chinois et dans une moindre mesure, des travailleurs occidentaux. Souvent, on assiste à une spécialisation géographique de ces migrants : par exemple, les travailleurs occidentaux ont le plus souvent des postes de cadres supérieurs dans les multinationales ou d’ingénieurs, les Philippines sont souvent domestiques, beaucoup d’Indiens eux, travaillent dans le secteur du bâtiment.

L’appel à cette main d’œuvre économique issue de différentes régions a été tellement important depuis le choc pétrolier, que l’on compte aujourd’hui 13 millions d’immigrés dans le Golfe. Ils occupent une place importante dans les pays du Golfe, et forment parfois la majorité de la population : en 2005, 81% de la population des Emirats arabes unis étaient des immigrés. Ainsi, ils sont largement majoritaires dans certains pays du Golfe, ce qui témoigne du fait que cette région est un pôle d’immigration.

Une immigration sans intégration

La migration est perçue comme temporaire pour les pays du Golfe. En effet, elle a pour objectif la modernisation et de développement de la région. Les contrats de travail sont donc signés en fonction de la durée des projets. De plus, les naturalisations sont exceptionnelles et les immigrés n’ont le droit de faire venir leurs familles qu’après avoir justifié d’un certain niveau de revenu.

Mais ce qui caractérise le plus l’immigration dans les pays du Golfe, c’est le système de la Kafala. Un national, le Kafil, est une sorte de « tuteur » qui doit se porter garant de la présence de l’immigré sur le territoire national. Ce dernier doit lui verser une partie de son salaire. Le Kafil est souvent l’employeur et ce système permet une gestion privée de l’immigration. Les abus sont possibles et la Kafala est parfois montrée du doigt, comme étant inégalitaire. Bahreïn l’a d’ailleurs supprimé.

En plus de la faible rémunération de ces travailleurs, il n’existe pas de droit du travail dans de nombreux pays du Golfe : les immigrés ne sont pas du tout protégés. Ces immigrés, pour les moins qualifiés, sont aussi l’objet d’une ségrégation, sociale et spatiale. En effet, malgré la multiplicité des cultures dans ces pays, il existe un fort communautarisme et peu ou pas de mélanges : les nationaux ne se mélangent pas avec les non-nationaux. De plus les immigrés sont contraints de vivre dans les faubourgs des grandes villes, et ne peuvent pas avoir accès à certains lieux parfois. À cela s’ajoutent des politiques de « nationalisation », sur le marché du travail notamment, qui visent à attribuer des emplois (d’abord dans le secteur public, puis dans le secteur privé) à des nationaux. Aux Emirats par exemple, un organisme gouvernemental : TANMIA a été créé en 1999. Cette agence entre dans la lignée de cette politique de nationalisation, en offrant des formations aux Emiratis et en leur trouvant des emplois, notamment dans le secteur privé. Par conséquent, les politiques dans le Golfe sont des politiques inégalitaires envers les immigrés et ne leur permettent aucune intégration. Ce système de privilèges, ces inégalités et l’imperméabilité sociale commence depuis peu à poser problème dans ces pays.

La médiatisation de la situation des immigrés dans le Golfe et les récentes revendications de ces derniers(mouvements de revendication, grèves), ont poussé certains Etats à s’engager dans des réformes en faveur des immigrés : faciliter leur accès au logement, élargir leur droits syndicaux mais aussi établir un véritable code du travail… Il n’est pas question de naturalisations pour le moment.

Dans tous les cas, l’activité et les ambitions économiques nous laisse penser que les pays du Golfe ne sont pas prêts de se passer d’une population immigrée.

Nous pourrions également étendre ce cas à la Libye, pays pétrolier peu peuplé, dont la population immigrée est importante. C’est un cas d’exception dans la région du Maghreb, considérée comme pôle d’émigration. Ainsi, la plupart des pays pétroliers de la zone, en particulier ceux du Golfe ont fait le choix d’accueillir une population immigrée pour satisfaire des besoins économiques. Ce choix peut être motivé par d’autres ambitions.

L’immigration, une stratégie d’ordre politique : le cas d’Israël

Le « retour » de la diaspora juive en Terre Sainte depuis le début du XXème siècle est l’un des éléments majeurs ayant permit la fondation de l’Etat d’Israël. Si ce retour s’est effectué par vagues d’immigration, on constate qu’il répondait à un objectif principal politique, nourri par certains mouvements religieux. Bien que l’Etat d’Israël ait fêté ses 60 ans il y a peu de temps et qu’il ait réussit à asseoir sa légitimité, l’immigration reste toujours un enjeu au cœur de la politique israélienne et entre en compte dans ses stratégies territoriales et démographiques.

L’immigration comme soutien à la Fondation de l’Etat d’Israël

À la fin du XIXème siècle, le sort des juifs en Europe est de plus en plus complexe (victimes de nombreuses discriminations face à la montée des nationalismes, l’affaire Dreyfus en témoigne). Un certain nombre d’intellectuels se réunissent autour de la question et formule l’idée de regrouper le peuple juif au sein d’un seul et même Etat. Un mouvement va se mettre en place : le sionisme, dont le leader est Théodore Hertzl. Il est soutenu par les puissances coloniales à l’époque comme l’empire britannique. Dès la fin du XIXème siècle, un mouvement migratoire s’amorce en direction de la Palestine, soutenu par les juifs du monde entier (le baron Edmond de Rothschild, riche français investit une partie de ses richesses pour l’installation de juifs en Palestine aidant à l’achat de terres par exemple). C’est ainsi que se constitue une population juive, souvent venue d’Europe : les Ashkénazes (par opposition aux Sépharades qui sont les juifs d’Orient), minoritaire face aux Arabes musulmans et chrétiens, mais qui gagne en importance. L’immigration est également encouragée par certains mouvements religieux qui prônent le retour vers la Terre Promise par Dieu à Moïse : c’est l’Alyah (ou la « montée » en Israël). Le sionisme se concrétise en 1948 par la création de l’Etat d’Israël, ce qui engage alors ce nouveau pays dans une première guerre israélo-arabe.

La multiplication de ces guerres, pousse les autorités israéliennes à établir leur mainmise sur le territoire palestinien. Ils font donc un appel à l’immigration juive, dès 1948. Cette multiplication des tensions avec les pays arabes voisins et la fin de la seconde guerre mondiale, font qu’une grande partie des rescapés juifs de la Shoah et des juifs Sépharades émigre en Israël : c’est la première vague d’immigration qui sera suivie d’autres vagues. Entre 1948 et 2000, 3 millions de juifs ont émigré en Israël : la population d’Israël a été multipliée par 7. Cette immigration a donc contribué à la croissance de la population israélienne et a aidé à asseoir la légitimité d’Israël tout en affirmant sa puissance politique.

L’immigration : un enjeu majeur

La sensibilisation internationale au sujet de la question palestinienne et du droit au retour des réfugiés, a poussé Israël à mettre en place des stratégies diverses. Tout d’abord, de nombreuses études ont démontré que les Arabes ont un régime démographique différent des juifs, et d’ici quelques années, on prévoit qu’ils rattrapent le nombre de juifs en Israël (ils constituent aujourd’hui 20% de la population israélienne). Il faut également souligner qu’il reste de nombreux réfugiés, et qu’une éventuelle résolution du conflit israélo-palestinien pourrait conduire à un retour massif de palestiniens. Face à cela, Israël pratique une politique d’immigration toujours aussi incitative. Une série de subventions et d’avantages économiques sont présentées à chaque migrant potentiel, et le pays use également d’une propagande religieuse pour attirer, à travers divers réseaux dans le monde entier.

La chute du mur de Berlin en 1989 et l’effondrement du régime soviétique se sont présentés comme une aubaine : ces événements ont conduit à l’immigration massive de juifs d’ex-URSS. Au total, près d’un million d’entre eux ont rejoint Israël. Ce retour s’est accompagné d’une nouvelle stratégie territoriale d’Israël, visant à séparer le plus possible les juifs des palestiniens et à acquérir de plus en plus de territoires à travers les colonies. Ainsi, cet afflux de nouveaux migrants juifs, permet de peupler les colonies et d’assurer la domination juive en terme de nombre dans certaines régions.

Il faut également souligner que l’escalade de violence avec les palestiniens, a conduit les israéliens à avoir recours à une main d’œuvre étrangère (alors qu’avant elle était en majorité palestinienne), notamment depuis la première Intifada. Ces appels à l’immigration ont provoqué l’arrivée de nouveaux migrants économiques. Ainsi, outre le fait que l’immigration en Israël constitue un enjeu politique et religieux, c’est aussi une « force » économique pour le pays qui vient en remplacement des palestiniens et qui entre dans la stratégie de « séparation » entre les deux peuples.

Des conséquences sociales

Si l’immigration a longtemps servi à satisfaire les ambitions politiques, militaires et territoriales d’Israël, elle n’est pas sans conséquence sur l’équilibre social du pays. L’origine diverse des migrants pose parfois problème. Pendant longtemps, les ashkénazes, pionniers, leaders du mouvement sioniste ont dominé la politique et les richesses du pays, laissant en marge les juifs d’origines différentes (sépharades, éthiopiens, russes…). William Berthomière, chargé de recherche au CNRS, nous explique dans son article Le « retour du nombre » : permanences et limites de la stratégie territoriale israélienne , qu’il existe une « fracture séfarade-ashkénaze ». Elle est d’abord spatiale selon lui : les zones rurales et périurbaines sont occupées par les Juifs orientaux, tandis que les villes et les centres sont habités en majorité par les ashkénazes. Elle est politique ensuite, et elle s’est traduite en 1977, par un vote massif des Sépharades pour l’extrême droite israélienne, dans le but de destituer les Ashkénazes (traditionnellement socialistes) de leur main mise sur le pouvoir. En parallèle, l’immigration économique pose problème depuis la dernière décennie dans le sens où le recours à une main d’œuvre autre que palestinienne, a conduit le pays a adopter une politique sévère à l’encontre des migrants et à faire face au développement des migrations illégales. Selon ce même chercheur, Israël aurait mit en place une « police de l’immigration ».

Ainsi, si l’immigration en Israël a d’abord été le fait d’un désir de bâtir une nation, de construire un Etat, elle s’est ancrée dans une stratégie visant à asseoir la légitimité du pays et sa domination face aux palestiniens. Cette immigration est devenue plus récemment économique et le pays doit donc faire face à de nouveaux défis.

Au delà de ces deux exemples d’immigration choisie, incitée et motivée par plusieurs raisons, certains pays du Maghreb et du Moyen-Orient doivent aussi faire face à une immigration « par accident » qui est souvent le fait d’instabilités politiques dans les pays voisins.

Une immigration « subie » : les migrations forcées

Les migrations ne sont pas forcément choisies. En effet, les indépendances récentes dans la région, l’instabilité politique de certains pays du Maghreb et du Moyen-Orient, mais aussi les conflits internationaux actuels qui touchent cette zone créent des mouvements de réfugiés qui viennent s’installer dans hors des frontières. Les pays de la zone, qui sont également émetteurs de migrants, ont des manières diversifiées de gérer ces populations.

Une région qui crée des mouvements de réfugiés et qui accueille les réfugiés

Les réfugiés palestiniens

En 1948, la proclamation unilatérale de l’Etat d’Israël provoque la première guerre israélo-arabe. Les Israéliens prennent assez vite l’avantage et mettent en place une politique de terreur, plus connue sous l’appellation « plan Dalet », consistant à faire fuir les palestiniens et à prendre le contrôle de certains territoires. Les massacres perpétrés par les forces israéliennes, ainsi que les expulsions, poussent un très grand nombre d’Arabes à quitter la Palestine : certains sont seulement déplacés, d’autres se réfugient dans les territoires palestiniens (Cisjordanie et Gaza) ou dans les pays limitrophes : en Jordanie, en Syrie, au Liban…. On estime à 750 000 le nombre de palestiniens de la guerre de 1948. Une seconde guerre en 1967, conduit elle aussi à l’exode de palestiniens. Ainsi, un certain nombre de pays du Maghreb et du Moyen-Orient ont absorbé une grande partie de ces migrants palestiniens, au premier rang desquels, la Jordanie.

Les réfugiés irakiens
La première guerre du Golfe a conduit à des mouvements de réfugiés souvent politiques, pour les opposants au régime de Saddam Hussein, mais aussi civils du fait de la guerre. Celle de 2003 menée par les Etats-Unis, a également conduit à des mouvements de réfugiés irakiens. On en trouve en Syrie par exemple.

L’Iran : récepteur et émetteur de migrants

En 1979, la Révolution Islamique mise en place en Iran a conduit à la fuite de personnalités politiques opposées au régime et de grosses fortunes. Beaucoup sont allés s’installer aux Etats-Unis, mais aussi en Europe et dans le Golfe. Parallèlement, les guerres en Afghanistan (dans les années 80 et plus récemment en 2001) ont forcé le pays à accueillir des réfugiés afghans. Le pays était considéré dans les années 1990 comme le pays abritant le plus grand nombre de réfugiés au monde.

La gestion des réfugiés : un défi pour ces pays

Comme pendant longtemps la présence des réfugiés était considérée comme temporaire, les pays les accueillant n’avaient pas de politiques spécifiques destinées à gérer ces réfugiés et à les intégrer. L’intensification des conflits pousse ces pays à agir de plus en plus dans la prise en charge de ces migrants politiques.
Le plus souvent, la gestion de ces réfugiés est reléguée aux hautes institutions internationales comme le Haut Comité pour les Réfugiés de l’ONU ou encore l’UNRWA destiné aux réfugiés palestiniens.

En ce qui concerne les réfugiés palestiniens, les situations divergent. Si la Jordanie a adopté une politique d’intégration assez « souple » envers eux, en leur accordant, pour une grande partie, la nationalité jordanienne, en les laissant travailler… Certains pays comme le Liban ont souvent été réticents à leur intégration, et les ont placés en marge de la société. Ils étaient en effet cantonnés dans leurs camps et n’avaient que peu de contacts avec les sociétés d’accueil. Le conflit qui perdure pousse ces pays d’accueil à prendre des mesures et à intégrer les réfugiés palestiniens. Le Liban a fait un premier pas en 2005 en leur permettant d’exercer certains métiers autrefois interdits aux travailleurs étrangers.

Ainsi, on trouve des pôles abritant des pays qui sont traditionnellement des pays d’immigration. L’immigration au Maghreb et au Moyen-Orient est parfois choisie, pour répondre à des besoins économiques ou politiques, parfois subie. Un grand pôle d’attraction migratoire se détache : le Golfe. Face à lui, des pôles d’émigration dans la région se sont développés.

Des pôles d’émigration

Dans la région Maghreb et Moyen-Orient, l’émigration est souvent le fait de mouvements de réfugiés : la zone est l’une des plus importantes régions émettrices de migrants dits « forcés », mais on trouve surtout des grands pôles d’émigration constitués pour des raisons économiques, par leur proximité géographique avec l’Europe, mais aussi avec l’Asie: le Maghreb et la Turquie. Les conséquences de l’émigration sont à la fois favorables et à la fois défavorables aux pays.

Une émigration forcée (politique, de réfugiés)

Les migrations forcées sont importantes dans la région. Elles sont souvent dues à des conflits territoriaux, politiques, mais aussi à des conflits internes aux pays de la zone. Si ces migrants forcés émigrent très souvent au sein même des pays de la région, beaucoup rejoignent des pays extérieurs.

Le Maghreb/ Moyen-Orient, zone de conflits

Nous avons vu que la zone du Maghreb et du Moyen-Orient est une zone de conflits qui peuvent être internes aux pays mais aussi internationaux. Ces conflits poussent un nombre important de personnes à quitter un Etat, pour fuir les combats. Cette fuite est également assortie de motivations économiques : les pays en conflits offrent peu d’opportunités d’avenir et laissent souvent les populations dans une situation d’extrême pauvreté. C’est ce qui pousse certains habitants de la zone à émigrer en allant demander l’asile dans d’autres pays, et/ou très souvent en usant de moyens illégaux pour franchir les frontières. Si beaucoup vont se réfugier dans les pays voisins, un certain nombre tente de rejoindre des pays hors de la zone, réputés comme plus développés. La guerre au Liban a conduit à la fuite de nombreux libanais (en Europe, aux Etats-Unis). Des pays comme la France par exemple, reçoivent depuis quelques années des immigrés irakiens et afghans (les Etats Unis ayant mené des guerres contre leurs pays dès le début des années 2000). Les médias français ont énormément parlé des irakiens réfugiés dans le nord de la France qui tentaient de rejoindre l’Angleterre. Ils doivent se heurter à des politiques de plus en plus restrictives dans les pays d’Europe. Ainsi les migrations de réfugiés sont de plus en plus limitées.

Le Maghreb/ Moyen-Orient, zone d’instabilité politique

La zone du Maghreb et du Moyen-Orient est une région très instable politiquement. Les régimes sont très peu démocratiques et l ‘oppression des minorités (religieuses ou ethniques) dans la région est un phénomène assez fréquent.

Certaines personnalités politiques ou médiatiques (opposants au régime, journalistes…) sont censurées dans quelques pays de la zone, et sont contraintes de s’exiler. La question des journalistes tunisiens a soulevé énormément d’interrogations quant à la liberté de la presse en Tunisie, dans la mesure où un certain nombre d’entre eux sont allés se réfugier dans des pays occidentaux (France, Italie), ne pouvant exercer leur métier librement dans leur pays : la dictature du président Ben Ali, déguisée en démocratie, n’acceptait aucune critique du pouvoir.

L’oppression des minorités notamment au Moyen-Orient est aussi la cause de départs. La question kurde par exemple, très complexe car engageant beaucoup d’acteurs, pousse un grand nombre de kurdes à quitter les pays qui les marginalisent, et à demander l’asile dans d’autres pays. Il y a quelques années par exemple, un bateau de réfugiés kurdes est arrivé sur les côtes Corses. Ils venaient de Syrie et fuyaient les percussions envers leur communauté.

Une émigration économique

Deux grandes régions, proches géographiquement de l’Europe, sont devenues des pôles d’émigration dans la seconde moitié du XXème siècle. Leurs émigrés partaient pour des raisons économiques, répondant aux besoins en main d’œuvre de l’Europe pour la reconstruction. Cette émigration n’a pas été sans conséquence sur les pays de départ.

Trente Glorieuses et appels à l’immigration

Les trente Glorieuses sont les trente années qui suivirent la seconde guerre mondiale. Elles se sont caractérisées par une période de prospérité économique. C’est la reconstruction et la croissance économique qui ont poussé les pays d’Europe, mais aussi les Etats-Unis à faire appel à une main d’œuvre (souvent peu qualifiée). Les anciens empires coloniaux se sont donc penchés vers les populations de leurs anciennes colonies, fraîchement indépendantes ou vers leurs anciens alliés. Dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, où les conditions de vie étaient difficiles, où le chômage était important, un grand nombre de personnes voulaient améliorer leur niveau de vie et ont répondu à l’appel des pays occidentaux. Les pays qui ont vu le plus de migrants se tourner vers l’Europe sont les pays du Maghreb et des pays comme la Turquie, ou encore l’Iran. Pour quelle raison ? Ces pays sont aux portes de l’Europe géographiquement. De plus, ils entretiennent des relations étroites avec les pays demandeurs de main d’œuvre (les pays du Maghreb avec la France par la colonisation, et la Turquie avec l’Allemagne, du fait de l’alliance Allemagne/ Empire ottoman crée lors de la première guerre mondiale). Ainsi, on a eu des couples migratoires au départ : l’Algérie étant une ancienne province française, la France faisait essentiellement appel aux algériens, d’autant plus qu’un certain nombre d’entre eux avait déjà émigré en France dans les années 30. Mais le besoin croissant en main d’œuvre a poussé les pays européens à élargir leur bassin de recrutement : la France a fait appel aux Maghrébins, l’Allemagne aux turcs… Ainsi, on a deux pôles exportateurs de main d’œuvre, deux pôles d’émigration au sein de la zone, dont le plus important est celui du Maghreb.

D’une émigration temporaire à une émigration définitive

Cette émigration était d’abord une migration de travail, économique. Ainsi, beaucoup d’hommes sont partis pour l’Europe et d’autres pays occidentaux. La migration était perçue comme temporaire pour ces derniers dont la famille restait au pays. Elle visait à gagner de l’argent dans les pays développés pour améliorer son niveau de vie, mais dans le pays d’origine. Pour beaucoup, le but était de travailler et de retourner au pays d’origine à l’âge la retraite. Avec la crise économique impulsée par la hausse des prix du pétrole en 1973, les pays occidentaux ferment leurs frontières est stoppent l’immigration. Cependant, un grand nombre d’immigrés restent et commencent à s’intégrer dans les sociétés. Certains pays occidentaux, comme la France, vont mener une politique de « regroupement familial ». C’est un nouveau type d’émigration que les pays du Maghreb et du Moyen-Orient : des familles entières gagnent l’Europe pour s’y établir. L’émigration n’est donc plus provisoire : elle devient définitive.

Entre intégration et communautarisme

Les émigrés ne se sont pas totalement intégrés (sauf au niveau du travail) dans les sociétés d’accueil au départ, et ont toujours gardé un lien étroit avec leur pays d’origine. Ainsi, une majorité de ces émigrés ont gardé la nationalité de leur pays de départ. On constate que beaucoup d’émigrés d’une même région dans le pays d’origine se sont regroupés à leur arrivée dans les pays d’accueil. Ils ont recréé en quelque sorte le cadre de vie maghrébin dans le pays où ils se sont installés. Ainsi, les émigrés recréent une société empreinte de la culture, des traditions de leur pays d’origine dans le pays d’accueil. On prendra l’exemple de la population émigrée iranienne, très présente aux Etats Unis, notamment dans la ville de Los Angeles qui héberge près de la moitié de la diaspora iranienne des Etats-Unis : elle porte d’ailleurs le surnom d’ « Irangeles ». On remarque aussi que beaucoup retournent dans leur pays d’origine assez fréquemment.

Les secondes générations, se sont intégrées à la société en allant à l’école notamment, et entretiennent de moins en moins le lien avec le pays d’origine de leurs parents. Ils sont souvent à cheval entre deux cultures, entre deux pays et doivent parfois faire face à un rejet des deux sociétés. Ainsi, l’émigration créé des situations différentes et se répercute même sur les secondes générations.

Emigration et clandestinité

Les difficultés économiques rencontrées par les pays occidentaux, la question de l’intégration des populations immigrées et le désir de renforcer l’identité européenne ou les identités nationales, font que les pays sont plus réticents à accueillir des immigrés. Dès la crise de 73, les pays occidentaux ont commencé à fermer leurs frontières. C’est à ce moment que s’est développé un « business » migratoire, poussant un nombre important d’émigrés de la zone Maghreb/ Moyen-Orient à user de moyens illégaux pour rejoindre les pays développés. Les raisons de cet engouement pour « les pays riches » proviennent du fort taux de chômage auquel les pays de la zone doivent faire face, mais sont aussi dues au désir d’ascension sociale, souvent provoqué à la vue de la richesse des émigrés qui rentrent au pays.

La situation stratégique des pôles d’émigration (Le Maroc par exemple avec le détroit de Gibraltar) pousse un certain nombre de migrants à partir illégalement. Ils font appel à des « passeurs » qui leur facturent un service très coûteux (qui parfois mobilise les économies de toute une famille) et non sans risque. On a beaucoup parlé de la mort de marocains qui tentaient de rejoindre clandestinement l’Espagne dans des barques de fortune. Ce genre d’incident est très fréquent. Il existe par conséquent un vrai trafic de l’émigration en réponse au durcissement des politiques d’immigration dans les pays d’occidentaux.

Les pays du Maghreb et du Moyen-Orient abritent donc des pôles d’émigration légale et illégale.

Conséquences sur les pays de départ

La conséquence de l’émigration sur les pays de départ est double.

D’un côté, les émigrés deviennent une force pour les pays en gardant un lien étroit avec eux. Ils participent ainsi au développement de ces pays à travers divers moyens : financiers, économiques, mais aussi grâce à des réseaux de solidarité. Dans un premier temps leurs transferts d’épargne sont importants, permettant ainsi de générer des richesses dans leur pays, malgré que cela soit moins vrai pour les secondes générations. Au Maroc, en 2001, ils représentaient plus de 9% du PIB. De plus, ils investissent énormément dans leur pays d’origine : dans l’immobilier (dans un but personnel, mais aussi dans un but spéculatif), et dans diverses activités (commerciales, parfois agricoles et industrielles). Ils agissent également à travers des associations destinées à développer certaines régions du pays. Ces émigrés oscillent entre pays d’accueil et pays d’origine grâce à la création de réseaux transnationaux et sont donc loin de délaisser leur société de départ. Par exemple, on constate le développement d’un business ethnique en France pour la communauté maghrébine : le quartier de Barbès à Paris en est un exemple, abritant un grand nombre de magasins commercialisant des produits destinés à la population maghrébine (habillement, produits alimentaires importés des pays du Maghreb…).

Cependant les émigrés sont aussi une perte pour les pays de départ. Une perte de force de travail, notamment agricole. C’est également une perte en personnel qualifié, phénomène connu dans tous les pays au monde : « la fuite des cerveaux » ou « brain drain », ce qui ralentit le développement du pays. Pour endiguer cette fuite, les pays de la zone pratiquent des politiques incitatives, afin d’attirer des profils qualifiés qui auraient acquis des connaissances dans les pays développés.

Certains pays de la zone Maghreb/Moyen-Orient disposent donc d’une importante population à l’étranger et sont devenus des pôles d’émigration. Ces pôles d’émigration doivent faire face à de nouveaux flux migratoires qui sont la conséquence des politiques restrictives des pays occidentaux en matière d’immigration, mais qui sont également motivés par des raisons politiques ou sociales. Ces flux migratoires ont des origines nouvelles.

Des flux migratoires diversifiés, de nouveaux défis pour les pays du Maghreb et du Moyen-Orient

Ces pôles d’émigration sont devenus des carrefours migratoires : leur proximité et leur ouverture sur les pays développés ont attiré des migrants des régions voisines, phénomène qui s’est accentué avec le développement de migrations clandestines. De plus, ces pays doivent faire face à une immigration de plus en plus importante et diversifiée. La situation est très complexe, et ces pays jonglent entre trois statuts : pays d’émigration, de transit et nouveaux pays d’accueil.

Du statut de « pays de transit » à l’accueil d’immigrés

Les pays d’émigration du Maghreb et du Moyen-Orient sont devenus des carrefours de passage pour les candidats à l’immigration en Europe. La difficulté d’émigrer devenant grandissante, ces pays se transforment en pays d’accueil pour les migrants de transit.

Carrefours stratégiques

En tant que carrefours stratégiques, les grands pôles d’émigration comme le Maghreb et la Turquie ont été l’objet de flux migratoires importants. S’ils ont pendant longtemps été points de départ, ils sont devenus avec le temps point de passages : des pays de transit. En effet, le Maghreb est une ouverture sur la Méditerranée, donc sur l’Europe et les pays dits « développés ». La Turquie elle, est à cheval entre l’Asie, le Golfe et l’Europe. Ces pôles d’émigration sont donc des points de passages stratégiques pour les migrants du Maghreb et du Moyen-Orient, mais aussi pour ceux d’Afrique et d’Asie centrale. Le fait que les pays d’Europe aient fait appel à une main d’œuvre de ces régions, prouve leur étroite relation avec le monde occidental et poussent un certain nombre de migrants à rejoindre ces pôles pour rejoindre l’Europe. Ainsi, s’ils ont été des pôles d’émigration, ils deviennent des pôles d’attraction de migrants.

Les migrants sont souvent motivés par des ambitions économiques. Au Maghreb, une grande partie des migrants en provenance d’Afrique noire fuient les conditions de vie difficiles (sécheresse, manque de nourriture, maladie et épidémies) en quête d’une vie meilleure. Certains veulent échapper à des guerres civiles (beaucoup de congolais par exemple ont rejoint le Maroc à une époque), des conflits ou des ségrégations. Certains fuient même les guerres, comme les irakiens qui passent par la Turquie pour rejoindre l’Europe, ou des migrants d’Europe de l’est dans des pays en guerre (Bosnie par exemple ou Afghanistan)…

Fermeture des frontières européennes : du statut de migrant de transit à celui d’immigré

La crise économique et le désir de consolider la communauté européenne a poussé les pays de l’Union européenne à fermer leurs frontières aux migrants. L’accord Schengen, signé en 1995 par une grande majorité des Etats membres et quelques Etats non-membres, visant à créer un espace européen fermé aux migrants. Depuis, les migrants de transits sont « bloqués » dans ces carrefours migratoires et sont de plus en plus nombreux. Leur durée de passage est donc de plus en plus longue et certains s’installent dans les pays de transit. Ces pôles d’émigration et de transit doivent donc accueillir de plus en plus de migrants. Le Maghreb accueille principalement des subsahariens. Le géographe Ali Bensaâd a réalisé une étude sur l’un des points de passage de ces migrants subsahariens en plein désert nigérien : la ville d’Agadez. Il explique dans son article que cette ville voit passer annuellement 65 000 migrants africains se dirigeant vers le Maghreb. Par conséquent l’espace de transit s’est déplacé vers le sud : le Sahara africain devient le nouvel espace de transit et les pays maghrébins sont les nouveaux pays d’immigration pour les africains.

De nouveaux types d’immigration

La migration de transit qui échoue de plus en plus et qui conduit à une immigration n’est pas le seul phénomène auquel ces pays doivent faire face. En effet, de nouveaux types de migrations se développent, provenant de zones géographiques différentes.

Migration de retour et immigration des seniors

Bien que très peu répandue, la migration de retour est l’un des phénomènes qui touche ces deux grands pôles. Les migrants sont les émigrés de ces pays, qui après avoir obtenu leur retraite retournent s’installer dans leur pays d’origine. Cette migration est particulière car il y a souvent des phénomènes de va-et-vient entre pays de départ et pays d’accueil. Le retour n’est donc pas total. Ce qui se développe aussi depuis ces dernières années, c’est l’immigration des retraités, en particulier celle de français au Maroc. La baisse de pouvoir d’achat en France, mais aussi le faible coût de la vie au Maghreb poussent certains retraités français à aller vivre au Maroc. Les prix de l’immobilier assez bas, les températures plus douces mais aussi la proximité géographique et culturelle avec la France (on y trouve beaucoup de francophones) sont des conditions favorables à leur départ. Là encore on retrouve des phénomènes de va-et-vient entre le pays d’origine (la France) et le pays d’accueil, mais les séjours sont moins longs que pour les migrations de retour.

Immigration économique, d’investissement

L’un des facteurs de la crise économique en Europe a été le mouvement de délocalisation : une quantité d’entreprises européennes sont venues installer leur production dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, la main d’œuvre y étant moins chère. Beaucoup d’Européens, cadres ou dirigeants sont allés s’installer dans les pays du Maghreb, notamment en Tunisie, où un certain nombre d’entreprises textiles se sont délocalisées. On compte aujourd’hui plus de 30 000 ressortissants français au Maroc, parmi lesquels les retraités, mais aussi beaucoup de chefs d’entreprises, de professeurs et de cadres de multinationales.

Immigration « religieuse »

Un phénomène assez marginal, mais qui tend à se développer : un grand nombre de religieux européens émigrent dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Ils pratiquent un islam rigoriste qui puise ses sources dans les enseignements du wahhabisme, et qu’ils jugent incompatible avec les valeurs occidentales et les valeurs laïques. Ils font donc la « Hijra », l’émigration qui consiste à aller s’établir dans un pays dit « musulman ». Si beaucoup rejoignent le Golfe, le statut des immigrés et le manque d’opportunités de travail amènent la grande majorité à aller s’établir au Maghreb. Beaucoup réalisent cette hijra dans le but d’acquérir la science religieuse : ils fréquentent principalement les instituts religieux. Ce sont souvent des enfants d’immigrés qui font le chemin inverse de leurs parents : ils retournent dans le pays de leur parents très souvent. On trouve également beaucoup de jeunes convertis à l’Islam. Cette immigration pose parfois problème à certains pays, notamment à ceux du Maghreb qui redoutent le développement d’un islam intégriste.

L’attitude de ces nouveaux pays d’immigration

Face à l’arrivée de migrants illégaux, mais aussi au développement de nouvelles formes d’immigration, les Etats adoptent des politiques différentes selon le type d’immigration. Ces politiques sont parfois paradoxales et sont menées pour servir l’intérêt du pays.

Coopération avec l’Union européenne

Les pays européens ont opté pour une « immigration choisie », fondée sur les compétences des migrants : il est donc plus difficile d’émigrer en Europe et beaucoup choisissent donc la clandestinité pour atteindre leur but. Si la migration subsaharienne n’est pas nouvelle au Maghreb, le développement de la circulation migratoire irrégulière et les réponses de l’Union européenne face aux migrations informelles poussent les pays arabes à prendre des mesures face à la clandestinité. Dans le même temps, l’Europe cherche à faire du Maghreb un allié dans cette lutte contre la clandestinité. Ainsi, les pays d’immigration situés à la périphérie de l’Union européenne deviennent les « chiens de garde » de l’Europe en stoppant les migrants illégaux aux frontières, moyennant parfois une contrepartie financière pour assurer ces contrôles et arrestations. Depuis 2004, les autorités marocaines et espagnoles mènent des patrouilles navales communes autour du détroit de Gibraltar, signe de cette coopération. On constate que ce sont davantage les pays au sud de l’Europe qui sont amenés à travailler avec les pays du Maghreb. On trouve également des centres de rétention de migrants illégaux dans ces pays. Ali Bensaâd déclare : « En fait, les autorités maghrébines gèrent les migrations avec le même déni de droit, la même violence et la même paranoïa avec lesquels elles gèrent leur propre population mais en les aggravant encore plus. Difficile dans ce cas de monter au créneau contre l’Europe pour le traitement infligé aux Maghrébins ». Là se trouve tout le paradoxe des politiques de gestion des migrations maghrébines. On peut ainsi parler de « reproduction » de la situation en Europe face aux migrants illégaux de ces mêmes pays, si ce n’est pire.

Entre répression et laisser-aller : des politiques qui s’adaptent aux besoins

De la répression

Les pays de la région sont réticents à accepter les migrants dans leurs sociétés et mènent une répression contre l’immigration clandestine très sévère. Tout d’abord ces pays refusent d’admettre qu’ils sont devenus des pays d’immigration car ils n’y étaient pas préparés. Dans l’interview d’Ali Bensaâd pour le quotidien Al Watan, ce dernier explique que ces pays refusent d’admettre ce nouveau rôle de pays récepteur de migrants pour « faire l’économie des réponses sociales et juridiques à donner à cette nouvelle réalité ». En effet, ces pays ont d’importants problèmes de chômage et l’afflux de migrants ne pourrait qu’aggraver cette situation. De plus, ces pays sont traditionnellement des pays d’émigration. Si le Maroc dispose d’un ministère de l’émigration, le pays n’a que très peu d’expérience en termes d’immigration. Pour ces raisons, les pays du Maghreb sont réticents à accueillir des immigrés. A cela s’ajoute des attitudes xénophobes envers les africains. Dans l’étude d ‘Ali Bensaâd, on nous explique que les noirs sont tout naturellement appelés « esclaves » en Libye, ce qui marque l’intolérance envers cette population d’immigrés dans certains pays du Maghreb et du Moyen-Orient. L’intolérance et la répression sont telles que les autorités libyennes ont même perpétré des massacres envers des populations africaines. Le Maroc a raflé puis abandonné des centaines de subsahariens dans le désert il y a quelques années par exemple ce qui prouve la dureté du traitement infligé aux migrants d’Afrique noire.

Les conditions des immigrés légaux en Turquie sont tout aussi difficiles. Si nous n’avons pas de politiques de répression aussi dures qu’au Maghreb, le pays impose des taxes à ses immigrés qui peuvent atteindre des sommes importantes compte tenu du salaire moyen en Turquie. Chaque année, un immigré qui souhaite vivre sur le territoire turc de manière légale doit débourser 700YTL soit 350 euros, somme très élevée.

Une immigration tolérée , avec intérêts

Si les Turcs acceptent la présence d’immigrés sur leur territoire moyennant des taxes d’un montant important, il faut souligner que l’immigration en Turquie est elle aussi choisie : il faut de préférence être riche (ce qui va de soi si l’on regarde le montant des taxes) pour s’y installer et être européen. Il en est de même dans les pays du Maghreb, qui pratiquent une répression active face aux migrants subsahariens illégaux, mais qui se réjouissent de voir affluer des immigrés européens et encouragent même ces migrations, que ce soit des immigrés de retraite ou des immigrés de travail. Pour résumer, tant que l’immigration n’apporte rien au pays, les autorités répriment : c’est donc une immigration par intérêt. C’est parfois un peu plus complexe, comme dans le cas de l’Algérie qui doit faire face à deux types de migrations : une immigration chinoise, qui développe le pays, et une immigration subsaharienne (en provenance du Nigéria, du Burkina, de la Guinée…) politique ou économique, souvent illégale, qui est moins bien acceptée que l’immigration chinoise. De plus, les problèmes internes tels que le chômage important en Algérie font que des concurrences se développent à la fois entre immigrés chinois et algériens, mais aussi entre immigrés chinois et immigrés subsahariens.

Vers un accueil et une intégration de ces immigrés ?

Les politiques de répression menées laissent penser que les pays du Maghreb ne sont pas prêts à accueillir des immigrés, contrairement à la Turquie qui a opté pour une immigration mais restreinte : de compétences, de statut et de richesse. Cependant, un certain nombre de personnalités et d’associations se soulèvent et réclament la prise en compte des droits des nouveaux migrants, illégaux certes, mais pour beaucoup migrants forcés qui demandent l’asile. La fondation Orient-Occident, association marocaine en est l’exemple. Elle propose des cours de formation en langue et en informatique à ces immigrés, les accompagne à l’insertion professionnelle et leur délivre un certain nombre de services. Elle milite également pour la reconnaissance de leurs droits. Dans son antenne de Rabat, on compte 435 refugiés inscrit de 8 nationalités différentes. Ainsi, l’opinion publique dans ces pays est de plus en plus sensibilisée à la question et l’on peut penser que les pays du Maghreb vont prendre des mesures concrètes pour intégrer ces immigrés dans leurs sociétés

Par conséquent les pays du Maghreb et du Moyen-Orient ont du mal à admettre le fait de devenir des nouveaux pays d’immigration : ils n’y sont pas préparés et craignent que cet afflux de migrants accentue les problèmes sociaux et économiques auxquels ils font face. Ils mènent deux politiques différentes selon la provenance et le statut des immigrés et font face à des situations ambiguës dans le sens où ils sont à la fois pays de départ et pays d’accueil.

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Certaines régions du Maghreb et du Moyen-Orient sont des pôles d’immigration de fait : le Golfe qui connaît une immigration économique, Israël qui a fait de l’immigration un enjeu politique au départ, démographique aujourd’hui , ainsi que d’autres pays qui le sont suite à des événements géopolitiques, accueillant des réfugiés de toutes les régions du monde et de la zone Maghreb/Moyen-Orient. D’autres pays sont devenus des pôles d’émigration où un grand nombre de leurs habitants réalisaient une migration économique vers les pays développés. Dans le même temps, ils sont devenus des carrefours migratoires et des espaces de transit pour des migrants d’Afrique, d’Asie, ou du monde arabe qui souhaitaient rejoindre l’Europe. Peu à peu, la migration de transit s’est transformée en immigration et ces pays, anciennement pôles d’émigration, sont devenus des terres d’accueil. Cette immigration n’est pas sans conséquence dans des Etats qui n’ont aucune expérience en termes d’immigration et qui doivent gérer en même temps des problèmes internes, économiques, politiques et sociaux. A ce phénomène se greffe les candidats à l’immigration issus de ces mêmes pays qui tentent de franchir les frontières, mais aussi un nouveau type de migration : celle des retraités occidentaux qui viennent s’établir dans certains pays comme au Maroc.

Cependant, le solde migratoire de ces régions reste excédentaire et le restera pendant longtemps : on ne peut parler de « pays d’immigration ». Ces pays sont simplement en phase de transition et jonglent entre différents statuts : ils connaissent la migration sous toutes ces formes. Ainsi, une grande partie des pays de la zone Maghreb/ Moyen-Orient sont des pays d’immigration, mais beaucoup connaissent aujourd’hui une phase de transition: ils sont à la fois terre de départ, terre d’arrivée et carrefour migratoire, donc espaces de transit.

Il est important de noter que les autorités de ces pays, notamment au Maghreb, font preuve d’un certain conservatisme en matière d’immigration. Encouragés par l’Union européenne, il mènent une politique répressive face à l’immigration clandestine. C’est une situation assez paradoxale dans le sens où dans ces pays, l’opinion publique est assez révoltée de voir ses migrants nationaux refoulés aux portes de l’Europe.

Bakkar-Leturcq Fadila