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51 ans. Voilà 51 ans jour pour jour, soit  le 17 octobre 1961, que le pouvoir français montrait sa réaction aux insurgés algériens par une violente et mortifère répression.

France  – Algérie. Ce pourrait être le titre d’un match de football. Mais c’est aussi l’histoire de deux nations, liées par l’histoire, déchirées par la guerre et l’histoire coloniale..

Deux pays vivant leur relation dans un mélange de rancœur et d’attirance. Ce « je t’aime moi non plus », incarné par la complexité diplomatique franco-algérienne, tant le sang versé hante les esprits.

A ces raideurs du passé, il est nécessaire de répondre par un travail historique. Ouvrir les archives, informer, donner les clés de compréhension…  Mais surtout sortir des héros de ces heures sombres de l’histoire de France à nos tètes blondes.

Mais comment évoquer cette histoire, par quel sens, comment parler de ces événements ?

Qui mettre en avant ?

Et pourquoi pas Abd el Kader ?  Connaissant les deux pays,  personnage complexe, militaire et  poète, résistant honnête pour les Algériens,  ami et indigène cultivé pour les Français.

Comment enseigner la colonisation ? L’enseignement par souci d’efficacité, arbore souvent une vision manichéenne de l’histoire, celle du bien et du mal, du dominant et du dominé. Or comme chacun sait, la réalité historique, toujours complexe, fait que tout n’est jamais ni tout blanc, ni tout noir, mais fait d’une infinité de Gris.

L’Histoire suscite parfois des réactions passionnelles: c’est la cas de la guerre d’Algérie, De part et d’autre de la Méditerranée, le divorce fera place à la douleur : le massacre de Harkis, les exactions de l’OAS,  l’expropriation de familles entières… Une douleur  qu’exprimera Albert Camus dans son  « j’ai mal à l’Algérie, en ce moment, comme d’autres ont mal aux poumons« 

Une période historique à questionner donc, un contexte de guerre à responsabiliser. Qui dénoncer ? le corps politique ? militaire ?  Comment juger les exécutants comme Papon ou Aussaresses ? Krim Belkacem et Jean-Marie Le Pen se considéraient, dit-on, comme adversaires de guerre mais comme respectueux ennemis sur le terrain civil.

Ces questionnements scinderont l’opinion publique, la question de la colonisation sera d’ailleurs dénoncée par l’intelligentsia parisienne comme par la communauté internationale ( Sartre – ONU )… Mais surtout, par le petit peuple algérien, une  oppression vue comme une entrave à la liberté, dont les Algériens ont souffert. Cette souffrance qu’a longtemps chanté la musique Chaabi.

Ainsi, les considérations humanistes grandissantes imposeront progressivement la décolonisation. Dès lors, la France perdra progressivement un pied stratégique en Afrique, et l’Algérie libre accèdera à sa réelle autodétermination.

Depuis, 50 ans sont passés, et tout Algérien honnête relèvera un constat amer de son pays,  L’Algérie semble en effet se relever difficilement de cette période,  si l’on en prend sa naissance post coloniale: l’économie Algérienne reste largement constituée de ses ressources d’hydrocarbures et peine à dynamiser une économie « complète ».

Ces échecs économiques se lient aux maladresses diplomatiques des deux pays. Notamment au niveau culturel une relation ambigüe est restée: la francophonie d’une partie de la population, les douleurs du passé, et du « régime boutéflikien ».D’autant que les deux pays évoluent dans des systèmes religieux différents, Islam pour l’un, laïcité pour l’autre .

Si les Catholiques Français avait cru pouvoir évangéliser l’Algérie en échange du rapprochement de l’Eglise et de la République par le fameux « toast d’Alger », c’est aujourd’hui la France qui accueille une présence musulmane non négligeable sur son territoire. Une politique migratoire  qui a amené des familles d’ouvriers en France, remplis de souvenirs de guerre.

Les générations nouvelles ne se gênant d’ailleurs pas pour poser la question de la reconnaissance et du pardon face à ces douleurs de guerre.

De ces faits, faudra-t-il que la France, 50 ans après, s’excuse ?

C’est à François Hollande d’en décider,  de faire ce travail,  lors d’un discours fort et puissant, en se posant en orateur qu’il n’est pas, et  de couper ainsi au pouvoir Algérien le soin d’exploiter le ressentiment anti-français pour cacher les échecs économiques et diplomatiques de l’Algérie .

A notre président donc, de prendre les choses sérieusement en main, au lieu d’envoyer la bogdanovienne Benguigui, quasi insulte à la beauté des femmes algériennes, parler à Alger de Francophonie.

Que se passe-t-il aujourd’hui ? Pourquoi l’Algérie ne s’est elle pas révoltée ? Pays où pourtant, la tradition révolutionnaire est forte, et ou tout une jeunesse pourrait ressentir un Désir de liberté et de conscience pour accéder à notre chère social démocratie de consommation.

Tout d’abord, les Algériens ont moins foulé le pavé, ils ont souffert, de guerres et de violences. Les mauvaises langues diront que de toutes façons le pouvoir ne laisse pas les manifestants se réunir sur la place d’Alger, ou que les revenus pétrolifères font taire les protestations.

Mais le poids du sang est sans doute la principale raison à ce mutisme révolutionnaire. L’opposition au pouvoir a laissé de nombreuses traces, le sang a coulé,  une guerre coloniale, presque  10 ans de guerre civile dans les années 90, entre politiciens de la foi et le pouvoir.

En 2001 aussi,  le soulèvement  des kabyles,  les Arrchs, sera  réprimé durement.  Un Printemps noir  durant lequel pas moins 130 militants  disparaitront ou décéderont du fait de leurs revendications.

Car si la France, en bonne fille, doit assumer ses responsabilités,   L’Algérie devrait peut être aujourd’hui cesser de regarder ses blessures, coloniales et autres, et assumer de nouveaux défis en créant une véritable alternative politique au vieillissant  Bouteflika qui ne se gênera pas pour préparer dignement sa succession.

La question identitaire aussi, omniprésente en Algérie, pays composite fait de  Kabyles, de  Chaouis, mais aussi de Juifs… autant de communautés encore peu enclines à entretenir de cordiales relations vers l’extérieur,  même avec les voisins Tunisiens et Marocains.

La France aussi, ou la diaspora algérienne se retrouve dans une situation complexe, fondée par l’ambigüité d’être déraciné,  prise entre deux pays,  mais aussi une certaine difficulté car prise dans le filet des nombreux clichés (Bollossage, femmes de ménage, marseillaises sifflées et survêtement Lacoste).

Une ouverture au monde nécessaire donc, vectrice de paix qui apporterait un souffle nouveau à l’Algérie dans ses relations diplomatiques.

Pour autant, un renversement de régime brutal serait il pertinent ?

Rien de moins sur,  une Algérie  affaiblie en proie à des révolutions, et la figure du conseil de transition, ferait l’aubaine des investisseurs de pays étrangers pour exploiter les ressources algériennes, et profiterait à un dangereux chaos social.  La Lybie en fait malheureusement les frais aujourd’hui.

Vue comme l’un des dernier pays indépendant face à la logique de blocs, de part  son indépendance pétrolifère, l’Algérie pourrait subir les foudres des manipulations d’autres états. Les Etats-Unis, experts en la matière, ont d’ailleurs récemment été désavoués par leur propre General Wesley Clark.

Face à la domination, et la manipulation des uns, choisissons la réconciliation des autres.  En Algérie et  en France.


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Profitons de cette journée d’élection, ne rêvons plus, cessons de nous mentir. Comment une France et plus généralement des citoyens européens avides de tranquillité et de confort individuels, pourraient tirer leur épingle du jeu face à des pays en pleine croissance. En 2020 l’Europe sera selon toute vraisemblance coincée entre une Afrique surpeuplée, une Russie politiquement forte et une sphère méditerranéenne économiquement développée.

En 2012, il nous paraît évident et logique que tous les pays voisins souhaitent rejoindre l’Union Européenne, mais au rythme actuel combien de temps cela durera-t-il ? Combien de temps encore ferons-nous illusions ? Que l’idée européenne s’essouffle, que la France continue à faire jeu à part et qu’en restera-t-il ? Rome n’a-t-elle pas déjà dû céder la place à Constantinople ? Soyons réalistes, les flux migratoires sont déjà en train de s’inverser. Nos politiques se déchirent autour de la notion d’immigration choisie. Quelle manque de vision quand une bonne partie de nos cerveaux  s’expatrient de l’autre côté de l’Atlantique ou de plus en plus souvent en Asie.

Alors dans quinze ans que nous restera-t-il en Europe : des vieux, des chômeurs sous qualifiés et des fonctionnaires ? Nous ne sommes décidemment que d’aveugles prétentieux. Cessons d’être autistes et apprenons plutôt à nos enfants à vivre avec le monde qui les entoure plutôt qu’avec la peur du chômage. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux dans le secret des clubs et autres cénacles de chefs d’entreprises ou de politiciens à s’attendre à un éclatement pur et simple de l’Europe. Comme si ces élites dépassées par l’ampleur de la tâche baissaient les bras; victimes expiatoires du marasme économique européen.

Coincée entre un bassin méditerranéen politiquement instable et revanchards de siècles de colonisation et une Europe de l’Est rancunière de décennies d’abandon de l’autre côté du Mur, l’Europe, notre vieille Europe, manque de souffle. Engoncés dans un carcan tant idéologique que psychologique dont ils ne veulent surtout pas sortir, nos politiques ont cru un temps que l’élargissement de l’idée européenne serait la solution à tous ces maux. L’illusion fut de courte durée. La chute du mur de Berlin, la montée en puissance des extrémismes politiques et religieux, et l’internationalisation du terrorisme sont rapidement venus à bout de cet équilibre précaire.

N’ayons pas peur des mots: le modèle social français est mort. Accordons nous au moins pour lui offrir un enterrement de première classe. Ne craignons pas la remise en question: le système européen actuel n’est pas viable à long terme. Il porte en son sein parmi les nouveaux adhérents trop de vieilles querelles inassouvies. Tout reste donc à inventer. Nous vivons une période historique qui loin de nous effrayer devrait nous motiver, nous exalter. Nous pouvons, nous devons changer le système. La période y est propice mais où sont ces hommes providentiels qui devraient nous entraîner. Le monde politique français de ce début de millénaire ressemble plus à un conte de Grimm ou Perrault avec leur cortège de personnages pittoresques qui de Blanche Neige à Grincheux en passant par Le Petit Poucet, se disputent plus les miettes d’une grandeur passée, qu’à la Légende des siècles de Victor Hugo.

Point de Voltaire ou de Rousseau pour inventer de nouveaux schémas de pensée. Aucun Danton ou Bonaparte pour galvaniser les foules. Pas plus de Clémenceau ou de De Gaulle pour retrouver la fierté. Non le pays est las. Le pays est faible de ses élites. Le pays est frileux de ses masses. Tous le savent, Cassandre d’une nouvelle ère, mais aucun n’a ce goût du risque qui forge le courage et fait naître parmi les foules ce que de Thucydide à Mirabeau on appelle la « volonté du peuple ». Cette volonté qui fit frémir les murailles d’Athènes, et trembler les cours d’Europe.

Christophe LAMANDÉ


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AVEC LE HASHTAG #presidentielleEHED

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Le cinéma trouve ses origines en France. On l’associe traditionnellement à l’invention des Frères Lumières à la fin du XIXème siècle. Ces deux photographes ont présenté le 28 décembre 1895 au Grand Café de Paris la première projection animée de l’histoire. Le cinéma connaitra alors une rapide popularisation dès le début du XXème siècle.

De nombreuses maisons de production voient alors le jour en France comme Gaumont (1895) ou encore Star de Méliès (1897). Aux Etats-Unis la production cinématographique connaitra également un développement important  et prendra même une longueur d’avance durant les périodes de guerre en Europe. Des petites salles appelées « Nickelodeon » voient le jour, puis par la suite les « Movie theaters ».

Le cinéma est alors utilisé comme média d’information, avec la mise en place de magazine comme « Gaumont Actualités » ou encore le « Pathé-journal » (1908).

Le cinéma sonore va se démocratiser à partir des années 30. Le film The Artist nous rappel cette période qui marqua un tournant dans l’évolution du 7ème art. Un renouvellement et un élargissement des salles de cinéma aura lieu à cette période en raison de l’accroissement de la demande.

Au cours de la seconde guerre mondiale le cinéma, comme bien d’autres médias, est utilisé comme outil de propagande. La fascination et le pouvoir hypnotique de l’image permettent de manipuler l’opinion publique. Par la suite après la libération, des films seront réalisés pour dénoncer les conditions de vie des prisonniers dans les camps. On retrouve ainsi des films tels que « Falkenau : Samuel Fuller témoigne » qui sont devenu des témoignages forts.

La période d’après guerre marque le véritable âge d’or du cinéma. Les progrès techniques (couleurs, pellicules, et grand format) permettent de faire évoluer considérablement les productions. La demande ne cesse alors d’augmenter, jusqu’à devenir l’un des divertissements préféré des français.

Cependant, le cinéma connaitra un essoufflement avec l’augmentation progressive du prix des billets et la concurrence accrue des autre formes de divertissement que sont la télévision et, plus tard, internet.

Aujourd’hui, à en croire le succès du box-office français, le public s’est réconcilié avec le grand écran. Après avoir connu une chute de fréquentation des salles dans les années 90 avec un nombre d’entrées qui s’élevait à 116 millions (1992), les ventes de billets n’ont cessé d’augmenter chaque année pour atteindre un pic de 215,16 millions d’entrées en 2011 (Unifrance)[1]. C’est un record d’affluence qui n’avait jamais été atteint depuis 1967. Ceci est incontestablement dû à la qualité des films proposés cette année : The Artist, Intouchables, Polisse…

Le phénomène The Artist : un produit « made in France ».

Le réalisateur du film The Artist, Michel Hazanavicius n’a plus rien à envier au cinéma américain. Après un succès remarquable lors de la 37ème cérémonie des César le 24 février dernier, il est aujourd’hui récompensé de cinq Oscars.  Meilleur Costume, Meilleure Musique, Meilleur Réalisateur, Meilleur Film et Meilleur Acteur. Ce film muet en noir et blanc produit par l’audacieux Thomas Langman contient les ingrédients magiques pour concevoir la recette du succès.

Avec dix nominations, le petit film « frenchy » a fait figure de favori. C’est une première pour le cinéma français : Jean Dujardin a triomphé face aux icônes internationales du cinéma qui ne sont autres que : Georges Clooney, Leonardo DiCaprio, ou encore Brad Pitt. Il est intéressant d’analyser les différentes étapes qui ont permis d’amener la petite équipe du film à conquérir le monde.

The Artist, un marketing-mix à suivre ?

The Artist incarne l’emblème d’un produit français qui sait se vendre sur des marchés internationaux. Aujourd’hui, la tendance est au « post-marketing » qui signifie que les meilleures stratégies sont celles qui ne se voient pas. Tranquillement l’équipe du film a su promouvoir son produit sans faire d’énorme plan média, simplement en créant le « Buzz ».

Produit

Avant de s’exporter à l’international il faut s’assurer avant tout que le produit que l’on veut distribuer est bon. Or, The Artist fait l’unanimité : il s’agit d’un film de qualité. Il raconte l’histoire d’un acteur au crépuscule de sa carrière qui croise le chemin d’une jeune actrice en plein essor. Sous forme de « storytelling », c’est-à-dire basée sur une structure narrative du discours raconté comme un conte, le scénario et les images du film nous tiennent en haleine jusqu’à l’happy-end.

Un produit en rupture avec son époque. Personne ne croyait au projet, aucun réalisateur ne voulait miser sur un film muet en noir et blanc, à l’heure ou le blockbuster remplit les salles de cinéma. C’est pourtant aujourd’hui la principale aspérité de The Artist. Thomas Langman a osé.
En définitive, The Artist est un « classique innovant » : il revisite la saga du cinéma muet américain avec tout le charme et le glamour à la française. Beaucoup de réalisateurs Américains ont dû regretter de ne pas avoir eu eux-mêmes l’idée plus tôt.

Communication

Le marketing-« buzz » a été très efficace. Le film a, dans un premier temps, été distribué dans quelques salles américaines, puis le bouche-à-oreille a permis de faire le reste. Dans un monde du tout communicationnel, rien de tel qu’un buzz positif comme support média. Cependant pour bénéficier d’une réputation positive, il est indispensable d’avoir un produit crédible et qualitatif.

Point non négligeables dans la stratégie d’élargissement de l’entreprise The Artiste : l’équipe bénéficiait d’un relais local. Rien de tel pour pénétrer un autre marché, qu’un intermédiaire pour promouvoir le produit. Et pas des moindres : le distributeur américain Harvey Weinstein a eu un coup de foudre pour le film. Coup de foudre cinématographique ou coup de foudre commercial ? En tout cas il est l’un des principaux artisans de son succès aux Etats-Unis.

Durant la promotion du film, jamais les origines du film n’ont été niées. En effet sont principal porte-parole Jean Dujardin et son nom bien français a fait le tour des talk-shows les plus célèbres (dont le fameux « Late Show » de Jimmy Fallon). Malgré sa maitrise approximative de la langue de Shakespeare, il a su séduire le public américain en jouant habilement avec les codes américains du melting-pot.

Prix

En terme de positionnement prix pas de politique particulière, il faut raisonner en nombre d’entrées. On sait qu’une place de cinéma coûte aujourd’hui en moyennes 10,10 € en France[2]. Le film compte en mars 2,88 millions de téléspectateurs en France s’étant déplacés au cinéma pour découvrir l’histoire de George Valentin (Jean Dujardin) et de Peppy Miller (Bérénice Bejo). Avec un budget de réalisation plutôt raisonnable, atteignant les 10 millions d’euros, la rentabilité de The Artist n’est plus à prouvée. La recette mondiale est aujourd’hui estimée à 106 millions de dollars selon boxofficemojo[3].

Ce n’est par terminé : le film vient de sortir en DVD. Nous pouvons donc sans risque prévoir un fort succès des ventes. Avec une édition spéciale « coffret collector » (29,99 €) le dvd est clairement sur un positionnement haut de gamme.

Distribution

Le film est devenu aujourd’hui une marque internationale : en choisissant un titre en anglais, Michel Hazanavicius c’est directement positionné sur le marché mondial. Il a eu la brillante idée de ne pas s’enfermer avec un nom typiquement français. En marketing, un bon nom de marque respect certain critères : pas plus de 3 syllabes, ne pas se cloisonner (frontières, secteur d’activité) et agréable phonétiquement. Il est important de préciser que le film n’a pas été nominé aux Oscars dans la catégorie des films étrangers…

Une stratégie « glocale ». Les marques qui bénéficient du plus grand succès sont celles que les consommateurs locaux se sont appropriés. Vendre un film français à Hollywood racontant l’histoire du cinéma américain aurait été un échec. De plus le réalisateur a eu l’idée de ne pas faire seulement appel à des acteurs français. En effet, certains seconds rôles sont incarnés par des acteurs anglais ou américains : James Cromwell (L.A. Confidential…), John Goodman, ou encore le britannique Malcolm MacDowell. En définitive, le film s’est vendu aux Etats-Unis comme un produit américain. Fort de son succès on peut s’interroger sur la planification ou non par le réalisateur de cette stratégie de distribution.

La touche glamour de The Artist fait recette, de nombreux publicitaires n’ont pas hésité à reprendre les codes qui ont fait succès, afin de les adapter à leur marque. Un exemple ici.

Aujourd’hui, le succès de The Artist est un modèle d’entreprenariat qui fait recette. C’est la victoire de l’esprit d’équipe, le pari fou de son réalisateur Michel Hazanavicius et du producteur Thomas Langmann. C’est également et incontestablement grâce aux talents du duo d’acteur Bérénice Bejo et Jean Dujardin. Et comme dirai très bien ce dernier « Ouah ! Putain ! Génial ! Merci !».

Benoit Rochelle


[1] http://www.unifrance.org/actualites/6158/frequentation-record-depuis-45-ans-pour-les-cinemas-francais-en-2011

[2] Sénat.fr

[3] Boxofficemojo.com


Tous les journaux en  parlent : Eric Cantona, l’ancien footballeur, cherche les 500 signatures d’élus nécessaires depuis 1976 pour la candidature à l’échéance présidentielle.

Parrain de la Fondation Abbé Pierre, il ne cache pas le but de ce coup de poing médiatique ; faire peser sur les débats la cause du mal-logement.

Avec sa forte personnalité et ses réussites sportives, cet homme n’a plus rien à prouver. Par son engagement, il dépasse le cadre de ses propres intérêts.

Il n’est pas sans rappeler, Michel Colucci, mieux connu sous le pseudonyme de Coluche qui également partit en quête des 500 parrainages en 1981 par provocation de la classe politique mais aussi pour interpeller l’opinion publique. L’affiche ci-dessous démontre bien son style, cinglant.

 

Cette période de bouillonnement intellectuel fait émerger des individus hors des partis politiques profitant de leur popularité pour mettre en lumière des enjeux, selon eux, mis de côté. A son époque les sondages annonçaient environ 15% d’intention de vote pour Coluche, qu’en sera-t-il pour le « King Eric » ?

Fabienne Abouaf


En déplacement à Istanbul entre les fêtes, je décide ici de retranscrire mes quelques impressions, un voyage passionnant pour un étudiant en sciences politiques en ces périodes de tensions diplomatiques Franco -Turques.

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Située de part et d’autre du Bosphore,  à cheval sur deux continents  (l’Europe et l’Asie )   la métropole Turque vit et s’enrichit de contrastes, les femmes voilées côtoient les jolies stambouliotes en jupes, les hommes d’affaires croisent les vendeurs de vêtements contrefaits, de marrons chauds ou de simit.( pain au sésame turc)

Mais ce mélange des genres semble tenir, autour de symboles forts et d’une certaine identité turque. En Turquie les symboles patriotiques sont forts,  l’enracinement est puissant, tant l’histoire du pays est riche, celle de Soliman le magnifique, de Fatih Sultan Mehmet et d’Atatürk

Istanbul est une ville vivante, dynamique, tout est ouvert, et presque tous les jours, dans les restaurants, les serveurs travaillent dur et vous accueillent de mezzes et de leur sympathie.

La gastronomie est un art en Turquie, les repas sont très variés, le thé se boit tout le temps et à toute heure,
Certains restaurants dominent le bosphore , dont le restaurant Hamdi,  Les bazars regorgent de trésors et d’objets orientaux.  Une société civile en mouvement donc,  qui montre bien l’essor du pays.

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Malgré la chute de l’empire ottoman l’histoire reste omniprésente en Turquie, on est tout de suite saisi par la grandeur du défunt empire ottoman.

Sultanhamet, quartier historique regroupant Aya sophia ( Sainte sophie), la mosquée bleue, et sa citerne basilique sont des vestiges inestimables faisant d’Istanbul une ville classée au patrimoine mondial de  l’Unesco.

La population est hétéroclite,  les femmes turques ont une beauté simple et taciturne qu’évoquait l’écrivain Pierre Loti dans ses romans. (Notamment dans le romain Aziyadé écrit en 1879).  Istanbul recense entre 13 et 17 millions d’habitants selon les sources, une société composite d’hommes et de femmes, dotés d’un certain ordre moral, d’amour de la gastronomie et d’attrait pour le sport. (Le football en majorité)

Les turcs aiment le football, tout turc a un club de référence. Ce sport est très important en Turquie,  Besiktas, Fenerbace,  et Galatasarai sont les 3 principaux clubs correspondants à des quartiers de la ville.

D’ailleurs Pascal Nouma,  footballeur Français à la retraite est une star en Turquie. Un Français qui a choisi de vivre en Turquie. Loin des turpitudes politicardes de la diplomatie.

La Turquie est un pays intéressant politiquement, mêlant  différents aspects,  le pays est en quelque sorte dans un retour à la tradition religieuse depuis l’élection d’un gouvernement à tendance musulmane, et est en même temps membre de l’OTAN.

Sa stratégie de défense est complexe, les principales menaces avouées sont la Grèce et la Syrie, mais également à l’intérieure du territoire où les Kurdes constituent un danger

Cela a conduit la Turquie, à opérer une alliance avec Israël pour prendre à revers la menace syrienne, cette alliance est toutefois quelque peu déclinante depuis l’arrivée au pouvoir en 2002 de l’AKP (Parti pour la justice et le développement ).

Erdogan et son Parti,  l’AKP ont pris le pouvoir et n’ont pas la bienveillance de la jeune génération branchée à Facebook et aux clubs huppés, où se côtoient mannequins, élite turque et richissimes personnes de la péninsule arabique.

La société traditionnelle, semble plus partagée sur le parti au pouvoir, certains admirent les réformes réalisées, mais sur place, un amateur de raki,  l’alcool national au gout d’anis, nous confiera qu’il voit toutefois ce parti comme restrictif en terme de libertés publiques, notamment concernant les artistes et journalistes menacés ou mis en examens.

Erdogan est dans une relation complexe avec le sacro-saint principe de laïcité, se réclamant des principes laïcs édictés par Mustapha Kemal Ataturk. Erdogan a pourtant donné le droit en 2008 aux jeunes filles musulmanes de porter le voile dans les universités, et a montré sa volonté de  donner une plus grande place à la religion dans la société.  Fait religieux omniprésent dans une ville ou se côtoient Eglises, Synagogues et Mosquées, faisant ainsi d’Istanbul une destination prisée par les touristes du monde entier.

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Les touristes Français sont nombreux à avoir choisi la Turquie, en partie par effet d’évitement  des révolutions des pays du bassin méditerranéen.  L’accueil des touristes est agréable, en tant que Français, certains Turcs tiquent sur notre passage, certains font des remarques au sujet de la proposition de loi votée au parlement concernant le génocide Arménien.

Mais cette loi ne concerne pas juridiquement le seul cas Arménien, puisqu’elle vise à réprimer la contestation de l’existence de l’ensemble des génocides reconnus par la loi.

Celle-ci vient pourtant encourager un contexte politique complexe, en effet,  les affiches appelant au boycott de la France sont présentes et la population turque est par nature une population fière qui n’aime pas se voir dicter une conduite par un pays tiers.

Certains habitants sont donc un peu énervés face à l’attitude française, le gouvernement turc dans la même idée rétorque en évoquant les massacres en Algérie.

Une dégradation de notre image en Turquie sur laquelle il faut réfléchir, tant l’amitié Franco Turque est une richesse du passé, en effet  ici les élites turques viennent apprendre le Français dans les lycées et Universités Françaises ( Lycée Saint joseph, Université de Galatasarai ).
Des relations remontant à François 1er, qui avait entrepris un accord avec Soliman le Magnifique contre Charles Quint, ces relations perdureront et permettront en 1536, à la France  de devenir la première puissance européenne à obtenir des privilèges commerciaux avec la Turquie, des accords donc, vieux de 5 siècles,  qu’on a du mal a voir ternis par la droite de Patrick Devedjian, qui semble en ce moment regarder plus vers l’Arménie que vers l’ industrie Française.

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Même en France ce projet de loi suscite la controverse, certains y voient une loi mémorielle, comme Pierre Nora qui y voit une ingérence du pouvoir législatif dans la recherche académique. « Elles sont évidement liberticides et antidémocratiques »

Pascal Boniface chercheur à l’Iris pose la  question suivante :  » imaginez que le parlement turc vote une loi sur le génocide vendéen ? »

Pour d’autres, elle est simplement une loi réprimant un négationnisme outrancier. Ainsi le ministre arménien des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian a d’ailleurs tenu à exprimer la gratitude de son pays par ces mots :   «Je veux, une fois de plus, exprimer ma gratitude aux plus hautes autorités de la France, à l’Assemblée nationale et au peuple français ».

Une situation complexe donc, ou le débat se focalise sur la situation arménienne,  mais le problème de la reconnaissance historique des massacres est un problème bien plus large.

On ne peut à ce sujet que prêcher un système éducatif évoquant une vision cohérente et égalitaire de l’ensemble du processus historique Français.  (Notamment des faits moins mis en avant dans le programme scolaire, par exemple les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, évocateurs de notre passif colonial en Algérie ou  la défaite Française de Dien Bien Phu en Indochine.)

Construire des individus éduqués et responsables devant leur histoire donc, en évitant de construire notre mémoire en passant par les tribunaux, sans quoi les communautés vivant en France ne se gêneront pas, pour demander part égale des reconnaissances par la logique jurisprudentielle.

Une société qui multiplie les lois mémorielles ne peut aller vers une liberté académique dans la recherche ou le débat.

Il serait donc intéressant que le corps politique Français permette la confrontation des idées en passant de la mémoire des communautés à l’histoire du pays avant de se permettre de donner des leçons à la souveraine Turquie.

Simon Berliere

EhedGroupe IGS / Sciences Po Aix