Archives de la catégorie ‘Actualités internationales’


51 ans. Voilà 51 ans jour pour jour, soit  le 17 octobre 1961, que le pouvoir français montrait sa réaction aux insurgés algériens par une violente et mortifère répression.

France  – Algérie. Ce pourrait être le titre d’un match de football. Mais c’est aussi l’histoire de deux nations, liées par l’histoire, déchirées par la guerre et l’histoire coloniale..

Deux pays vivant leur relation dans un mélange de rancœur et d’attirance. Ce « je t’aime moi non plus », incarné par la complexité diplomatique franco-algérienne, tant le sang versé hante les esprits.

A ces raideurs du passé, il est nécessaire de répondre par un travail historique. Ouvrir les archives, informer, donner les clés de compréhension…  Mais surtout sortir des héros de ces heures sombres de l’histoire de France à nos tètes blondes.

Mais comment évoquer cette histoire, par quel sens, comment parler de ces événements ?

Qui mettre en avant ?

Et pourquoi pas Abd el Kader ?  Connaissant les deux pays,  personnage complexe, militaire et  poète, résistant honnête pour les Algériens,  ami et indigène cultivé pour les Français.

Comment enseigner la colonisation ? L’enseignement par souci d’efficacité, arbore souvent une vision manichéenne de l’histoire, celle du bien et du mal, du dominant et du dominé. Or comme chacun sait, la réalité historique, toujours complexe, fait que tout n’est jamais ni tout blanc, ni tout noir, mais fait d’une infinité de Gris.

L’Histoire suscite parfois des réactions passionnelles: c’est la cas de la guerre d’Algérie, De part et d’autre de la Méditerranée, le divorce fera place à la douleur : le massacre de Harkis, les exactions de l’OAS,  l’expropriation de familles entières… Une douleur  qu’exprimera Albert Camus dans son  « j’ai mal à l’Algérie, en ce moment, comme d’autres ont mal aux poumons« 

Une période historique à questionner donc, un contexte de guerre à responsabiliser. Qui dénoncer ? le corps politique ? militaire ?  Comment juger les exécutants comme Papon ou Aussaresses ? Krim Belkacem et Jean-Marie Le Pen se considéraient, dit-on, comme adversaires de guerre mais comme respectueux ennemis sur le terrain civil.

Ces questionnements scinderont l’opinion publique, la question de la colonisation sera d’ailleurs dénoncée par l’intelligentsia parisienne comme par la communauté internationale ( Sartre – ONU )… Mais surtout, par le petit peuple algérien, une  oppression vue comme une entrave à la liberté, dont les Algériens ont souffert. Cette souffrance qu’a longtemps chanté la musique Chaabi.

Ainsi, les considérations humanistes grandissantes imposeront progressivement la décolonisation. Dès lors, la France perdra progressivement un pied stratégique en Afrique, et l’Algérie libre accèdera à sa réelle autodétermination.

Depuis, 50 ans sont passés, et tout Algérien honnête relèvera un constat amer de son pays,  L’Algérie semble en effet se relever difficilement de cette période,  si l’on en prend sa naissance post coloniale: l’économie Algérienne reste largement constituée de ses ressources d’hydrocarbures et peine à dynamiser une économie « complète ».

Ces échecs économiques se lient aux maladresses diplomatiques des deux pays. Notamment au niveau culturel une relation ambigüe est restée: la francophonie d’une partie de la population, les douleurs du passé, et du « régime boutéflikien ».D’autant que les deux pays évoluent dans des systèmes religieux différents, Islam pour l’un, laïcité pour l’autre .

Si les Catholiques Français avait cru pouvoir évangéliser l’Algérie en échange du rapprochement de l’Eglise et de la République par le fameux « toast d’Alger », c’est aujourd’hui la France qui accueille une présence musulmane non négligeable sur son territoire. Une politique migratoire  qui a amené des familles d’ouvriers en France, remplis de souvenirs de guerre.

Les générations nouvelles ne se gênant d’ailleurs pas pour poser la question de la reconnaissance et du pardon face à ces douleurs de guerre.

De ces faits, faudra-t-il que la France, 50 ans après, s’excuse ?

C’est à François Hollande d’en décider,  de faire ce travail,  lors d’un discours fort et puissant, en se posant en orateur qu’il n’est pas, et  de couper ainsi au pouvoir Algérien le soin d’exploiter le ressentiment anti-français pour cacher les échecs économiques et diplomatiques de l’Algérie .

A notre président donc, de prendre les choses sérieusement en main, au lieu d’envoyer la bogdanovienne Benguigui, quasi insulte à la beauté des femmes algériennes, parler à Alger de Francophonie.

Que se passe-t-il aujourd’hui ? Pourquoi l’Algérie ne s’est elle pas révoltée ? Pays où pourtant, la tradition révolutionnaire est forte, et ou tout une jeunesse pourrait ressentir un Désir de liberté et de conscience pour accéder à notre chère social démocratie de consommation.

Tout d’abord, les Algériens ont moins foulé le pavé, ils ont souffert, de guerres et de violences. Les mauvaises langues diront que de toutes façons le pouvoir ne laisse pas les manifestants se réunir sur la place d’Alger, ou que les revenus pétrolifères font taire les protestations.

Mais le poids du sang est sans doute la principale raison à ce mutisme révolutionnaire. L’opposition au pouvoir a laissé de nombreuses traces, le sang a coulé,  une guerre coloniale, presque  10 ans de guerre civile dans les années 90, entre politiciens de la foi et le pouvoir.

En 2001 aussi,  le soulèvement  des kabyles,  les Arrchs, sera  réprimé durement.  Un Printemps noir  durant lequel pas moins 130 militants  disparaitront ou décéderont du fait de leurs revendications.

Car si la France, en bonne fille, doit assumer ses responsabilités,   L’Algérie devrait peut être aujourd’hui cesser de regarder ses blessures, coloniales et autres, et assumer de nouveaux défis en créant une véritable alternative politique au vieillissant  Bouteflika qui ne se gênera pas pour préparer dignement sa succession.

La question identitaire aussi, omniprésente en Algérie, pays composite fait de  Kabyles, de  Chaouis, mais aussi de Juifs… autant de communautés encore peu enclines à entretenir de cordiales relations vers l’extérieur,  même avec les voisins Tunisiens et Marocains.

La France aussi, ou la diaspora algérienne se retrouve dans une situation complexe, fondée par l’ambigüité d’être déraciné,  prise entre deux pays,  mais aussi une certaine difficulté car prise dans le filet des nombreux clichés (Bollossage, femmes de ménage, marseillaises sifflées et survêtement Lacoste).

Une ouverture au monde nécessaire donc, vectrice de paix qui apporterait un souffle nouveau à l’Algérie dans ses relations diplomatiques.

Pour autant, un renversement de régime brutal serait il pertinent ?

Rien de moins sur,  une Algérie  affaiblie en proie à des révolutions, et la figure du conseil de transition, ferait l’aubaine des investisseurs de pays étrangers pour exploiter les ressources algériennes, et profiterait à un dangereux chaos social.  La Lybie en fait malheureusement les frais aujourd’hui.

Vue comme l’un des dernier pays indépendant face à la logique de blocs, de part  son indépendance pétrolifère, l’Algérie pourrait subir les foudres des manipulations d’autres états. Les Etats-Unis, experts en la matière, ont d’ailleurs récemment été désavoués par leur propre General Wesley Clark.

Face à la domination, et la manipulation des uns, choisissons la réconciliation des autres.  En Algérie et  en France.

Publicités

L’EHED Tv, web Tv des étudiants de l’EHED fraîchement lançée, a reçu Roger KAROUTCHI (sénateur UMP et ancien ministre) et Guillaume BALAS (Président du groupe PS au Conseil régional IDF) lors des dernières législatives. 

Invités :

Roger KAROUTCHI (sénateur UMP, ancien Ministre)

Guillaume BALAS (Président du groupe PS au Conseil Régional IDF)

Animation :

Donia EDEN (Canal+)

Bertran FARENC (Rencfa Prod)

Préparatifs émission : Simon BERLIÈRE
Intervenants : Bryan AKPABIO, Raphaël DOR
Régie : Yann MISAINE
Maquillage : Pauline ALLANIC
Logo : Thibault CSUKONYI
Montage + insertions : Benjamin VANOVERTVELD




Le Halal est au cœur des débats et semble, ces derniers jours, devenir un thème phare de la campagne présidentielle. Le Pen, Bayrou, Sarkozy, Guéant… tous se sont au moins une fois exprimés sur le « Halal » et sa place en France.

Il n’est pas tous les jours facile, pour un musulman, de pratiquer parfaitement sa religion et notamment de manger scrupuleusement halal – la nourriture dite halal est celle qui respecte les interdits alimentaires de l’Islam. Comme le disait avec humour Tomer Sisley, qui est d’origine juive et musulmane : « si je respectais les interdits de mes 2 religions, la seule chose que j’aurais le droit de faire c’est de boire un verre d’eau le vendredi soir après le coucher du soleil ».

Mais tout cela, c’est désormais révolu, adieu monde des restrictions car voici, Mesdames et Messieurs, la bien nommée : « Moussy » !

Mais qu’est-ce que la Moussy ? Nous allons tenter de répondre à cette question de  manière la plus exhaustive possible.

 « Moussy, la boisson qui vous veut du bien »

Pensée au Moyen-Orient et produite par Kronenbourg à Strasbourg, cette « bière » light fait fureur depuis maintenant 30 ans en Arabie Saoudite et dans les nombreux émirats du Golfe.

Sous l’impulsion du commerce ethnique, la Moussy débarque en 2008, en Europe – grâce à la société Bibars qui en assure la distribution – chez les géants du « gros » comme Métro en France. D’abord commercialisée dans les snacks, restaurants halal et bars à shisha, la Moussy investit progressivement les rayons des épiceries et supermarchés spécialisés comme le Hal’Shop à Nanterre. Elle est aujourd’hui présente dans les rayons des supermarchés comme Auchan.

L’engouement des jeunes musulmans envers cette boisson se fait très vite sentir, au point que les distributeurs de la marque décident de créer un site internet destiné aux commerçants et consommateurs français: http://moussy-france.com/.

Surnommé « Non-alcoholic beer » dans le Golfe et les pays anglo-saxons, la Moussy n’est pas réellement une bière. C’est en réalité une boisson composée de malt d’orge dont le taux d’alcool est infime. Elle se décline en cinq saveurs : classic – se rapprochant très fortement du goût de la bière classique et contenant un taux de 0.025% – et de saveurs fruitées s’apparentant d’avantage à des sodas rafraichissant avec un arrière goût de malt (au taux de 0.01%): pomme, grenade, fraise et pêche.

Une question nous interpelle et interpellerait tout musulman : même en quantité infime, l’alcool présent dans cette boisson, issu de la fermentation, est-il « halal » ou « haram » ?

 La Moussy, une boisson « halalisée »

Il convient tout d’abord de rappeler les interdits islamiques quant à la consommation d’alcool.

Très explicitement, Le Coran évoque à plusieurs reprises la question de l’alcool et de l’ivresse.

« Parmi les fruits, vous avez le palmier et la vigne, d’où vous retirez une boisson enivrante et une nourriture agréable. Il y a dans ceci des signes pour ceux qui entendent. » [Le Coran, 16:69]

« Ils t’interrogeront sur le vin et le jeu. Dis-leur : L’un et l’autre sont un mal. Les hommes y cherchent des avantages, mais le mal est plus grave que l’avantage n’est grand. » [2 :216]

« Ô croyants ! Ne priez point lorsque vous êtes ivres : attendez de pouvoir comprendre les paroles que vous prononcez. » [Le Coran, 4:46]

« Ô les croyants! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu’une abomination, œuvre du Diable. Écartez-vous en, afin que vous réussissiez. » [Le Coran, 5:90]

Il semble que l’ivresse soit pointée du doigt, bien plus que l’alcool en lui même. Or, le principe de l’abrogation en Islam, donne prééminence au dernier verset cité : la consommation d’alcool est prohibée. Dans cette logique, comment est-il possible que la Moussy ait pu avoir un tel succès dans l’Arabie Saoudite puritaine, ultraconservatrice et très à cheval sur le respect des interdits religieux ?

Rien de mieux qu’une fatwa (avis juridique donné par un expert religieux) pour « halaliser » la Moussy ! En effet, deux grands savants saoudiens (dont le Shaikh Al-`Uthaymin) ont émis une fatwa autorisant la consommation de cette boisson. Intitulée « L’avis concernant les bières [non alcoolisées], et le principe d’interdiction ou de permission d’une chose contenant de l’alcool », cet avis juridique rend licite la consommation des bières non alcoolisées dont la Moussy. S’appuyant sur le hadith du Prophète Mohammed  (les hadith-s sont des recueils de traditions relatives aux actes ou parole du prophète Mohammed): «Tout ce qui enivre en grandes ou petites quantités est interdit», ces savants expliquent par déduction que toute quantité d’alcool (altérée par un autre liquide ou solide) qui n’aurait pas d’effet sur l’individu (enivrement) est licite. En 2008, une nouvelle fatwa vient autoriser les boissons dont la teneur en alcool est inférieure à 0,05%, considérant que c’est le seuil pour ne pas subir les effets des boissons issues de la fermentation comme les boissons maltées.

Ainsi, la Moussy n’entre pas dans les interdits alimentaires et devient par là même complètement Halal.

A titre informatif, dans la religion juive, il existe un principe, dit « batel béchichime », signifiant littéralement : « s’annule dans soixante », qui détermine la proportion à partir de laquelle une quantité est considérée comme négligeable. En l’occurrence, il faut que la quantité soit inférieure à un soixantième (1.67%) du total. Par exemple, les juifs n’ont pas le droit de mélanger le lait et la viande, la plupart des pratiquants disposent d’ailleurs de deux éviers dans leur cuisine. Toutefois s’il s’avérait qu’un jour, 1cl de jus de viande soit malencontreusement tombé dans une bouteille de 75cl de lait, le dit lait serait toujours propre à la consommation (casher). En revanche, si 2cl de vin taref (impropre à la consommation) se mélangent avec un litre de vin casher, toute la bouteille devient taref.

Une fois l’aspect religieux explicité, on se rend compte que la Moussy traduit surtout une envie de se conformer aux sociétés modernes, influencées et transformées par la mondialisation.

La Moussy : Choc des cultures ou Culture des paradoxes ?

La Moussy est loin d’être représentative d’un « choc des cultures ». C’est davantage l’expression d’une superposition culturelle et cultuelle avec laquelle les musulmans – sous l’effet de la mondialisation et des migrations – tentent d’établir leurs pratiques consuméristes.

Le spot publicitaire diffusé en Arabie Saoudite pour la Moussy est le parfait exemple de cette superposition. Dans un style rappelant quelque peu Bollywood, cette réclame met en scène une bande d’amis qui cherchent à entrer en boîte, et qui parviennent à passer l’obstacle que constitue le videur… grâce au Moussy.

Le Kameez (habit traditionnel des saoudiens) côtoie les jeans et t-shirts moulants, les jeunes femmes et jeunes hommes font la fête ensemble… mais la boisson reste halal.  A l’opposé des clichés, cette pub est une représentation de la jeunesse saoudienne qui aspire à la modernité tout  en s’attachant à respecter les prescriptions et traditions islamiques.

Ceci peut paraître paradoxal. Or, avec la Moussy, les musulmans du Golfe se sont lancés un pari fou : démontrer que la modernité peut aussi s’exprimer à travers le prisme du religieux. Il semble que ce pari soit remporté, la boisson s’étant internationalisée, gagnant les réfrigérateurs de nos compatriotes musulmans.

Forte de son succès dans l’Hexagone, il faut surtout se demander à quel besoin répond la bière Halal. Au milieu de la pyramide de Maslow, se trouve le besoin d’appartenance. Aujourd’hui, les français de confession musulmane désirent s’intégrer à cette jeunesse française biérophile, et c’est donc dans une pratique mimétique, que boire du Moussy leur permet de satisfaire leur envie de s’intégrer tout en conservant leur identité.

C’est avec des produits comme la« Moussy » que les musulmans répondent aujourd’hui à la mondialisation ou à la question de l’intégration. La Moussy n’est ni l’expression d’un choc des cultures, ni celle d’une culture des paradoxes. C’est simplement une réponse aux envies et besoins créés par la culture « Mac World ». Il est important de noter ici, l’intelligence commerciale de la création du Moussy. Constatant l’ostracisation croissante des musulmans pratiquants, on leur offre un moyen de partager des moments avec leurs congénères tout en respectant leur religion.

Renvoyons donc notre cher Tomer Sisley, alias Largo Winch, à la tête du groupe W où il aura surement beaucoup plus à faire…

Dan Hayoun et Fadila Bakkar-Leturcq


Ce soir, dans le metro, l’impression, l’espace d’un instant, que l’amour envahit les couloirs des sous-sols parisiens… Un esprit d’adolescent s’empare de la population suburbaine et me fait vibrer sur un air katyperryien débitant du teenage dream en guise de flèche…

Et tandis que Cupidon brave le froid à Paris, une musique harassante rappelle son refrain entêtant. Celui par exemple d’un autre pari qui se pose aux badauds méditerranéens tentant d’éviter la rupture des couples nés au printemps dernier. Eros lui-même semble avoir délaissé son panthéon grec qui brûle sous le feu des émeutes socioéconomiques et les cavaliers de l’apocalypse civilisationnelle et électorale accélèrent leurs chevauchées alors que continue de sommeiller l’expression du power of love.

YC


A l’occasion de la célébration du centenaire de la création de l’African National Congress (ANC), parti politique sud africain longtemps dirigé par Nelson Mandela, il est possible d’observer les évolutions et les challenges politiques et socio-économiques auxquels la République d’Afrique du Sud doit faire face. Retour sur l’évènement de Bloemfontein entre dissensions internes au parti, revendications de la jeunesse et défis du vivre-ensemble entre blancs et noirs au cœur d’un des pays les plus prospères du continent africain.

Découvrez ici l’article dans son intégralité.

YC


Par ce titre sans détours, Edwy Plenel signe un article le 5 janvier 2012, qui permet au lecteur de Médiapart, le journal en ligne dont il est co-fondateur, de mettre en perspective les décisions lourdes de conséquences prises par le gouvernement mené par Viktor Orban depuis 2010 avec les évolutions en cours dans d’autres régions d’Europe et du monde.

En se référant à un ouvrage de l’historien américain Robert O Paxton, publié en 2004, dans l’Amérique sous le choc de l’après-11 septembre 2001, le journaliste nous convie à ne pas nous laisser enfermer dans des lectures historiques, géographiques et culturelles du ou plutôt des fascismes qui ont secoué les sociétés européennes dans l’entre-deux guerres et ont mené, à bien des égards, au deuxième conflit mondial. Il faut revenir sur ce qui fait l’essence même de l’idéologie fasciste, son action, la brutalisation politique des sociétés,  et ses valeurs, la communauté  primant systématiquement  sur l’humanité (individuelle).

Au travers de cette analyse, la crise que traverse l’Union européenne actuellement ne peut se limiter à une simple étude économique, financière et sociale. L’enjeu est global et à rechercher dans les avenirs politiques des nations qui se dessinent au gré des discours et actions de leurs représentants élus. Seule la vigilance et l’esprit avisé des citoyens permettent de se prémunir d’un retour à des régimes s’éloignant des idéaux démocratiques et principes républicains.

Bonne Année 2012 à toute l’EHED.

Bonne(s) lecture(s) et analyses.

Fabrice Duru

L’Europe, la Hongrie et le fascisme d’aujourd’hui: l’alarme de Paxton


En déplacement à Istanbul entre les fêtes, je décide ici de retranscrire mes quelques impressions, un voyage passionnant pour un étudiant en sciences politiques en ces périodes de tensions diplomatiques Franco -Turques.

Image

Située de part et d’autre du Bosphore,  à cheval sur deux continents  (l’Europe et l’Asie )   la métropole Turque vit et s’enrichit de contrastes, les femmes voilées côtoient les jolies stambouliotes en jupes, les hommes d’affaires croisent les vendeurs de vêtements contrefaits, de marrons chauds ou de simit.( pain au sésame turc)

Mais ce mélange des genres semble tenir, autour de symboles forts et d’une certaine identité turque. En Turquie les symboles patriotiques sont forts,  l’enracinement est puissant, tant l’histoire du pays est riche, celle de Soliman le magnifique, de Fatih Sultan Mehmet et d’Atatürk

Istanbul est une ville vivante, dynamique, tout est ouvert, et presque tous les jours, dans les restaurants, les serveurs travaillent dur et vous accueillent de mezzes et de leur sympathie.

La gastronomie est un art en Turquie, les repas sont très variés, le thé se boit tout le temps et à toute heure,
Certains restaurants dominent le bosphore , dont le restaurant Hamdi,  Les bazars regorgent de trésors et d’objets orientaux.  Une société civile en mouvement donc,  qui montre bien l’essor du pays.

Image

Malgré la chute de l’empire ottoman l’histoire reste omniprésente en Turquie, on est tout de suite saisi par la grandeur du défunt empire ottoman.

Sultanhamet, quartier historique regroupant Aya sophia ( Sainte sophie), la mosquée bleue, et sa citerne basilique sont des vestiges inestimables faisant d’Istanbul une ville classée au patrimoine mondial de  l’Unesco.

La population est hétéroclite,  les femmes turques ont une beauté simple et taciturne qu’évoquait l’écrivain Pierre Loti dans ses romans. (Notamment dans le romain Aziyadé écrit en 1879).  Istanbul recense entre 13 et 17 millions d’habitants selon les sources, une société composite d’hommes et de femmes, dotés d’un certain ordre moral, d’amour de la gastronomie et d’attrait pour le sport. (Le football en majorité)

Les turcs aiment le football, tout turc a un club de référence. Ce sport est très important en Turquie,  Besiktas, Fenerbace,  et Galatasarai sont les 3 principaux clubs correspondants à des quartiers de la ville.

D’ailleurs Pascal Nouma,  footballeur Français à la retraite est une star en Turquie. Un Français qui a choisi de vivre en Turquie. Loin des turpitudes politicardes de la diplomatie.

La Turquie est un pays intéressant politiquement, mêlant  différents aspects,  le pays est en quelque sorte dans un retour à la tradition religieuse depuis l’élection d’un gouvernement à tendance musulmane, et est en même temps membre de l’OTAN.

Sa stratégie de défense est complexe, les principales menaces avouées sont la Grèce et la Syrie, mais également à l’intérieure du territoire où les Kurdes constituent un danger

Cela a conduit la Turquie, à opérer une alliance avec Israël pour prendre à revers la menace syrienne, cette alliance est toutefois quelque peu déclinante depuis l’arrivée au pouvoir en 2002 de l’AKP (Parti pour la justice et le développement ).

Erdogan et son Parti,  l’AKP ont pris le pouvoir et n’ont pas la bienveillance de la jeune génération branchée à Facebook et aux clubs huppés, où se côtoient mannequins, élite turque et richissimes personnes de la péninsule arabique.

La société traditionnelle, semble plus partagée sur le parti au pouvoir, certains admirent les réformes réalisées, mais sur place, un amateur de raki,  l’alcool national au gout d’anis, nous confiera qu’il voit toutefois ce parti comme restrictif en terme de libertés publiques, notamment concernant les artistes et journalistes menacés ou mis en examens.

Erdogan est dans une relation complexe avec le sacro-saint principe de laïcité, se réclamant des principes laïcs édictés par Mustapha Kemal Ataturk. Erdogan a pourtant donné le droit en 2008 aux jeunes filles musulmanes de porter le voile dans les universités, et a montré sa volonté de  donner une plus grande place à la religion dans la société.  Fait religieux omniprésent dans une ville ou se côtoient Eglises, Synagogues et Mosquées, faisant ainsi d’Istanbul une destination prisée par les touristes du monde entier.

Image

Les touristes Français sont nombreux à avoir choisi la Turquie, en partie par effet d’évitement  des révolutions des pays du bassin méditerranéen.  L’accueil des touristes est agréable, en tant que Français, certains Turcs tiquent sur notre passage, certains font des remarques au sujet de la proposition de loi votée au parlement concernant le génocide Arménien.

Mais cette loi ne concerne pas juridiquement le seul cas Arménien, puisqu’elle vise à réprimer la contestation de l’existence de l’ensemble des génocides reconnus par la loi.

Celle-ci vient pourtant encourager un contexte politique complexe, en effet,  les affiches appelant au boycott de la France sont présentes et la population turque est par nature une population fière qui n’aime pas se voir dicter une conduite par un pays tiers.

Certains habitants sont donc un peu énervés face à l’attitude française, le gouvernement turc dans la même idée rétorque en évoquant les massacres en Algérie.

Une dégradation de notre image en Turquie sur laquelle il faut réfléchir, tant l’amitié Franco Turque est une richesse du passé, en effet  ici les élites turques viennent apprendre le Français dans les lycées et Universités Françaises ( Lycée Saint joseph, Université de Galatasarai ).
Des relations remontant à François 1er, qui avait entrepris un accord avec Soliman le Magnifique contre Charles Quint, ces relations perdureront et permettront en 1536, à la France  de devenir la première puissance européenne à obtenir des privilèges commerciaux avec la Turquie, des accords donc, vieux de 5 siècles,  qu’on a du mal a voir ternis par la droite de Patrick Devedjian, qui semble en ce moment regarder plus vers l’Arménie que vers l’ industrie Française.

Image

Même en France ce projet de loi suscite la controverse, certains y voient une loi mémorielle, comme Pierre Nora qui y voit une ingérence du pouvoir législatif dans la recherche académique. « Elles sont évidement liberticides et antidémocratiques »

Pascal Boniface chercheur à l’Iris pose la  question suivante :  » imaginez que le parlement turc vote une loi sur le génocide vendéen ? »

Pour d’autres, elle est simplement une loi réprimant un négationnisme outrancier. Ainsi le ministre arménien des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian a d’ailleurs tenu à exprimer la gratitude de son pays par ces mots :   «Je veux, une fois de plus, exprimer ma gratitude aux plus hautes autorités de la France, à l’Assemblée nationale et au peuple français ».

Une situation complexe donc, ou le débat se focalise sur la situation arménienne,  mais le problème de la reconnaissance historique des massacres est un problème bien plus large.

On ne peut à ce sujet que prêcher un système éducatif évoquant une vision cohérente et égalitaire de l’ensemble du processus historique Français.  (Notamment des faits moins mis en avant dans le programme scolaire, par exemple les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, évocateurs de notre passif colonial en Algérie ou  la défaite Française de Dien Bien Phu en Indochine.)

Construire des individus éduqués et responsables devant leur histoire donc, en évitant de construire notre mémoire en passant par les tribunaux, sans quoi les communautés vivant en France ne se gêneront pas, pour demander part égale des reconnaissances par la logique jurisprudentielle.

Une société qui multiplie les lois mémorielles ne peut aller vers une liberté académique dans la recherche ou le débat.

Il serait donc intéressant que le corps politique Français permette la confrontation des idées en passant de la mémoire des communautés à l’histoire du pays avant de se permettre de donner des leçons à la souveraine Turquie.

Simon Berliere

EhedGroupe IGS / Sciences Po Aix