Archives d’Auteur


Le titre de cet article est bien évidemment provocateur, comme vous pouvez le constater. Cependant, il pose à mon sens une vraie question qu’on pourrait qualifier de « question de société » :Les « beaufs embourgeoisés » détiennent-ils les clés du pouvoir dans la société française actuelle ?

Tentons dans un premier temps une définition des termes de la problématique, comme se doit de le faire tout bon étudiant (et pas seulement celui de sciences po).

Concernant l’expression de « beauf embourgeoisé », je dois avouer avoir trouvé cette expression dans le morceau « Suicide social » du très talentueux rappeur Orelsan. Je trouve que c’est LE terme approprié pour décrire le genre de personne auquel tout un chacun est confronté au quotidien : sous ses airs de « bourgeois » bien habillé et propre sur lui, le « beauf embourgeoisé » ne peut que difficilement cacher ses habitudes et ses comportements liés à la culture et à l’éducation populaire. On peut également le définir par un autre terme qui est celui de « nouveau riche ». Pour avoir une idée de ce phénotype, je vous conseille de vous reporter à la trilogie des films « La vérité si je mens », avec une attention toute particulière à porter sur Patrick Abitbol, bien entendu. Néanmoins, le « nouveau riche » peut être considéré comme ayant un pouvoir d’achat plus élevé que le « beauf embourgeoisé » à mon sens.

L’étymologie du terme « beauf » provient du mot beau-frère, c’est une sorte de diminutif. Le terme de beau-frère renvoie, dans la culture populaire à un membre de la famille un peu envahissant et embêtant, qui fait partie de sa famille par mariage. Le terme de « beauf » est le diminutif populaire du terme beau-frère.
Dans le dictionnaire Larousse, le beauf est défini de la manière suivante : « Type de français moyen, réactionnaire et raciste, inspiré d’un personnage de bandes dessinées. Cette définition nous permet de mieux cerner les caractéristiques morales et mentales de ce que l’on appelle communément un « beauf ». Il faut insister sur le fait que ce terme désigne un certain type de français moyen mais ne les englobe pas tous, bien heureusement. L’accent est mis sur des caractéristiques désagréables : le racisme et le caractère réactionnaire du beauf. On pourrait également rajouter une certaine vulgarité dans les attitudes, les paroles (se référer principalement aux blagues douteuses) ainsi qu’un manque cruel de culture.

Concernant le personnage de bandes dessinées auquel cette définition fait référence, on peut évoquer les dessins de Cabu parus dans Charlie Hebdo durant les années 70 et repris dans l’hebdomadaire Le Canard Enchainé, qui caricaturaient ce que l’on appelle le Français moyen. On peut également signaler le rôle joué par la bande dessinée « Les Bidochons » qui fait référence aux habitudes de vie des Français dits « moyens », ou plus communément « beaufs ».

Les termes connexes que l’on peut associer à celui de beauf sont les suivants : « péquenaud » ; « kéké » ; « Jacky » ; « blaireau » ; « ringard »…


Le retour en force du beauf depuis les années 90 : tunning, apparence et attitude dite Bling-bling, la tektonik.

De nombreux médias ont pointé un retour du phénomène beauf durant les années 1990 et 2000 en France.
En effet, nous avons pu remarquer durant cette décennie, une montée en puissance du phénomène « beauf ». Souvenez-vous de l’émission Morning Live animée par le mémorable Mickaël Youn. Ses prestations comico-scatologiques ont connu un succès énorme, ce qui l’a conduit à réitérer son humour « décapant » dans un nombre incalculable de films (« Les 11 commandements » notamment).
Remémorez-vous aussi la mode du tunning. Car, oui avant de devenir complètement « has been » et ringard, le tunning ou l’activité consistant à ajouter des gadgets inutiles, censés embellir et apporter une plus-value à une voiture, était considéré comme étant « fashion ». Qui n’a pas parmi son entourage, un oncle, un ami, un cousin qui a subitement mis une partie de ses économies dans un « caisson de basse » pour que la musique soit plus forte, dans des sièges dits « baquets » ou, pire, dans de la fourrure pour décorer son volant ? La faute peut-être aux clips de rap des années 90, vantant l’esthétique tapageuse ?
Dans un style plus caricatural et « second degré », les deux dernières décennies ont donné naissance à Jean-Claude Convenant, beauf « bling-bling » et goujat dans la série Caméra Café diffusée sur M6. On peut aussi mettre en avant le succès des Deschiens sur Canal + à la même période, qui mettait en scène des situations de la vie quotidienne. N’omettons pas le film Camping, sorti dans le courant des années 2000, qui vantait les vacances façon « France populaire » au camping, en opposition aux vacances luxueuses prévues par le personnage incarné par Gérard Lanvin. Ce film a le mérite de pointer les points négatifs qui existent dans chaque couche sociale, on peut dire que « tout le monde en prend pour son grade » en d’autres termes.

Ajoutons :


Les beaufs en politique : Nicolas Sarkozy et Berlusconi, des beaufs à la tête de grands Etats européens, la transformation du beauf : plus seulement un français moyen ou de classe populaire, un « bourgeois». Ce phénomène dit de « beaufitude » s’est étendu aussi à la sphère politique, preuve que même ceux qui sont considérés comme faisant partie de l’élite sont touchés par la contagion.

Je citerais tout d’abord notre président, Nicolas Sarkozy, qui a donné le ton dès le début de son mandat : en février 2008, alors qu’il arpentait les allées du salon de l’agriculture à la recherche de mains à serrer, le chef de l’Etat tente d’approcher un visiteur qui lui refuse le moindre contact corporel et lui dit : « Ah non, touche-moi pas ! Tu me salis ! ». Agression morale, surtout à l’encontre du président d’une grande puissance occidentale. La tradition et la bienséance aurait exigé un sang-froid de la part de ce chef de l’Etat. Néanmoins sa réaction fut directe, et sur le même ton puisqu’il répondit : « Eh bien casse-toi alors ! Pauv’ con ». Cet « événement » fut largement relayé par les médias français et internationaux et fait désormais partie des « phrases cultes » de Nicolas Sarkozy. Cette réplique nous donne l’impression d’être dans le métro à l’heure de pointe non ? Est-ce un moyen peu approprié pour le chef de l’Etat de se « rapprocher du peuple » ?
Dans le même registre souvenons-nous de sa réponse à l’agression d’habitants d’Argenteuil lors d’une de ses visites dans les « quartiers chauds » d’Ile-de-France : « Ben vas y descends si tu oses ! ». Quel courage et quelle classe venant d’un homme en costume entouré de plusieurs gardes du corps. Il s’est pris, sans doute, l’espace d’un instant, pour un Robert De Niro sorti du film Taxi Driver : « Are you talking to me ?? »
Sans aucun doute, Nicolas Sarkozy illustre parfaitement cette « beaufisation » des élites politiques, néanmoins ce rôle est également très disputé par l’ancien Président du Conseil italien Silvio Berlusconi, mais ceci dans d’autre registres. En effet, il semble davantage tourné vers les blagues plus que douteuses et les jeunes femmes style « calendrier Tuning ». Pour mémoire, la blague adressée à l’encontre du président Obama lors de son élection à la présidence des Etats-Unis, décrit comme étant « bronzé ». Nous somme là en présence d’une blague qui répond typiquement au descriptif du beauf… Affligeant venant d’un chef d’Etat n’est-ce pas ?

Pour conclure, n’oublions jamais que nous sommes tous le « beauf embourgeoisé » de quelqu’un d’autre, il s’agit simplement d’en être pleinement conscient. 🙂

La mise en avant de ces « beaufs embourgeoisés » pose la question de l’importance de la culture actuellement et son rôle dans la réussite sociale des individus, selon moi.
Je vous mets en lien deux articles qui traitent du même thème : l’article d’AgoraVox traite du phénomène « beauf », tandis que le second, tiré de l’hebdomadaire Marianne, aborde davantage l’aspect politique de ces mêmes « beaufs ». Le dernier article est un condensé des plus belles blagues de Berlusconi.
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-france-beauf-et-ses-icones-un-39292
http://www.marianne2.fr/2012-qui-se-soucie-du-beauf_a209596.html
http://www.slate.fr/story/36879/infographie-conneries-de-berlusconi

Si les beaufs embourgeoisés sont déjà ou ont été à la tête de grands Etats européens, qui peut aujourd’hui prévoir ce qu’ils seront demain ? Ou s’arrêteront-ils ?
La réponse dans un prochain article.

Elodie Pelet en collaboration avec Dan Hayoun.

Publicités

Vous trouverez en lien un article très intéressant expliquant les valeurs rattachées à ce que l’on appelle le « sarkozysme ».

L’auteur de cet article, Eddy Fougier qui est politologue, nous livre une analyse de cette droite dite « décomplexée » qui est la résultante d’une forte évolution des partis de droite en France et en Europe depuis les années 80 surtout.

Il s’interroge sur la pérennité de cette forme de droite et sur son avenir.

http://www.telos-eu.com/fr/article/qu-est-ce-que-le-sarkozysme


Vous trouverez, en cliquant sur ce lien , un dictionnaire sur l’argot des banlieues.
Ludique et pratique, notamment pour les plus de 30 ans (eh oui l’argot des banlieues évolue vite!) qui ne vivent plus ou qui n’ont jamais vécu en banlieue!
Bonne lecture!

http://www.dictionnairedelazone.fr/