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Profitons de cette journée d’élection, ne rêvons plus, cessons de nous mentir. Comment une France et plus généralement des citoyens européens avides de tranquillité et de confort individuels, pourraient tirer leur épingle du jeu face à des pays en pleine croissance. En 2020 l’Europe sera selon toute vraisemblance coincée entre une Afrique surpeuplée, une Russie politiquement forte et une sphère méditerranéenne économiquement développée.

En 2012, il nous paraît évident et logique que tous les pays voisins souhaitent rejoindre l’Union Européenne, mais au rythme actuel combien de temps cela durera-t-il ? Combien de temps encore ferons-nous illusions ? Que l’idée européenne s’essouffle, que la France continue à faire jeu à part et qu’en restera-t-il ? Rome n’a-t-elle pas déjà dû céder la place à Constantinople ? Soyons réalistes, les flux migratoires sont déjà en train de s’inverser. Nos politiques se déchirent autour de la notion d’immigration choisie. Quelle manque de vision quand une bonne partie de nos cerveaux  s’expatrient de l’autre côté de l’Atlantique ou de plus en plus souvent en Asie.

Alors dans quinze ans que nous restera-t-il en Europe : des vieux, des chômeurs sous qualifiés et des fonctionnaires ? Nous ne sommes décidemment que d’aveugles prétentieux. Cessons d’être autistes et apprenons plutôt à nos enfants à vivre avec le monde qui les entoure plutôt qu’avec la peur du chômage. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux dans le secret des clubs et autres cénacles de chefs d’entreprises ou de politiciens à s’attendre à un éclatement pur et simple de l’Europe. Comme si ces élites dépassées par l’ampleur de la tâche baissaient les bras; victimes expiatoires du marasme économique européen.

Coincée entre un bassin méditerranéen politiquement instable et revanchards de siècles de colonisation et une Europe de l’Est rancunière de décennies d’abandon de l’autre côté du Mur, l’Europe, notre vieille Europe, manque de souffle. Engoncés dans un carcan tant idéologique que psychologique dont ils ne veulent surtout pas sortir, nos politiques ont cru un temps que l’élargissement de l’idée européenne serait la solution à tous ces maux. L’illusion fut de courte durée. La chute du mur de Berlin, la montée en puissance des extrémismes politiques et religieux, et l’internationalisation du terrorisme sont rapidement venus à bout de cet équilibre précaire.

N’ayons pas peur des mots: le modèle social français est mort. Accordons nous au moins pour lui offrir un enterrement de première classe. Ne craignons pas la remise en question: le système européen actuel n’est pas viable à long terme. Il porte en son sein parmi les nouveaux adhérents trop de vieilles querelles inassouvies. Tout reste donc à inventer. Nous vivons une période historique qui loin de nous effrayer devrait nous motiver, nous exalter. Nous pouvons, nous devons changer le système. La période y est propice mais où sont ces hommes providentiels qui devraient nous entraîner. Le monde politique français de ce début de millénaire ressemble plus à un conte de Grimm ou Perrault avec leur cortège de personnages pittoresques qui de Blanche Neige à Grincheux en passant par Le Petit Poucet, se disputent plus les miettes d’une grandeur passée, qu’à la Légende des siècles de Victor Hugo.

Point de Voltaire ou de Rousseau pour inventer de nouveaux schémas de pensée. Aucun Danton ou Bonaparte pour galvaniser les foules. Pas plus de Clémenceau ou de De Gaulle pour retrouver la fierté. Non le pays est las. Le pays est faible de ses élites. Le pays est frileux de ses masses. Tous le savent, Cassandre d’une nouvelle ère, mais aucun n’a ce goût du risque qui forge le courage et fait naître parmi les foules ce que de Thucydide à Mirabeau on appelle la « volonté du peuple ». Cette volonté qui fit frémir les murailles d’Athènes, et trembler les cours d’Europe.

Christophe LAMANDÉ

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