Archives de mars, 2012


Intervention de Michel Offerlé à l’occasion du 1er congrès national du CNEA (Conseil National des Employeurs Associatifs).

Michel Offerlé est professeur agrégé de l’Université de Paris la Sorbonne. Il est historien et sociologue, enseignant en sociohistoire et en sociologie politique à l’Ecole Normale Supérieure de Paris. Il est auteur de Sociologie des organisations patronales.

Quant au CNEA, on peut lire sur leur site : « Le Conseil National des Employeurs Associatifs – C.N.E.A – syndicat professionnel représentatif dans les domaines de l’animation, du sport et du tourisme social et familial a pour but de rassembler, accompagner et représenter les associations employeurs relevant de l’économie sociale gérant de façon désintéressée des activités éducatives, sportives, culturelles, scientifiques, sociales, de tourisme, de formation et de protection de l’environnement. Il est le fruit de la réunion depuis 2005 de 4 syndicats : le SADCS, le SNEFA, le SNOGAEC, et l’UNODESC. Plus de 4000 structures à but non lucratif sont aujourd’hui adhérentes, et parmi elles, des associations, fondations, clubs, fédérations, comités d’entreprise, mutuelles… »[1].

Le CNEA est aussi adhérent à l’Usgeres (Union des Syndicats et Groupements d’Employeurs Représentatifs dans l’Economie Sociale) qui est l’union de syndicats employeurs de l’Economie Sociale la plus importante à ce jour (Cf le billet sur l’économie sociale publié en début d’année).

Les travaux de Michel Offerlé portent sur le suffrage universel et plus récemment sur les organisations syndicales. Depuis environ cinq ans ses travaux ont porté sur les organisations syndicales patronales.

D’entrée il fait plusieurs constats préalables propres à l’Economie Sociale :

–        La réforme de la représentativité syndicale de 2008 concerne les syndicats de salariés mais pas les syndicats d’employeurs.

–        Il observe que les employeurs de l’Economie Sociale n’utilisent pas le même lexique que les employeurs des grandes organisations patronales tels que le Medef, la CGPME ou l’UPA. Ces dernières font du « lobbying », développent des groupes de pression. Choses peu ou pas connus dans l’Economie Sociale (ES).

–        Il note que les patrons de l’ES se nomment eux-mêmes employeurs de la même manière que les patrons post 68 se nomment dirigeant et non plus patron.

–        A la différence des organisations syndicales traditionnelles, les structures de l’ES sont davantage dans une logique de militantisme. Les organisations de l’ES n’offrent pas seulement des services juridiques et des opportunités économiques à la façon des organisations patronales traditionnelles qui organisent des réunions dans lesquelles on fait du « business », du « social ». Les structures de l’ES portent aussi des valeurs alternatives.

On peut distinguer plusieurs niveaux dans les organisations patronales.

Ce sont d’abord les grandes organisations patronales du secteur lucratif : MEDEF, CGPME, UPA ainsi que la moins connue AFEP (Association française des entreprises privées), qui représente environ 90 des plus grandes entreprises et grands groupes. A ces grandes organisations s’ajoutent l’ensemble des fédérations qui ne sont rattachées à aucune des grandes centrales syndicales. Ensuite viennent les clubs et autres boîtes à idées que sont entre autres l’Institut Montaigne (chiffre les programmes des partis politiques/proche de l’UMP), Croissance plus, l’Institut de l’entreprise, le club des jeunes dirigeants, Cides, Parrainer la croissance, Ethic etc…

Il rappelle que le modèle français est fédératif et confédératif. L’entreprise adhère à un syndicat qui adhère à une fédération qui adhère à une confédération.

Le sociologue remarque que les organisations patronales du secteur lucratif proposent un service, les entreprises adhèrent par intérêt à un syndicat comme le Medef, la CGPME, la Fédération Française du Bâtiment (FFB) (qui traite 250000 demandes de conseils chaque année) qui offrent des services juridiques et des services de défense des intérêts économique. Les entreprises de l’ES adhèrent par militantisme et conviction en plus des services juridiques offerts par le syndicat.

Michel Offerlé remarque que des organisations comme le Medef veulent non moins représenter les patrons que les entreprises elle-même, d’où le changement de nom du CPNEF (Conseil National du Patronat Français) créé en 1946 pour MEDEF (Mouvement des entreprises de France) en 1998. Ce n’est plus un conseil patronal mais un mouvement d’entreprises.

Le Medef prétend aujourd’hui représenter l’ensemble des entreprises françaises. Il ne représente pourtant qu’une petite partie des entreprises de l’ES quand l’ensemble de l’ES représente environ 10% du PIB national.

Par ailleurs la représentativité patronale est toujours au cœur des débats. Le rapport Perruchot a été publié par le journal Le Point il y a quelques semaines alors qu’il devait être littéralement enterré. Michel Offerlé reconnaît que le sujet est extrêmement complexe puisque qu’il s’agit de savoir sur quelle base doivent être effectués les calculs (représentativité démographique, économique ?). A cela s’ajoute le problème de la double adhésion, ainsi beaucoup de syndicats sont adhérents à la CGPME et au MEDEF. Le nombre officiel d’adhérents annoncés par les trois grandes centrales syndicales peut donc être au moins divisé par deux. – L’UIMM est un des meilleurs exemples, le fameux syndicat de la métallurgie est à la fois adhérent à la CGPME et au MEDEF. On se reportera au journal Les Echos qui relatait les dissensions existantes entre l’UIMM, principal adhérent de la CGPME, qui a menacé de quitter le syndicat à cause de leur position par rapport à la représentativité patronale (ils ont signé un accord avec l’Usgeres en faveur d’une réforme[2]) –

Les organisations syndicales connaissent donc beaucoup d’évolutions ces dernières années. Elles continueront d’évoluer dans les prochaines années, le sujet le plus brûlant étant la question de la représentativité patronale.

Notes : Quant à savoir si le Medef a un réel pouvoir d’influence sur le gouvernement, Michel Offerlé reconnaît que la question est complexe et ne peut pas faire l’objet d’une réponse simple. Cependant, il observe que le Medef jouit d’un pouvoir d’accès et de lobbying du fait du haut niveau de ses experts. De plus les responsables des grandes centrales syndicales sont souvent proches des hauts fonctionnaires d’Etat et quelque fois eux-mêmes anciens responsables politiques. Tous ces responsables politiques et syndicaux sont aussi proches de par leur formation de base, ils sont souvent diplômés des mêmes grandes écoles : ENA etc… Enfin il faut savoir que l’Etat fait régulièrement appel au Medef à titre consultatif pour des projets de réforme et autres, d’où une proximité et une connivence forte entre le syndicat et le pouvoir.

Pierre GAUTIER de LAHAUT

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Speed Dating… linguistique!

Publié: 23/03/2012 par fadilabakkarleturcq dans Evénements

Les speed-datings de l’anglais! Il fallait y penser!

ISEEnglish organise très régulièrement des speed datings entre étudiants français et étrangers dans l’optique d’échanges et de progrès mutuels dans les deux langues.

La prochaine soirée speed dating est fixée au 5 avril, 19 heures. N’hésitez pas à réserver vos places! 


Nicolas

« Nicolas Le Pen », voici le titre d’un éditorial paru le 14 mars 2012 dans le Wall Street journal. Ce journal spécialisé dans la finance appartenant à l’ultra-conservateur Australien Rupert Murdoch le magnat des médias (donc résolument pas à gauche), s’inquiète de la tournure de la campagne présidentielle française, notamment des propositions du Président candidat Nicolas Sarkozy.

Ce qui inquiète le Wall Street Journal est la proposition du Président candidat de sortir de façon unilatérale des accords de Schengen, si les négociations (déjà entamées) sur cette convention ne vont pas dans l’intérêt de la France.

Certes, cette convention vieille de plus de 10 ans qui permet notamment la libre circulation des biens, personnes et services dans les pays membres de l’UE doit être renégociée, repensée. Nous en avons vu les limites lors du Printemps Arabe, quand le gouvernement de Silvio Berlusconi prit de vitesse par l’afflux de migrants tunisiens sur ses côtes, décida (sans se concerter avec ses voisins européens) de leur délivrer des titres de séjour provisoires afin qu’ils puissent rejoindre plus facilement des pays comme la France ou l’Angleterre et quitter, par la même occasion, le territoire Italien. Mais le fait qu’un Président en exercice, même candidat, évoque la possibilité que la deuxième puissance économique d’Europe puisse se désengager d’un des accords qui font l’Union européenne fait désordre à un moment où l’Union européenne n’a jamais eu autant besoin de solidarité. Donner la responsabilité à l’Union européenne des maux de la France est bien trop facile.

N’est-ce pas ce même candidat qui nous disait très récemment que la France a besoin de l’Union européenne, que sans l’Union européenne il n’y aurait pas de croissance, que seule l’Union européenne pouvait nous protéger de la concurrence économique des pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie et que l’Angleterre en faisant cavalier seul joué avec l’avenir de tous les Européens ?

Durant des mois Monsieur Sarkozy et Madame Merkel, n’ont eu cesse de rappeler leur désir d’une plus grande convergence des politiques économiques, fiscales et sociales des différents pays membres de l’UE justement.

Que pense Madame Merkel de la proposition de son « meilleur » allié européen ? Interrogée sur ce point par des députés de sa majoritée elle a répondu que cette proposition était « une thèse de campagne », en clair que cela ne sera jamais appliquée.

Le désir de Monsieur SARKOZY avec cette proposition est de reproduire la stratégie qui lui avait permis en 2007 d’accéder à la présidence de la République française en captant les voix des électeurs qui votent traditionnellement pour l’extrême droite. Puisque pour l’un des conseillers de Nicolas Sarkozy monsieur Buisson (ancien rédacteur en chef de Minute, un quotidien d’extrême droite), cela représente une excellente nouvelle, puisque ce titre du Wall Street journal envoie un message clair aux électeurs du Front National : « Pourquoi voter pour Marine LE PEN ? Vous avez déjà un candidat au pouvoir, qui a plus de chance d’être réélu président, et surtout qui défend vos idées ».

L’extrême « droitisation » de notre Président – Candidat inquiète également un autre célèbre quotidien financier, cette fois-ci d’outre-manche, le très libéral Financial times. Ce quotidien regrette que Nicolas Sarkozy reprenne les arguments de l’extrême droite stigmatisant les immigrés, leur reprochant de creuser le déficit de l’Etat et de tirer les salaires vers le bas. Déjà en 2007, Nicolas Sarkozy avait fait de l’immigration un axe de campagne durant l’élection présidentielle.

Les objectifs : « Lutter sans merci contre les clandestins, et limiter les regroupements familiaux pour privilégier le recrutement de migrants qualifiés ».

A côté de cette fermeté, le candidat prônait de mieux intégrer les populations immigrées.

Cinq ans plus tard, la répression et la stigmatisation l’ont emporté sur l’intégration, la multiplication des lois a permis d’expulser plus facilement et plus massivement les sans-papiers et de limiter l’immigration économique, de travail.

Le quotidien anglais rappelle que la France, tout comme les autres pays de l’OCDE, aura besoin dans les prochaines années d’un flux important d’immigration pour répondre à la demande sur le  marché du travail et de souligner que l’impact des migrants sur le taux de l’emploi est relativement faible en France. En 2010, Gregory Verdugov et Javier Ortega estimaient, que la hausse de 10 % de l’immigration en France de 1962 à 1999 avait augmenté les revenus des Français de 3 %, en permettant aux Français de grimper dans l’échelle des professions.

La « Droite Populaire », courant politique au sein de l’UMP qui a pour principale motivation de reprendre certaines idées du Front National, nous explique à travers la voix de son « VRP de luxe » monsieur Claude GUEANT (ministre de l’intérieur), que l’immigration pèse sur les comptes publics de l’Etat. Est-ce vrai ?

Une équipe de l’Université de Lille travaillant pour le chercheur Xavier Chonjicki, réalisé en 2009 une étude pour le compte du ministère des Affaires sociales sur les coûts et bénéfices de l’immigration pour l’économie nationale. En travaillant sur des chiffres officiels, attestés par l’Etat, les chercheurs ont décortiqué tous les grands postes de transfert des immigrés. Il en ressort que les immigrés sont des contributeurs nets : ils reçoivent annuellement de l’Etat 48 milliards d’euros de prestations, mais par ailleurs versent 60 milliards de cotisations et impôts. Car s’ils bénéficient de transferts importants pendant leurs jeunes années (aides sociales et familiales, chômage…), ils sont sous-représentés parmi les retraités, contrairement aux idées reçues ils se font moins soigner et ont une espérance de vie moindre : ils « profitent » donc moins des prestations santé et retraite, qui représentent 80% des dépenses sociales.

Certes, la France n’a pas la vocation « d’accueillir toute la misère du monde », mais les citoyens français méritent un débat présidentiel de qualité ainsi que de meilleures propositions électorales, ce ne sont pas une loi sur l’immigration, ni sur la viande Halal, ni une super-taxe sur les plus riches qui permettront à la France de renouer avec une croissance durable. La France a été pionnière dans la construction européenne, qu’elle le soit également dans l’élaboration d’un pacte de compétitivité Européen. Seule l’Europe permettra à la France, l’Espagne, la Grèce, l’Italie… de sortir de la crise économique et financière que nous traversons actuellement. La politique du repli sur soi a toujours eu de grandes conséquences sur le continent européen et a entraîné le monde dans deux guerres mondiales.

Le 21 avril 2012, allez voter et faites le bon choix !!

Mfumu KANZA



Le cinéma trouve ses origines en France. On l’associe traditionnellement à l’invention des Frères Lumières à la fin du XIXème siècle. Ces deux photographes ont présenté le 28 décembre 1895 au Grand Café de Paris la première projection animée de l’histoire. Le cinéma connaitra alors une rapide popularisation dès le début du XXème siècle.

De nombreuses maisons de production voient alors le jour en France comme Gaumont (1895) ou encore Star de Méliès (1897). Aux Etats-Unis la production cinématographique connaitra également un développement important  et prendra même une longueur d’avance durant les périodes de guerre en Europe. Des petites salles appelées « Nickelodeon » voient le jour, puis par la suite les « Movie theaters ».

Le cinéma est alors utilisé comme média d’information, avec la mise en place de magazine comme « Gaumont Actualités » ou encore le « Pathé-journal » (1908).

Le cinéma sonore va se démocratiser à partir des années 30. Le film The Artist nous rappel cette période qui marqua un tournant dans l’évolution du 7ème art. Un renouvellement et un élargissement des salles de cinéma aura lieu à cette période en raison de l’accroissement de la demande.

Au cours de la seconde guerre mondiale le cinéma, comme bien d’autres médias, est utilisé comme outil de propagande. La fascination et le pouvoir hypnotique de l’image permettent de manipuler l’opinion publique. Par la suite après la libération, des films seront réalisés pour dénoncer les conditions de vie des prisonniers dans les camps. On retrouve ainsi des films tels que « Falkenau : Samuel Fuller témoigne » qui sont devenu des témoignages forts.

La période d’après guerre marque le véritable âge d’or du cinéma. Les progrès techniques (couleurs, pellicules, et grand format) permettent de faire évoluer considérablement les productions. La demande ne cesse alors d’augmenter, jusqu’à devenir l’un des divertissements préféré des français.

Cependant, le cinéma connaitra un essoufflement avec l’augmentation progressive du prix des billets et la concurrence accrue des autre formes de divertissement que sont la télévision et, plus tard, internet.

Aujourd’hui, à en croire le succès du box-office français, le public s’est réconcilié avec le grand écran. Après avoir connu une chute de fréquentation des salles dans les années 90 avec un nombre d’entrées qui s’élevait à 116 millions (1992), les ventes de billets n’ont cessé d’augmenter chaque année pour atteindre un pic de 215,16 millions d’entrées en 2011 (Unifrance)[1]. C’est un record d’affluence qui n’avait jamais été atteint depuis 1967. Ceci est incontestablement dû à la qualité des films proposés cette année : The Artist, Intouchables, Polisse…

Le phénomène The Artist : un produit « made in France ».

Le réalisateur du film The Artist, Michel Hazanavicius n’a plus rien à envier au cinéma américain. Après un succès remarquable lors de la 37ème cérémonie des César le 24 février dernier, il est aujourd’hui récompensé de cinq Oscars.  Meilleur Costume, Meilleure Musique, Meilleur Réalisateur, Meilleur Film et Meilleur Acteur. Ce film muet en noir et blanc produit par l’audacieux Thomas Langman contient les ingrédients magiques pour concevoir la recette du succès.

Avec dix nominations, le petit film « frenchy » a fait figure de favori. C’est une première pour le cinéma français : Jean Dujardin a triomphé face aux icônes internationales du cinéma qui ne sont autres que : Georges Clooney, Leonardo DiCaprio, ou encore Brad Pitt. Il est intéressant d’analyser les différentes étapes qui ont permis d’amener la petite équipe du film à conquérir le monde.

The Artist, un marketing-mix à suivre ?

The Artist incarne l’emblème d’un produit français qui sait se vendre sur des marchés internationaux. Aujourd’hui, la tendance est au « post-marketing » qui signifie que les meilleures stratégies sont celles qui ne se voient pas. Tranquillement l’équipe du film a su promouvoir son produit sans faire d’énorme plan média, simplement en créant le « Buzz ».

Produit

Avant de s’exporter à l’international il faut s’assurer avant tout que le produit que l’on veut distribuer est bon. Or, The Artist fait l’unanimité : il s’agit d’un film de qualité. Il raconte l’histoire d’un acteur au crépuscule de sa carrière qui croise le chemin d’une jeune actrice en plein essor. Sous forme de « storytelling », c’est-à-dire basée sur une structure narrative du discours raconté comme un conte, le scénario et les images du film nous tiennent en haleine jusqu’à l’happy-end.

Un produit en rupture avec son époque. Personne ne croyait au projet, aucun réalisateur ne voulait miser sur un film muet en noir et blanc, à l’heure ou le blockbuster remplit les salles de cinéma. C’est pourtant aujourd’hui la principale aspérité de The Artist. Thomas Langman a osé.
En définitive, The Artist est un « classique innovant » : il revisite la saga du cinéma muet américain avec tout le charme et le glamour à la française. Beaucoup de réalisateurs Américains ont dû regretter de ne pas avoir eu eux-mêmes l’idée plus tôt.

Communication

Le marketing-« buzz » a été très efficace. Le film a, dans un premier temps, été distribué dans quelques salles américaines, puis le bouche-à-oreille a permis de faire le reste. Dans un monde du tout communicationnel, rien de tel qu’un buzz positif comme support média. Cependant pour bénéficier d’une réputation positive, il est indispensable d’avoir un produit crédible et qualitatif.

Point non négligeables dans la stratégie d’élargissement de l’entreprise The Artiste : l’équipe bénéficiait d’un relais local. Rien de tel pour pénétrer un autre marché, qu’un intermédiaire pour promouvoir le produit. Et pas des moindres : le distributeur américain Harvey Weinstein a eu un coup de foudre pour le film. Coup de foudre cinématographique ou coup de foudre commercial ? En tout cas il est l’un des principaux artisans de son succès aux Etats-Unis.

Durant la promotion du film, jamais les origines du film n’ont été niées. En effet sont principal porte-parole Jean Dujardin et son nom bien français a fait le tour des talk-shows les plus célèbres (dont le fameux « Late Show » de Jimmy Fallon). Malgré sa maitrise approximative de la langue de Shakespeare, il a su séduire le public américain en jouant habilement avec les codes américains du melting-pot.

Prix

En terme de positionnement prix pas de politique particulière, il faut raisonner en nombre d’entrées. On sait qu’une place de cinéma coûte aujourd’hui en moyennes 10,10 € en France[2]. Le film compte en mars 2,88 millions de téléspectateurs en France s’étant déplacés au cinéma pour découvrir l’histoire de George Valentin (Jean Dujardin) et de Peppy Miller (Bérénice Bejo). Avec un budget de réalisation plutôt raisonnable, atteignant les 10 millions d’euros, la rentabilité de The Artist n’est plus à prouvée. La recette mondiale est aujourd’hui estimée à 106 millions de dollars selon boxofficemojo[3].

Ce n’est par terminé : le film vient de sortir en DVD. Nous pouvons donc sans risque prévoir un fort succès des ventes. Avec une édition spéciale « coffret collector » (29,99 €) le dvd est clairement sur un positionnement haut de gamme.

Distribution

Le film est devenu aujourd’hui une marque internationale : en choisissant un titre en anglais, Michel Hazanavicius c’est directement positionné sur le marché mondial. Il a eu la brillante idée de ne pas s’enfermer avec un nom typiquement français. En marketing, un bon nom de marque respect certain critères : pas plus de 3 syllabes, ne pas se cloisonner (frontières, secteur d’activité) et agréable phonétiquement. Il est important de préciser que le film n’a pas été nominé aux Oscars dans la catégorie des films étrangers…

Une stratégie « glocale ». Les marques qui bénéficient du plus grand succès sont celles que les consommateurs locaux se sont appropriés. Vendre un film français à Hollywood racontant l’histoire du cinéma américain aurait été un échec. De plus le réalisateur a eu l’idée de ne pas faire seulement appel à des acteurs français. En effet, certains seconds rôles sont incarnés par des acteurs anglais ou américains : James Cromwell (L.A. Confidential…), John Goodman, ou encore le britannique Malcolm MacDowell. En définitive, le film s’est vendu aux Etats-Unis comme un produit américain. Fort de son succès on peut s’interroger sur la planification ou non par le réalisateur de cette stratégie de distribution.

La touche glamour de The Artist fait recette, de nombreux publicitaires n’ont pas hésité à reprendre les codes qui ont fait succès, afin de les adapter à leur marque. Un exemple ici.

Aujourd’hui, le succès de The Artist est un modèle d’entreprenariat qui fait recette. C’est la victoire de l’esprit d’équipe, le pari fou de son réalisateur Michel Hazanavicius et du producteur Thomas Langmann. C’est également et incontestablement grâce aux talents du duo d’acteur Bérénice Bejo et Jean Dujardin. Et comme dirai très bien ce dernier « Ouah ! Putain ! Génial ! Merci !».

Benoit Rochelle


[1] http://www.unifrance.org/actualites/6158/frequentation-record-depuis-45-ans-pour-les-cinemas-francais-en-2011

[2] Sénat.fr

[3] Boxofficemojo.com


Le LARA, laboratoire de recherche de l’école ICD, en collaboration avec Propédia, centre de recherche du Groupe IGS 

présentent 

Stratégies commerciales et intelligence économique
Comment capter et utiliser l’information stratégique pour accroître sa compétitivité et développer de nouveaux marchés ?

L’accès à de nouveaux marchés ou à de nouvelles ressources est déterminé par la capacité des entreprises à acquérir, assimiler et exploiter de l’information stratégique. Alors, comment l’intelligence économique permet de renforcer la compétitivité des entreprises et d’améliorer leur position concurrentielle ? Qu’apportent les nouvelles logiques organisationnelles et relationnelles ? Comment piloter son réseau pour obtenir un marché?

Le 5 Avril 2012 de 18h00 à 20h30
École Militaire 21, place Joffre Paris 7ème
Métro 8 : La Motte-Picquet-Grenelle

Réagissez dès à présent et posez vos questions sur la page ICD

Etant donné que la conférence se déroule sur le site de l’Ecole Militaire de Paris, vous êtes tenus de vous inscrire au préalable en envoyant un mail à l’adresse suivante les.rdv.icd@gmail.com
Pour tous renseignements complémentaires, veuillez contacter François-Xavier au 07 60 46 68 09.


Le Halal est au cœur des débats et semble, ces derniers jours, devenir un thème phare de la campagne présidentielle. Le Pen, Bayrou, Sarkozy, Guéant… tous se sont au moins une fois exprimés sur le « Halal » et sa place en France.

Il n’est pas tous les jours facile, pour un musulman, de pratiquer parfaitement sa religion et notamment de manger scrupuleusement halal – la nourriture dite halal est celle qui respecte les interdits alimentaires de l’Islam. Comme le disait avec humour Tomer Sisley, qui est d’origine juive et musulmane : « si je respectais les interdits de mes 2 religions, la seule chose que j’aurais le droit de faire c’est de boire un verre d’eau le vendredi soir après le coucher du soleil ».

Mais tout cela, c’est désormais révolu, adieu monde des restrictions car voici, Mesdames et Messieurs, la bien nommée : « Moussy » !

Mais qu’est-ce que la Moussy ? Nous allons tenter de répondre à cette question de  manière la plus exhaustive possible.

 « Moussy, la boisson qui vous veut du bien »

Pensée au Moyen-Orient et produite par Kronenbourg à Strasbourg, cette « bière » light fait fureur depuis maintenant 30 ans en Arabie Saoudite et dans les nombreux émirats du Golfe.

Sous l’impulsion du commerce ethnique, la Moussy débarque en 2008, en Europe – grâce à la société Bibars qui en assure la distribution – chez les géants du « gros » comme Métro en France. D’abord commercialisée dans les snacks, restaurants halal et bars à shisha, la Moussy investit progressivement les rayons des épiceries et supermarchés spécialisés comme le Hal’Shop à Nanterre. Elle est aujourd’hui présente dans les rayons des supermarchés comme Auchan.

L’engouement des jeunes musulmans envers cette boisson se fait très vite sentir, au point que les distributeurs de la marque décident de créer un site internet destiné aux commerçants et consommateurs français: http://moussy-france.com/.

Surnommé « Non-alcoholic beer » dans le Golfe et les pays anglo-saxons, la Moussy n’est pas réellement une bière. C’est en réalité une boisson composée de malt d’orge dont le taux d’alcool est infime. Elle se décline en cinq saveurs : classic – se rapprochant très fortement du goût de la bière classique et contenant un taux de 0.025% – et de saveurs fruitées s’apparentant d’avantage à des sodas rafraichissant avec un arrière goût de malt (au taux de 0.01%): pomme, grenade, fraise et pêche.

Une question nous interpelle et interpellerait tout musulman : même en quantité infime, l’alcool présent dans cette boisson, issu de la fermentation, est-il « halal » ou « haram » ?

 La Moussy, une boisson « halalisée »

Il convient tout d’abord de rappeler les interdits islamiques quant à la consommation d’alcool.

Très explicitement, Le Coran évoque à plusieurs reprises la question de l’alcool et de l’ivresse.

« Parmi les fruits, vous avez le palmier et la vigne, d’où vous retirez une boisson enivrante et une nourriture agréable. Il y a dans ceci des signes pour ceux qui entendent. » [Le Coran, 16:69]

« Ils t’interrogeront sur le vin et le jeu. Dis-leur : L’un et l’autre sont un mal. Les hommes y cherchent des avantages, mais le mal est plus grave que l’avantage n’est grand. » [2 :216]

« Ô croyants ! Ne priez point lorsque vous êtes ivres : attendez de pouvoir comprendre les paroles que vous prononcez. » [Le Coran, 4:46]

« Ô les croyants! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu’une abomination, œuvre du Diable. Écartez-vous en, afin que vous réussissiez. » [Le Coran, 5:90]

Il semble que l’ivresse soit pointée du doigt, bien plus que l’alcool en lui même. Or, le principe de l’abrogation en Islam, donne prééminence au dernier verset cité : la consommation d’alcool est prohibée. Dans cette logique, comment est-il possible que la Moussy ait pu avoir un tel succès dans l’Arabie Saoudite puritaine, ultraconservatrice et très à cheval sur le respect des interdits religieux ?

Rien de mieux qu’une fatwa (avis juridique donné par un expert religieux) pour « halaliser » la Moussy ! En effet, deux grands savants saoudiens (dont le Shaikh Al-`Uthaymin) ont émis une fatwa autorisant la consommation de cette boisson. Intitulée « L’avis concernant les bières [non alcoolisées], et le principe d’interdiction ou de permission d’une chose contenant de l’alcool », cet avis juridique rend licite la consommation des bières non alcoolisées dont la Moussy. S’appuyant sur le hadith du Prophète Mohammed  (les hadith-s sont des recueils de traditions relatives aux actes ou parole du prophète Mohammed): «Tout ce qui enivre en grandes ou petites quantités est interdit», ces savants expliquent par déduction que toute quantité d’alcool (altérée par un autre liquide ou solide) qui n’aurait pas d’effet sur l’individu (enivrement) est licite. En 2008, une nouvelle fatwa vient autoriser les boissons dont la teneur en alcool est inférieure à 0,05%, considérant que c’est le seuil pour ne pas subir les effets des boissons issues de la fermentation comme les boissons maltées.

Ainsi, la Moussy n’entre pas dans les interdits alimentaires et devient par là même complètement Halal.

A titre informatif, dans la religion juive, il existe un principe, dit « batel béchichime », signifiant littéralement : « s’annule dans soixante », qui détermine la proportion à partir de laquelle une quantité est considérée comme négligeable. En l’occurrence, il faut que la quantité soit inférieure à un soixantième (1.67%) du total. Par exemple, les juifs n’ont pas le droit de mélanger le lait et la viande, la plupart des pratiquants disposent d’ailleurs de deux éviers dans leur cuisine. Toutefois s’il s’avérait qu’un jour, 1cl de jus de viande soit malencontreusement tombé dans une bouteille de 75cl de lait, le dit lait serait toujours propre à la consommation (casher). En revanche, si 2cl de vin taref (impropre à la consommation) se mélangent avec un litre de vin casher, toute la bouteille devient taref.

Une fois l’aspect religieux explicité, on se rend compte que la Moussy traduit surtout une envie de se conformer aux sociétés modernes, influencées et transformées par la mondialisation.

La Moussy : Choc des cultures ou Culture des paradoxes ?

La Moussy est loin d’être représentative d’un « choc des cultures ». C’est davantage l’expression d’une superposition culturelle et cultuelle avec laquelle les musulmans – sous l’effet de la mondialisation et des migrations – tentent d’établir leurs pratiques consuméristes.

Le spot publicitaire diffusé en Arabie Saoudite pour la Moussy est le parfait exemple de cette superposition. Dans un style rappelant quelque peu Bollywood, cette réclame met en scène une bande d’amis qui cherchent à entrer en boîte, et qui parviennent à passer l’obstacle que constitue le videur… grâce au Moussy.

Le Kameez (habit traditionnel des saoudiens) côtoie les jeans et t-shirts moulants, les jeunes femmes et jeunes hommes font la fête ensemble… mais la boisson reste halal.  A l’opposé des clichés, cette pub est une représentation de la jeunesse saoudienne qui aspire à la modernité tout  en s’attachant à respecter les prescriptions et traditions islamiques.

Ceci peut paraître paradoxal. Or, avec la Moussy, les musulmans du Golfe se sont lancés un pari fou : démontrer que la modernité peut aussi s’exprimer à travers le prisme du religieux. Il semble que ce pari soit remporté, la boisson s’étant internationalisée, gagnant les réfrigérateurs de nos compatriotes musulmans.

Forte de son succès dans l’Hexagone, il faut surtout se demander à quel besoin répond la bière Halal. Au milieu de la pyramide de Maslow, se trouve le besoin d’appartenance. Aujourd’hui, les français de confession musulmane désirent s’intégrer à cette jeunesse française biérophile, et c’est donc dans une pratique mimétique, que boire du Moussy leur permet de satisfaire leur envie de s’intégrer tout en conservant leur identité.

C’est avec des produits comme la« Moussy » que les musulmans répondent aujourd’hui à la mondialisation ou à la question de l’intégration. La Moussy n’est ni l’expression d’un choc des cultures, ni celle d’une culture des paradoxes. C’est simplement une réponse aux envies et besoins créés par la culture « Mac World ». Il est important de noter ici, l’intelligence commerciale de la création du Moussy. Constatant l’ostracisation croissante des musulmans pratiquants, on leur offre un moyen de partager des moments avec leurs congénères tout en respectant leur religion.

Renvoyons donc notre cher Tomer Sisley, alias Largo Winch, à la tête du groupe W où il aura surement beaucoup plus à faire…

Dan Hayoun et Fadila Bakkar-Leturcq