Archives de décembre, 2011



 À l’approche des présidentielles de 2012, il paraît pertinent de s’attarder sur la possibilité d’un balayage progressif du clivage gauche-droite par le clivage europhiles-eurosceptiques. Un récent sondage, paru le 30 novembre, vient d’ailleurs confirmer cette hypothèse : un Français sur deux ne voudrait ni de Nicolas Sarkozy, ni de François Hollande comme prochain Président de la République (1).

Vers quel candidat se rapportent donc ces voix, et quels thèmes les séduisent ?

Le protectionnisme transcende les partis

La crise que traverse l’Europe a fait émerger deux notions qui, du fait du climat anxiogène, prennent davantage de consistance dans l’opinion publique : le protectionnisme et le souverainisme. Une enquête révélée par l’économiste et historien Emmanuel Todd indique que 53% des sondés sont favorables au protectionnisme ; d’ailleurs, les plus fervents supporters du concept sont les 18 – 24 ans avec 67% pour contre 19% (il est donc intéressant de noter que plusieurs de ces jeunes sondés voteront pour la première fois en 2012 avec, en tête, un concept qui il y a encore un an habitait le domaine de l’incorrect) (2). Quant au souverainisme, il suffit de regarder les sondages qui voient les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen osciller entre 16 et 22% pour montrer qu’il reçoit une certaine adhésion de la part des citoyens.

Avec cette crise, les eurosceptiques semblent avoir le vent en poupe car tout ce qu’ils ont prédit se réalise (chômage, accroissement de la dette, perte des acquis sociaux…) et leurs indignations sont similaires à celles ressenties par le peuple si l’on se fie aux sondages situés en bas de cette page. La «surprise Montebourg» lors des primaires socialistes a accentué la disparition du clivage gauche-droite. Voilà un candidat qui, dans un parti ayant entériné depuis 30 ans le libre-échange comme modèle, dit fermement qu’il s’y oppose et propose une démondialisation (3), passant notamment par un dialogue «amicale mais ferme» avec l’Allemagne (4). Nous sommes loin de l’entente actuelle entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Pour le moment, le député de Saône-et-Loire soutient le candidat socialiste, espérant sans doute, si son parti arrive au pouvoir, être en mesure d’incliner l’action gouvernementale. Mais en cas d’échec de François Hollande, il est très probable qu’une scission s’opère et que Montebourg rejoigne une gauche anti-libérale et se rapproche de Jean-Luc Mélenchon, autre noniste du traité de Lisbonne et ancien membre du PS. Plusieurs intellectuels qui se sont toujours dits de gauche suivent par ailleurs cette ligne : Emmanuel Todd, Jacques Sapir ou encore Michel Onfray. Et il n’est pas étonnant que le président du Parti de Gauche ait félicité le candidat de la démondialisation pour sa percée lors des primaires socialistes.

Pourquoi l’alternative jadis proposée par François Bayrou était en réalité peu pertinente ?Dans un premier temps parce que le président du MoDem proposait de transcender le clivage gauche-droite, alors que Nicolas Sarkozy lui-même proposait l’ouverture. Mais surtout, parce que son adhésion au traité de Lisbonne lui empêchait de se distinguer des deux rivaux qu’il prétendait combattre. La ferveur autour du candidat centriste était davantage portée par un vote sanction à l’égard des deux partis majoritaires qu’à un réel désir de changement. En revanche, les votes pour Mélenchon, Montebourg, Le Pen et Dupont-Aignan sont des votes d’adhésion en faveur d’un système diamétralement opposé au système actuel. Et il est intéressant de noter qu’Arnaud Montebourg était le seul candidat socialiste qui portait, lors des primaires socialistes, le «non» du référendum.

Quelle Europe ?

Remettre en cause le traité de Lisbonne ou repenser l’Europe paraît être aujourd’hui le sujet le plus clivant. Il sera difficile pour les européistes (Nicolas Sarkozy, François Hollande, Eva Joly et François Bayrou) de miser sur le «plus d’Europe» comme issue de sortie de crise car les Français, majoritairement, ne sont pas conquis par cet édifice à la construction difficile. La difficulté sera d’autant plus grande que les Français ont en mémoire leur refus du Traité de Lisbonne, ratifié ensuite par voie parlementaire comme au Pays-Bas (la consigne du PS était d’ailleurs de s’abstenir). On peut alors envisager qu’un vote sanction aura lieu contre les candidats qui auront contribué à ce qui est vu par beaucoup de Français comme un déni de démocratie.

L’actualité récente a aussi exacerbé quelques tensions. Nous avons vu que les marchés financiers y étaient pour beaucoup dans la chute de Papandréou et Berlusconi ; les peuples, dans le remplacement de leur représentant, n’ont pas été consultés. Certes, c’est au Président, en Italie, de désigner son premier ministre mais Monti n’a pour le moment aucune légitimité populaire, n’appartenant à aucun parti et n’ayant pas l’appui du suffrage. Il est intéressant, aussi, de noter que les remplaçants, dans les deux cas, ont une stature financière de renom (ancien commissaire européen, ancien responsable de Goldman Sachs).

Une question, plus institutionnelle, se pose aussi. Si le traité de Lisbonne vise à renforcer l’indépendance du Président de la commission européenne, quid de la Ve république, et sa consubstantielle présidentialisation du pouvoir ? La Ve République avait en effet donné un pouvoir important au Président de la République, élu au suffrage universel, pour éviter le parlementarisme de la IIIe et IVe, facteur d’instabilité politique (des nouveaux ministres tous les 15 jours). Or, il apparaît que le quinquennat accroît cette légitimité présidentielle et l’entérine par l’élection d’une nouvelle majorité au Parlement, forcément de la même couleur politique que le chef de l’Etat puisqu’élue seulement deux mois après les présidentielles. Son rôle d’arbitre, sa situation censée être «au-dessus des partis» s’en sont trouvés affaiblis, mais son pouvoir, lui, a grandi : il n’est plus lié au changement de la majorité présidentielle et l’équilibre des pouvoirs est alors bousculé. Le quinquennat de Nicolas Sarkozy s’est d’ailleurs distingué par l’absence perceptible du rôle du Premier ministre. Doit-on donc s’attendre à une VIe République ? Dernièrement, la Commission européenne a présenté une série de nouvelles propositions visant à tirer un trait sur la crise de la dette en accordant à Bruxelles un nouveau pouvoir important : celui de surveiller les budgets nationaux et, dans des cas exceptionnels, d’« administrer » les pays en proie à des niveaux de dette incontrôlables. Va-t-on, progressivement, vers plus d’interventions de l’UE dans les affaires internes des Etats ?

Il semblerait que, pour les jeunes votants, la dimension européenne des candidats soit l’une des caractéristiques importantes à prendre en compte avant de voter. Vont-ils sanctionner les partis majoritaires lors des prochaines élections (comme a été sanctionné le gouvernement socialiste de Zapatero en Espagne – au profit de la droite qui va pourtant défendre une même rigueur) ? L’idée du retour de l’Etat-Nation face à cet Europe-Empire est-elle présente (Marine Le Pen ou le souverainisme) ? Sont-ils intéressés par l’idée d’une autre Europe, plus régulée aux niveaux des transactions de capitaux (Montebourg, Mélenchon ou le protectionnisme) ? Et, plus important, veulent-ils d’une Europe fédérale, c’est-à-dire régie par un nouvel organe placé, hiérarchiquement, au-dessus des Etats-membres ? Ou une Europe confédérale, acquise au principe de subsidiarité qui entrevoit de s’immiscer dans les affaires internes d’un Etat au seul cas de l’incapacité de ce dernier à se sortir d’affaire par son propre chef, et qui prendra ses décisions à l’unanimité (avec donc un risque de blocage et d’immobilisme) ? La prochaine élection, avant les thèmes de campagne comme l’immigration, la sécurité ou la réforme des retraites, répondra en partie aux aspirations des Français sur les problématiques liées à l’Europe.

Dimitri Vetsel 

Constat : 

– 1 français sur 3 pour le retour du franc et la sortie de l’euro (http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2011/11/05/97002-20111105FILWWW00371-13-des-francais-pour-le-retour-au-franc.php).

– 63% des Français ne voulaient pas contribuer au plan de sauvetage de la Grèce (http://www.francesoir.fr/actualite/economie/sondages-francais-ne-veulent-plus-payer-pour-grecs-154044.html).

– «Nous devons reconnaître que cela signifie une perte de souveraineté pour tout le monde, pas seulement pour les pays en difficulté. […] Les Etats ne doivent pas décider de tout», Van Rompuy (AFP – http://www.20min.ch/ro/economie/news/story/Les-Etats-ne-doivent-pas-decider-de-tout-24765586).

– Le taux d’abstention atteint un record à 59,5 %, en 2009, pour les élections européennes.

Sources :(1) : Sondage BVA : http://www.lexpress.fr/actualites/1/politique/presidentielle-ni-hollande-ni-sarkozy-pour-47-des-francais-selon-un-sondage_1056443.html(2) : Après la démocratie, Emmanuel Todd, Gallimard, 2008.

(3) : «Ceux qui nous gouvernent continuent à croire au libre-échange. C’est l’affaire des dominants d’une génération née avec la croissance et qui va mourir avec un niveau de vie confortable, léguant à d’autres la crise», Votez pour la démondialisation, Arnaud Montebourg, Flammarion, 2011.

(4) : «L’Allemagne est devenue la «Chine de l’Europe», celle qui exporte à tout prix, tire les salaires vers le bas et vit des déficits des autres. Le modèle allemand, c’est un gagnant et vingt-six perdants», Votez pour la démondialisation, Arnaud Montebourg, Flammarion, 2011.


PROPEDIA vous invite à la Conférence « La Franc-maçonnerie, courant de pensée en évolution » qui sera animée par Michel JORAS et qui se tiendra le Jeudi 15 Décembre, de 17h à 19h au siège du Groupe IGS.

Michel JORAS, se positionnera en qualité d’historien de la Franc-maçonnerie afin d’apporter un éclairage sur les différents rites, rituels et obédiences qui cohabitent en France et à l’étranger.

Confirmez votre présence à :

– Fadila Bakkar-Leturcq : fbakkar@groupe-igs.fr

– Simon Berlière: sberliere@groupe-igs.fr

– Par Téléphone: +33 1 56 79 69 62


C’est le Jeudi 24 Novembre, sur les bancs de Sciences Po Paris, que les étudiants de l’EHED se sont retrouvés pour la Conférence Nucléaire : Comment répondre à l’Iran ?

A l’origine de cette conférence, Persépolitique, l’association franco-iranienne de Sciences Po. Plusieurs personnalités étaient présentes pour discuter et débattre autour de la question du nucléaire iranien :

– François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran (2001 – 2005)
-Thierry Coville, chercheur à l’Institut de recherche internationale et Stratégique
-Armin Arefi , journaliste franco-iranien auteur des ouvrages Dentelles et Tchador et Rubans et Turbans ainsi que du blog Le Monde Dentelles et Tchador.

Nos trois intervenants se sont dans un premier temps penchés sur le rapport de l’AIEA (l’agence internationale de l’énergie atomique) à propos de l’état d’avancement du programme nucléaire iranien. Il est ressorti des différents échanges que ce  rapport était assez modéré, dans le sens où il n’apportait rien de fondamentalement nouveau à ce que l’on savait. En effet, l’Iran a interrompu son programme d’enrichissement d’Uranium en 2003 et a entrepris un effort de dialogue avec la France, les Allemands, et les UK.

Selon les intervenants, si l’Iran a suspendu son programme et accepté un contrôle de AIEA, c’est une preuve de bonne foi et de transparence envers la communauté internationale qui n’a pas été sans conséquences en Iran : l’arrêt des programmes a provoqué des  tensions internes très fortes.

Les intervenants ont soulevé le ton alarmiste des médias occidentaux, souvent déconnecté de la réalité du programme nucléaire iranien. Le mois dernier, nous pouvions lire en Une du Figaro « l’Iran cherche l’arme atomique ». La cherche-t-elle vraiment ?

On constate une fermeture dans le camp occidental dans la négociation avec l’Iran. En effet, la Turquie et le Brésil ont passé un accord avec l’Iran que les pays occidentaux ont condamné et balayé d’un revers de main. Néanmoins, l’effort de médiation entrepris par des pays proches du régime iranien était colossal.

Une question se pose : pourquoi un tel deux poids deux mesures et un acharnement sur l’Iran ?

En effet, l’Iran est signataire du TNP (Traité sur la non prolifération des armes nucléaires), signataire également du protocole additionnel de l’AIEA qui permet l’intervention sans sommation auprès d’un pays soupçonné de. L’Inde, le Pakistan et Israël, pays ayant développé l’arme nucléaire,  pourtant « sensibles » sur le plan géopolitique ne le sont pas et ne bénéficient pas d’une telle attention de la communauté internationale. Par ailleurs, le président iranien s’est dit prêt à accepter d’enrichir l’Uranium dans d’autres pays (la France, la Turquie). Le deux poids deux mesures est donc « flagrant » pour les trois intervenants, et devient le point central de l’argumentaire du régime iranien pour justifier sa démarche.

Ainsi, l’une des interrogations du peuple iranien se porte sur cette différence de traitement entre pays de la part de la communauté internationale : pourquoi refuser à un pays signataire du TNP le nucléaire civil et fermer les yeux sur les détenteurs d’armes atomiques non signataires de ce traité ?

Pour le peuple iranien, l’accès au nucléaire est le symbole d’une conquête de la modernité. Contrairement aux idées reçues, le programme nucléaire iranien ne date pas d’hier. Dès les années 70 il avait été envisagé par le régime du Chah. La Révolution, a provisoirement mis entre parenthèse les projets nucléaires : Khomeiny avait choisi de se démarquer du Chah et de mettre en attente tous les projets qu’il avait entrepris.  Un événement vient remettre au goût du jour la question du nucléaire : l’attaque de l’Iran par l’Irak. L’Iran décide implicitement de créer une force de dissuasion : on parle de programme de missiles et de militarisation de l’uranium.

Néanmoins, les problèmes économiques et sociaux qui persistent en Iran sont la principale préoccupation des Iraniens, bien avant la question du nucléaire (Armin Arefi souligne qu’une partie des Iraniens n’ont même pas consciences des enjeux du nucléaire et ne savent pas ce que c’est).

Quelle attitude face à l’Iran ?

La politique de sanction  ne fonctionne pas vis-à-vis de l’Iran. En effet, même si elle est mise en avant, l’Iran reste un partenaire de taille. Par exemple l’Allemagne est 1er partenaire de l’Iran en termes de commerce. Par ailleurs, les sanctions favorisent la création de réseaux organisés de contournement.

La guerre est elle une solution ? S’il y a frappe militaire sur les installations nucléaires iraniennes, c’est un non sens car le pays est signataire de l’AIEA. L’Iran se retirera du traité et retrouvera sa liberté nucléaire, à la suite de quoi la communauté internationale n’aura plus de marge de manœuvre.

La négociation est la meilleure des solutions, du moins celle qui reste la plus efficace.

L’intérêt du nucléaire pour l’Iran.

Il est indéniable que l’Iran cherche la suprématie dans la région. Se doter du nucléaire civil lui permettra dans un  premier temps d’affirmer sa modernité au Moyen-Orient, pays déjà très modernisé (depuis la Révolution, le taux fécondité en Iran est passé de 7 à 2%). Dans le même temps, le nucléaire permettra à l’Iran de se doter d’un « avantage comparatif » face aux monarchies du Golfe, rivales historiques.

Par ailleurs, même si les ressources en pétrole sont considérables en Iran, le régime est conscient que cette ressource est épuisable : il est donc impératif et légitime de vouloir diversifier ses sources d’énergies en développant le nucléaire civil.

Quelques mots sur l’opposition émergente et la politique interne

Confondre la politique interne et externe de l’Iran n’est pas logique, bien que les deux soient liés. Plusieurs tentatives du gouvernement US ainsi que d’autres pays ont été mises en place pour déstabiliser le pouvoir Iranien : le soutien des milices Kurdes par exemple.

Mais une chose est sûre : personne ne peut renverser le pouvoir Iranien hormis les iraniens eux-mêmes. L’opposition émergente se bat principalement pour la transparence politique et pour des droits économiques et sociaux. La question du nucléaire rassemble, bien plus qu’elle ne divise et renforce l’opposition : soutenir cette dernière ne revient pas à faire reculer l’envie du nucléaire chez les Iraniens.

Un point à souligner : en Iran il est très difficile de savoir qui décide. L’Iran dispose d’un Conseil national de sécurité (copie exacte des US) où sont représentés tous les organes du pouvoir (ministres, chef de l’armée…). Un Conseil des Experts est élu pour 5 ans et élit lui-même le Guide, sur lequel il a un pouvoir de destitution.  Ainsi, il est impossible de dire que le pouvoir est concentré entre les mains du Président, du Guide ou autre. Le processus de décision en Iran complexe certes mais pas si différent d’autres pays.

Recommandations bibliographiques :

CONESA Pierre,  La Fabrication de l’ennemi.

Samy HD


Plusieurs étudiants de l’EHED ont eu l’opportunité d’assister à une conférence portant sur la Communication de Crise le 29 Septembre dernier,  organisée à L’Ecole Militaire par L’Association Nationale des Auditeurs Jeunes de l’IHEDN. Voici un compte-rendu de cette conférence qui a leur a permis d’ouvrir leur vision sur la gestion de l’information et d’acquérir de nouvelles techniques de communication pour faire face aux crises dans un cadre d’entreprise. 

Cette conférence intitulée « Gestion des Sources ouvertes & Communication de crise » était animée par Vincent DUCREY, expert en Management de l’information, Conseiller Communication Internet au sein du gouvernement et auteur du Guide de l’influence aux Editions Eyrolles.

C’est lors de son intervention à l’IHEDN que Vincent Ducrey s’est proposé d’approfondir les thèses émises dans son Guide de l’influence et d’expliciter sa vision de ce qu’il appelle le « Hub Management » ou la manière d’optimiser la communication en temps réelle.

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L’intervention de Vincent DUCREY a d’abord été introduite par le Capitaine de vaisseau Emmanuel GOURAUD, officier de communication à l’Ecole de guerre.

La Marine française a subit en temps réel la diversification des supports de communications et l’explosion des flux d’informations. Très vite, la question de la gestion de ces flux s’est posée pour la Marine mais également pour toutes les Armées française. Comment arriver à faire un lien entre l’expérience de terrain et les flux importants d’informations ? En 2006 par exemple, lors de la guerre Israël-Hezbollah, on constate que le Hezbollah a tenté d’occuper l’espace médiatique, ce qui a suscité de fortes réactions chez le public, y compris le public français. A contrario, le bruit médiatique est faible lorsqu’il s’agit de l’Afghanistan. Ceci créé un fossé entre le public et l’Armée, entre l’émotionnel et le réel, d’où les interrogations sur la pertinence de l’action française dans cette région.

Ainsi, les Armées françaises doivent traiter avec un flux d’information de plus en plus diversifiée, de moins en moins contrôlé, ne retranscrivant pas forcément d’une manière objective leurs actions.  Le Capitaine GOURAUD préconise au public d’observer les différents flux d’informations, de surveiller et de diversifier ses sources, et surtout de soigner sa culture générale.

Face à cela, les Armées s’adaptent  et interagissent avec le public : lors de la guerre en Lybie, les rapports et détails des opérations étaient diffusés en ligne en temps réel, ce qui a permis au public de vivre le conflit en direct, non pas via les médias, mais via les sources elles-mêmes.

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Les travaux et recherches de Vincent DUCREY qui l’ont conduit à l’écriture du Guide de l’influence ont été animés par une seule et même interrogation : Comment déployer une gestion de crise intégrée ?

A cette question, une seule réponse : assurer la complémentarité des actions et la coordination entre les outils de communication. De quelle façon ? C’est l’objet de cette conférence qu’il a illustré par l’attaque de Greenpeace envers le groupe Nestlé en 2009.

Qu’est ce que la Crise ? Le cas Kit Kat

Tout d’abord les causes et risques qui conduisent à une crise peuvent être de différents ordres : endogènes ou exogènes, politiques, diplomatiques, économiques, sociaux… Il est impossible et déconseillé de s’attacher à gérer la communication sur tous les publics lors de la communication de crise. En effet, les crises se développent en trois phases :

–       Une phase émotionnelle

–       Une phase polémique lors de laquelle l’opinion émèrge. Les gestionnaires de la crise doivent, à ce moment, déjà avoir des clés de réponse.

–       Une phase rationnelle, phase durant laquelle les solutions pour régler la crise sont mise en application.

Le cas KitKat de décembre 2009 lié au mouvement Greenpeace est emblématique.

En effet, en 2009, la marque Nestlé, annonce que ses produits Kit Kat se placent désormais sur un programme de commerce équitable labellisé par Fairtrade (label de commerce équitable spécialisé sur les produits contenant du Cacao). Présentant ainsi les produits Kit Kat comme issus du commerce équitable, la marque s’attire les foudres d’associations de lutte pour l’environnement car cet approvisionnement labellisé commerce équitable ne se fait que sur une seule composante de son produit. En effet, la marque continue à utiliser de l’Huile de Palme dans ses barres chocolatées, importée en grande quantité d’Indonésie.

L’attaque de Greenpeace

Le 17 mars 2010, Greenpeace créé un site internet  « Greenpeace.org/kikat » exposant des photos de forêts dévastées en Indonésie, responsables de la disparition de plusieurs espèces animales dans cette région. Très vite le public est marqué par ce site internet  et Greenpeace agit en conséquence : elle propose des kits pour les anti-kitkat : stickers à diffuser dans les grandes villes, vidéos  à diffuser sur tous supports…  L’organisation diffuse même un spot choc illustrant les méfaits de la marque.

Ce même mois, Greenpeace décide d’attaquer la marque sur les réseaux sociaux, Facebook et Twitter, et choisit le vendredi pour lancer l’attaque.

D’après Vincent DUCREY, le vendredi est la journée idéale pour communiquer. En effet, c’est le début du week-end : le public a donc  plus de temps pour participer au « buzz ». En général, les polémiques enflent durant le week-end et les médias traditionnels récupèrent le buzz la semaine suivante.

Cet action sur les réseaux sociaux fait effet : en l’espace d’un week end, Nestlé perd 2% en bourse.

Greenpeace ne s’arrête pas à des actions virtuelles. L’organisation dépêche des activistes pour l’attaque du siège de KitKat en Allemagne, organise des manifestations devant les lieux de réunion des actionnaires de la marque, crack les connexions Wi-Fi de ces derniers…

La Riposte de Nestlé

Après l’attaque de Greenpeace sur les réseaux sociaux, les sites internet, Facebook et Twitter de Nestlé sont submergés de commentaires.

Cependant, la personne en charge du suivi est mal formée et manque de maturité : elle engage des discussions un peu trop familières avec les internautes qui se traduisent par des menaces et des insultes.

Les consommateurs montent alors un nouveau groupe pour discuter de ce sujet : Nestlé perd alors le contrôle sur la crise KitKat. Pendant ce temps, le Président de Greenpeace confirme que l’organisation continuera son action tant qu’il n’y aura pas de de déclaration officielle de la part de Nestlé et KitKat de l’arrêt de son activité avec l’huile de palme.

Un mois après le début de la crise, le président de Nestlé écrit une lettre ouverte au Président de Greenpeace qui se conclue sur un accord. Quelques semaines plus tard Greenpeace suspend son action et clôt sa campagne médiatique visant à attaquer la marque.

Peu de temps après, la marque lance le 75ème anniversaire de la marque KitKat pour « rafraîchir » le contenu médiatique la concernant et dissiper la polémique. Les analystes comme Vincent DUCREY noterons que la marque avait fêté ses 75 ans en 2007 et non pas en 2010.

Plusieurs erreurs sont à noter dans la riposte de Nestlé:

–       L’équipe chargée de la gestion des contenus et de la modération était mal formée

–       La réaction de la marque a été beaucoup trop tardive

–       Greenpeace a envahit tous les canaux médiatiques, laissant peu de place à Nestlé pour riposter : la marque aurait du anticiper.

–       La marque aurait pu ouvrir un forum pour tenter de canaliser l’opinion

–       Les moyens mis en œuvre pour faire oublier la crise manquent de crédibilité (invention du 75ème anniversaire)

–       L’utilisation d’Internet n’a pas été mise à profit, alors que cet outil devient un moyen de plus en plus important pour fédérer les gens.

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 Nous  sommes dans une période de ce que Vincent DUCREY appelle  « médiasphère » :

–       Information  flottante

–       Information Multi-supports

–       Information changeante et immédiate.

Pour être influent, un message va passer par divers canaux qui vont influer, dupliquer, amplifier ce message. Il faut donc rassembler les relais d’influence. 

Un message passe par quatre grandes étapes :

–       L’émission du message piloté par des marques, des gouvernements, les autorités… . Logique de Mass Media.

–       La mobilisation en ligne (interaction avec les citoyens)

–       L’impact du message dans l’opinion et ses conséquences

–       Les actions concrètes liées au message

Pour Vincent DUCREY, les organisations doivent optimiser le jour de réaction. Comme nous l’avons souligné pour le cas KitKat, le week-end et le vendredi sont privilégiés. Le Mardi et le Jeudi sont également des jours où le public est plus réceptif. Le lundi est à éviter. Le temps de réaction ne doit pas excéder, idéalement, 8 à 10 heures. 48 heures sont déjà trop.

Les messages doivent également être adaptés aux différentes générations. L’on adressera des messages formels à la génération « silencieuse » (née avec la radio, entre 1920 et 1940) et aux baby-boomers (qui utilisent radio et télé de manière couplée, parfois internet). L’on privilégiera les messages informels pour la génération X (médias traditionnels), la génération « passive » Y (qui consomme  moins les médias traditionnels et qui attend que l’information lui soit apportée) et la génération Z (constamment connectée à internet).

Lorsqu’un message de riposte est lancé suite à une attaque, il passe par trois phases :

–       Annonce dans les différents médias.

–       Débats sur le message dans les zones participatives > attention ! possibilité d’altération du message.

–       Diffusion dans l’opinion publique.

Comment limiter l’altération ? Il faut anticiper la reprise des messages et les rapports de force car aujourd’hui, les internautes deviennent médias mêmes sources, ce qui risque de limiter la diffusion de notre message.

Il faut devenir INFLUENCEUR. Avant, les influenceurs étaient les lobbies qui agissaient directement sur les médias. Aujourd’hui, la source va directement sur internet impacter l’opinion. C’est une vraie nouveauté : le contact est direct, sans altération. C’est pour cette raison qu’il est privilégié par le public et qu’il doit aussi être mis en avant par les diffuseurs d’un message.

Un question essentielle se pose alors: Comment gérer le Hub Management ?

  • Elaborer une stratégie en se positionnant face aux concurrents (Benchmarking) pour avoir une base de connaissance de l’environnement et axer sa stratégie. On étudie les rapports de force, mais aussi les rapports de fidélité (lorsque l’on émet un message, nous avons toujours besoin de soutien)
  • Mettre en place des tactiques. Les entreprises peuvent publier des rapports, sondages ou autres chiffres fiables pour se défendre d’une éventuelle attaque. Elles ont également la possibilité d’acheter des espaces de pub pour contrôler leur référencement, de réaliser des campagnes de mailing et de communication…
  • Réaliser des Actions concrètes. Il ne faut surtout pas que les entreprises soient absentes sur les maillons principaux des flux d’infomations. Elles ne doivent pas hésiter à mobiliser leurs soutiens (consommateurs et clients, fournisseurs, éventuellement autorités) et doivent une riposte appropriée en fonction de l’attaque (ne surtout pas reproduire la même erreur que l’administrateur de la page Nestlé sur Facebook: entrer dans le jeu des détracteurs). Afin d’anticiper le préjudice, et pour être en mesure de réagir rapidement, une action évidente mais utile : mettre le nom de l’organisation en veille sur Google Actualités.
  • L’Evaluation de l’efficacité des actions est essentielle pour pouvoir corriger les erreurs commises.

Pour réaliser cette démarche, il faut une organisation en amont. Pour Vincent DUCREY, le pôle communication de toute organisation doit se subdiviser en trois équipes aux rôles distincts :

–       L’équipe Médias qui réalise la veille média

–       L’équipe Internet qui réalise la veille Internet

–       L’équipe qui produit et diffuse les contenus en ligne

Il faut toujours garder le contact et ne jamais communiquer silencieusement.

Fadila BL

Pour en savoir plus :

–       DUCREY Vincent, Guide de l’influence, Ed. Eyrolles

–       Fiche de lecture du livre : http://www.guide-influence.com/GI_fiche_de_lecture.pdf

–       Document Power Point de présentation à demander par mail à l’adresse: fbakkar@groupe-igs.fr


Ascendance gauloise, héritage de la Révolution française ou de Mai 68, les français ne font décidément jamais rien comme les autres. Seul pays où les droits télévisés pour la diffusion de l’Euro 2012 n’ont pas encore été attribués par l’UEFA (Union of European Football Associations), la France s’expose à l’arrivée d’investisseurs étrangers.

Rappelons brièvement la situation : Fort du succès de l’Euro 2008, TF1 et M6 ont d’un commun accord, décidé de reconduire le même dispositif pour 2012: Un nombre plus important de matchs sur M6 et W9 mais l’équipe de France et la finale pour TF1. Toutefois, ces chaînes ont revu leur estimation à la baisse et ont proposé 2 fois moins que pour l’Euro 2008 : 50 millions d’euros au total, au lieu des 100 ambitionnés par l’instance européenne. Pour information, en 2004, TF1 et France Télévisions s’étaient partagés les droits pour un total de 69 millions. Comme on pouvait donc s’y attendre, l’UEFA a tout bonnement refusé l’offre.

Le temps ne jouait en faveur de personne jusqu’à ce fameux 24 Novembre 2011, date à laquelle la chaîne qatarie Al-Jazeera a formulé son intérêt pour la compétition. Ces derniers n’en sont pas à leur coup d’essai en France, car ils ont déjà acheté l’exclusivité des droits de diffusion pour deux matchs de Ligue 1 (championnat de France de Football), de 2012 à 2016 pour 90 millions d’euros par an.

Selon RMC, Al-Jazeera aurait fait une offre de 130 millions d’euros pour diffuser tous les matchs de l’Euro 2012. Seul bémol, les citoyens européens doivent pouvoir regarder le match d’ouverture, les matchs de leur équipe nationale et la finale sur une chaîne gratuite. De plus, un dispositif empêche un canal extra-européen de détenir plus de 20% d’une chaîne hertzienne en France.
Les qataris réfléchissent donc à une OPA (Opération de Fusion-Acquisition) sur une chaîne de la TNT. Des rumeurs circulent concernant NRJ 12, seul canal encore indépendant (détenu à 100% par NRJ Group) depuis le rachat de Direct 8 par CANAL +, le 8 Septembre 2011. Du côté de la chaîne de télévision numérique terrestre, qui est également la première radio musicale de France avec 10.8% d’audience cumulée, on s’est empressé de démentir : « Ces informations sont dépourvues de tout fondement et constituent une pure invention ».

A l’heure où la France a plus que jamais besoin de capitaux étrangers, de croissance et de rentabilité, il pourrait devenir tentant de se laisser séduire par les sirènes qataries… au risque de devoir suivre les matchs de l’équipe de France sur une chaîne étrangère ?

Espérons que les deux chaînes historiques que sont TF1 et M6 sauront mesurer l’enjeu de cet évènement, qui réuni en moyenne, à chaque match, entre 6 et 7 millions de téléspectateurs et proposeront une offre cohérente qui permettra aux français de suivre leur équipe nationale dans les compétitions officielles qu’elle dispute dans le sport le plus pratiqué en France avec plus de deux millions de licenciés, à savoir le football.

Dan Hayoun